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Scène de vote typique d'une petite ville dans les isoloirs du comté d'Albany.
Épisode 4 :

La République, un jeu d’enfant ?

51 min
À retrouver dans l'émission

Nous concluons notre série avec une expériences républicaine singulière, celle de communautés pédagogiques qui accueillent, dès 1939, orphelins et enfants sans foyer. Ces communautés, administrées en partie par les enfants, vont connaitre une destinée internationale.

Inauguration du terrain de jeu du village d'enfants Pestalozzi à Trogen, Suisse -  1949
Inauguration du terrain de jeu du village d'enfants Pestalozzi à Trogen, Suisse - 1949 Crédits : Vogt / RDB / ullstein bild via Getty Images - Getty

C’est charmant un dessin d’enfant, une fleur, un papillon, le soleil. Il arrive que le dessin comporte des sous-entendus, des angoisses cachées discrètement révélées d’un coup de crayons de couleurs. Parfois, le dessin est clairement plus sombre. C’est le cas en 1954, dans une bande dessinée réalisée par les enfants de Moulins-Vieux, une communauté qui accueille les gamins en errance au sortir de la guerre.  

C’est l’histoire de Tato, un petit espagnol. Dans la première vignette, il joue, heureux, à Tolède en 1936. Puis vient la guerre, le bombardement de sa maison, le corps de sa maman retiré des décombres. Ensuite, Tato aide les combattants avant de partir en exode. La planche de la bande dessinée se termine avec un dessin de Tato, assis par terre, la tête entre ses mains, et cette question : Tato perd ses parents, que va-t-il devenir ? 

Le 20e siècle et ses guerres ont jeté des millions d’enfants sur les routes, seuls, perdus, abandonnés. Qui pour les recueillir ? Pourquoi pas des Républiques d’enfants ? Car ce n’est pas toujours charmant, un destin d’enfant… 

Nous recevons aujourd'hui Mathias Gardet, historien, spécialiste des politiques sociales de la jeunesse et maître de conférences HDR en sciences de l’éducation à Université de Paris VIII. Il est l'auteur avec de  Martine  Ruchat  et Mathias Boussion de L’Internationale des républiques d’enfants (1939-1955), Anamosa, 2020. 

Il a publié Jean Viollet et l’apostolat laïc. Les œuvres du Moulin-Vert (1902-1956), Paris, Beauchesne, 2004, Histoire des pupilles de l'école publique T. 2. 1940-1974 A la croisée du plein air et de l'enfance inadaptée tome 2 Paris, Beauchesne, 2015, ou encore Les Châteaux du social, XIXe-XXe siècles, (avec Samuel Boussion), Paris, PUV-Beauchesne, 2010.

Pour la première fois après la seconde guerre mondiale on va utiliser l’image de l’enfant comme la victime civile par excellence. Au lendemain de la seconde guerre mondiale va se poser la question de la peur de l’endoctrinement qu’on pu subir certaines jeunesses dans certains pays, notamment dans les pays fascistes : la jeunesse italienne, allemande, japonaise, française aussi. Donc, il y a aussi la volonté de trouver un système éducatif qui va leur réapprendre les bases de la démocratie, de la république. D’autant qu’il ne faut pas oublier que la plupart d’entre eux n’ont pas connu la république. 

Le projet de l’UNESCO c’est de recréer un projet international, une harmonie aussi après le chaos qui a régné durant toute la seconde guerre mondiale et c’est donc de dépasser les enjeux nationaux pour essayer de créer ce réseau. Il va y avoir à la fin de cette rencontre de 1948 (sous la houlette de l’UNESCO) création d’une fédération internationales des communautés d’enfants ou vont se rencontrer et dialoguer régulièrement pendant presque 10 ans tous ces fondateurs de différentes expériences dans les différents pays européens. 

La vraie question c’est, derrière cette publicité médiatique, est-ce que réellement ça a fonctionné et comment ça a fonctionné ? On s’est aperçu dans les archives que c’était difficile et que très vite, on pouvait mettre des bémols à ce fonctionnement républicain fait par des enfants. Très rapidement, on s’aperçoit que l’adulte va arbitrer à la moindre dérive, au moindre problème qui se présente, l’autorité reste bien entre les mains des adultes présents et finalement très présents dans ces communautés d’enfants. 

Les deux causes qui ont sonné le glas de ces communautés : A partir de 1955, les enfants de la guerre ne sont plus des enfants et quittent les communautés. Si on veut poursuivre cette expérience, il va falloir chercher d’autres enfants. On va se tourner vers un public plus traditionnel : des enfants orphelins, mais pas de la guerre, des enfants délinquants et là, le consensus qu’il y avait vis-à-vis des victimes de la guerre qui symboliquement était très fort ne va plus être présent […] D’autre part, la guerre froide va semer la zizanie dans cette belle internationale, notamment du côté des pays de l’Est qui vont déserter la fédération internationale des communautés d’enfants. Chaque pays va réclamer ses propres enfants. Mathias Gardet

Sons diffusés :

Archive - Actualités Gaumont – 1954 -    L'enfance inadaptée, la République d’enfants de Longueuil-Annel. 

Archive - 25 Août 1944 - Discours de De Gaulle à l'Hôtel de Ville de Paris. 

Archive - 07/12/1950 – RTF - Les enfants de la République de Moulin-Vieux répètent leur récital pour la paix

Lecture par Elodie Huber - Extrait de l’ouvrage L’Internationale des républiques d’enfants (1939-1955), (p. 82.) – Armando, garçon de 11 ans, cigarettes critique le village d’enfants Villaggio del Fanciullo (Italie). 

Lecture par Elodie Huber - Extrait de l’ouvrage L’Internationale des républiques d’enfants (1939-1955) - Liste des punitions.  Extrait du cahier des débats de l’assemblée des citoyens de 1947.  

Les Poppys - Laissez entrer le soleil (let the sunshine in)

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