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Épisode 1 :

Bretagne vs Normandie. À qui appartient le Mont-Saint-Michel ?

52 min
À retrouver dans l'émission

La mythique rivalité entre les Bretons et les Normands est née sur des incompréhensions historiques. Pourtant, si les deux peuples ont des origines différentes, les historiens notent un destin commun au-delà des affrontements. Les alliances d’aujourd’hui ont-elles surpassé les mésententes d’hier ?

Le Mont-Saint-Michel, où s'élève une abbaye depuis 709, fait l'objet de querelles régionales.
Le Mont-Saint-Michel, où s'élève une abbaye depuis 709, fait l'objet de querelles régionales. Crédits : Getty

La Bretagne et la Normandie : histoire de rivalités régionales, histoire d’amour aussi ! Ainsi, « quand tout renaît à l'espérance, et que l'hiver fuit loin de nous, Sous le beau ciel de notre France, Quand le soleil revient plus doux »… « J'entends le loup, le renard, et la belette, J'entends le loup et le renard chanter ! » À qui appartient le Mont-Saint-Michel ? Qui fait le meilleur cidre ? La meilleure andouille se trouve-t-elle à Vire ou à Guémené ? Faut-il aborder la question du beurre ? Comment se construisent ces rivalités régionales, ces taquineries entre les Normands et les Bretons, qui « ont des chapeaux ronds, Vive la Bretagne ! Ils ont des chapeaux ronds, Vive les Bretons ! » Et aussi vive les Normands, car « quand la nature est reverdie, Quand l'hirondelle est de retour, J'aime à revoir ma Normandie, C'est le pays qui m'a donné le jour ». Xavier Mauduit

Qui fait le meilleur cidre et la meilleure andouille ? À qui appartient le Mont-Saint-Michel ? La météo est-elle vraiment plus clémente à l’est du Couesnon ? La rivalité entre la Bretagne et la Normandie est si savamment entretenue par les uns et les autres qu’elle en devient mythique. Les sources historiques elles-mêmes semblent, à première vue, confirmer cet antagonisme séculaire. 

Il convient pourtant d’être prudent, car les chroniqueurs du passé, au service de tel duc normand ou de tel prince breton, avaient tout intérêt à flatter leur seigneur et à diminuer la puissance voisine. En y regardant de plus près, si Bretons et Normands ont bien des origines différentes - les premiers étant arrivés autour du Ve siècle dans la péninsule armoricaine depuis la Grande-Bretagne, les seconds étant des descendants des Vikings installés en Normandie au Xe siècle -, ils ont un destin commun, car la fusion des deux peuples migrants avec les populations indigènes fut à la fois rapide et complète.

Comment s’est construite la rivalité entre Bretagne et Normandie ? Comment se brouille-t-elle au gré des alliances matrimoniales et militaires ? Surtout, l’histoire de la région pourrait-elle être celle des solidarités quotidiennes, plutôt que des affrontements militaires et politiques ? 

Nous en parlons avec Yves Coativy, professeur d’histoire médiévale à la faculté de Lettres Victor Segalen à Brest (Université de Brest). Il est l’auteur de Aux origines de l’État breton. Servir le duc de Bretagne aux XIIIe –XIVe s (PUR, 2019).

Et François Neveux, historien, spécialiste de la Normandie médiévale, professeur émérite à l’Université de Caen Normandie. Il est président de la Fédération de sociétés historiques et archéologiques de Normandie. Il a codirigé avec Pierre Bouet, Bernard Merdignac, Joëlle Quaghebeur, l’ouvrage Bretons et Normands au Moyen Âge : malentendus, rivalités, convergences (PUR, 2008). Il est l’auteur d’Azincourt : la dernière bataille de la chevalerie française (Ouest-France, 2015) de Du Guesclin, chef de guerre (Charles Corlet éditions, 2016) et d'une trilogie sur l’histoire de la Normandie aux Éditions Ouest-France : La Normandie des ducs aux rois (Xe-XIIe siècle), 1998 ; La Normandie royale (XIIIe-XIVe siècle), 2005 ; La Normandie pendant la guerre de Cent Ans (XIVe-XVe siècles), 2008.

Il est probable que les Bretons arrivés en Armorique avaient conscience de leur situation, de leur statut, mais de là à dire qu'il y avait déjà une identité bretonne, c'est beaucoup dire. On peut considérer que l'identité bretonne s'est créée dans la seconde partie du Moyen Âge, on en a des traces importantes. À la fin du Moyen Âge il y a une identité bretonne, une pensée politique, qui se structure dans la mise en place des états princiers au XIVe et XVe siècles. Yves Coativy

Guillaume de Poitiers, le biographe de Guillaume Le Conquérant, nous raconte en détail l'expédition de Bretagne et fait un portrait très à charge des Bretons. Il nous dit que les chevaliers bretons sont quasi sauvages, qu'ils sont polygames, qu'ils ont 50 enfants chacun. Un portrait qui ne correspond pas du tout à la réalité, mais qui montre qu'à cette époque, les Normands ont une vision assez négative des Bretons. François Neveu

Sons diffusés :

  • Archive - RTF - 1964 - Légende récitée par des enfant à Carnac. 
  • Extrait du film Le Dernier des Vikings réalisé par Giacomo Gentilomo et Mario Bava, 1961. 
  • Archive - 29/08/1980 - France Culture - Extrait du documentaire "De tout temps - Le Mont Saint-Michel" - Le père prieur Bruno de Sonneville parle de la tradition de l'accueil des hôtes à l'abbaye bénédictine du Mont Saint-Michel. 
  • Lecture par Sandy Boizard d'un texte de Pierre Roxard, 1474.  
  • Archive - 1969 - France Culture - Simone Bertrand, conservatrice du musée de la Tapisserie de la reine Mathilde à Bayeux
  • Musique - Manau - La tribu de Dana.
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Chroniques

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Une histoire de Paris sur le pont Saint-Ange
Intervenants
  • professeur d’histoire médiévale à la faculté de Lettres Victor Segalen (Brest)
  • historien, spécialiste de la Normandie médiévale

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