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Giuseppe Castiglione, Vue du salon carré au musée du Louvre, 1861. Musée du Louvre. (Wikimédia)
Épisode 4 :

Quand les musées racontent l’histoire de la nation française

51 min
À retrouver dans l'émission

Lieu de célébration du génie national et d'une histoire commune, toujours millénaire et glorieuse, le musée expose la puissance du pays. Avec le butin des conquêtes et les représentations coloniales, il est un outil d'exaltation patriotique et le reflet de la nation, telle qu’elle s’imagine.

Louis-Philippe inaugure la Galerie des Batailles, 10 Juin 1837. François-Joseph Heim, 1937. Collection du château de Versailles.
Louis-Philippe inaugure la Galerie des Batailles, 10 Juin 1837. François-Joseph Heim, 1937. Collection du château de Versailles.

Avez-vous déjà savouré le plaisir, pervers, de visiter un musée avec un vieux guide, non pas au sens de conférencier, mais de livre qui décrit le bâtiment, les salles, les œuvres ? Prenons le guide du palais de Versailles en 1837, celui de Jean Vatout, bibliothécaire particulier du roi Louis-Philippe. Cette année-là, par ordre du roi et après d'immenses travaux, une galerie de 120 mètres a été aménagée : « Sur les pans de murailles de la galerie, les tableaux retracent nos grandes batailles depuis Tolbiac, sous Clovis, jusqu'à Wagram, sous Napoléon : création vraiment magnifique et digne de recueillir ce vaste trophée de gloire, où chaque génération est venue suspendre ses armes et attacher un laurier ! » L’auteur ajoute : « Tels sont les soins qu'on a pris, les travaux qu'on a ordonnés, les sacrifices qu'on a faits pour rendre ce grand œuvre digne de la pensée nationale qui l'a inspiré, du séjour royal qui l'a recueilli, et du grand peuple dont il raconte l'histoire ». La galerie se visite toujours – elle est superbe -, mais qu’en est-il de sa vocation originelle ? Xavier Mauduit

Promotion des projets militaires et exaltation du génie national, commémoration et propagande, les musées ne sont pas uniquement des lieux d’exposition et de conservation. La Révolution française s’est appuyée sur ces institutions pour propager ses conceptions du peuple et de la nation. Depuis, les régimes successifs en ont fait autant. Cette dimension stratégique du musée est particulièrement visible durant la colonisation, où l’institution permet de fabriquer une certaine idée de l’exotisme et de mieux s’insérer dans la compétition scientifique, politique et culturelle qui fait rage entre les nations européennes.

Cette dimension politique du musée place l’institution au cœur de profondes querelles mémorielles et politiques. Du musée des Monuments français d'Alexandre Lenoir en 1795 au projet d’une Maison de l’Histoire de France en 2011, le musée se trouve à la confluence des tensions culturelles et identitaires. 

Quels rôles les musées ont-ils joué dans la construction du sentiment national en France ? 

Avec Dominique Poulot, historien spécialiste de l'histoire du patrimoine et des musées. Professeur à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, il est l’auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels Une histoire du patrimoine en Occident XVIIIe-XXIe siècle : du monument aux valeurs (PUF, 2006) ou encore Une histoire des musées de France, XVIIIe - XXe siècle (La Découverte, 2008)

Avec nous aussi, Paule Faggianelli-Brocart doctorante en littérature comparée. Ses recherches portent sur les rapports entre espace fictif et cultures d’empire dans la fiction anglophone et francophone (1860-1920). Elle est également co-directrice du Labo junior Théorie et performance des Genres (ENS de Lyon). Elle prépare sous la direction de Jean-Marc Moura à l’Université Paris Nanterre une thèse intitulée “Exotisme, spectacle, exposition : romans de l'ailleurs dans les cultures coloniales européennes (1870-1920)”.

Dans le cas français, la Révolution de 1789, instaure avec des phénomènes de confiscation, de spoliation, de nationalisation une rupture fondamentale entre les propriétés dynastiques ou religieuses et la propriété nationale. Le musée de Monument français est installé par Alexandre Lenoir dans ce qui est devenu l'École des Beaux-Arts, dans l'actuelle rue Bonaparte ou il existe des restes de cette installation. Lenoir y réunit des débris des églises parisiennes, installe les tombeaux de Saint-Denis qu'il a fait venir grâce à des convois militaires et bâtit un musée d'histoire de la France par les monuments (...) qui va être le premier musée d'histoire nationale avec une propriété nationale. Ce musée sera liquidé par la seconde restauration parce que politiquement son message est insupportable lorsqu'on restaure l'ancienne monarchie. Dominique Poulot

Les expositions universelles ne sont qu'un de ces moments dédiés à la colonisation, à la mise en scène et à l'exotisme du monde coloniale. En effet, un certain nombre d'institutions vont s'engager sur cette voie notamment les parcs zoologiques et, en France, la société d'acclimatation de Paris qui va s'engouffrer dans la manne financière que représente les mondes coloniaux avec des spécimens animaux. Se pose la question de la médiatisation de la colonisation par les expositions qui fabriquent une représentation du pouvoir mais aussi de la richesse. C'est une rentrée d'argent assez considérable pour les instances qui les organisent. Paule Faggianelli-Brocart

Sons diffusés :

  • Archive - 26/06/1989 - France Culture - Frédéric Chappey, conservateur de l'École nationale supérieur des Beaux-Arts, décrit la chapelle du couvent des Petits-Augustins. 
  • Lecture par Élodie Hubert un extrait de Choses vues de Victor Hugo qui revient sur la création par Louis-Philippe de la Galerie des Batailles au château de Versailles inaugurée en juin 1837. 
  • Extrait du film Si Versailles m'était conté (1954) de Sacha Guitry avec Bourvil comme guide-conférencier. 
  • Archive - 2009 - Maryvonne de Saint-Pulgentparle de la création du Musée de l'histoire de France, projet abandonné depuis. 

Chroniques

9H52
3 min

Le Journal de l'histoire

Les espions qu'on aimait: la disparition des aventuriers du renseignement et la persistance du crime légal
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