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Figurines en bois, Pinocchio, Allemagne.
Épisode 2 :

Calomnies, rumeurs et murmures, comment circulaient les fausses informations ?

51 min
À retrouver dans l'émission

Il se chuchote, il se faufile, il se répand : il est le bruit qui court. Il change de nom et devient rumeur, murmure, ouï-dire, parfois fake news ou infox. Il a ses usages et ses raisons d'être. Il a aussi son histoire. La vérité sur les rumeurs, c'est par ici !

Deux femmes durant un concert à Hyde Park, Londres, 1939. Photo : August Darwell.
Deux femmes durant un concert à Hyde Park, Londres, 1939. Photo : August Darwell. Crédits : Getty

Nos ancêtres n’ont pas attendu les réseaux sociaux pour diffuser de fausses informations. D’ailleurs, la richesse du champ lexical prouve que le sujet est des plus sérieux : brouhaha, on-dit, bourdonnement,  qu'en-dira-t-on, potin, ragot, bobard, nouvelle, racontar, bruit, renommée, écho, ouï-dire, voix publique, tapage, ronron, médisance, fake news ou infox… Comment circulaient les fausses informations ? Et surtout comment échappaient-elles aux infirmations ? Xavier Mauduit

Protéger sa réputation, disqualifier ses rivaux, répandre des thèses complotistes…. La fausse information et la rumeur sont au cœur de l’actualité mondiale, mais elles l’étaient déjà au Moyen Âge. Paraître au courant des dernières nouvelles devient un impératif et la rumeur occupe rapidement une place centrale dans la société médiévale. Si les informations officielles circulent relativement lentement, la rumeur orale se propage plus rapidement : des jongleurs sont payés pour chanter les louanges d’un chevalier pour lui assurer une union matrimoniale avantageuse ; les princes font circuler de fausses informations pour dissimuler leurs défaites ou mieux atteindre leurs ennemis ; les rebelles étendent leur influence et propagent leurs idées dissidentes aux carrefours des villages... La rumeur est partout au Moyen Âge et elle n’est pas qu’un bavardage. Elle devient peu à peu un outil politique de premier plan, au point qu’une rumeur a peut être coûté à la France la conquête de l’Angleterre.

La rumeur n’est pas le seul phénomène viral à exister avant internet. Le copier-coller, les informations parodiques, les citations attribuées à tort et autres fake news (infox) sont légion, notamment au XIXe siècle. Il est de plus en plus simple de diffuser textes et images, ce qui accélère la vitesse  à laquelle se propagent les nouvelles, qu’elles soient authentiques ou non. La traçabilité de l’information devient une préoccupation majeure, mais le contrôle des sources est souvent fastidieux. C’est ainsi que le Tout-Paris s’est pris à croire qu’une riche héritière russe au visage de tête de mort cherchait un époux, ou que des lapins dévoraient les cadavres du Père-Lachaise avant d’être revendus dans les restaurants de la capitale… 

Avec Maïté Billoré, maître de conférences en histoire médiévale à l'Université Jean Moulin Lyon 3, elle a dirigé avec Myriam Soria La Rumeur au Moyen Âge. Du mépris à la manipulation, Ve-XVe siècle (Presses universitaires de Rennes, 2011).  

Avec nous aussi,  Pierre-Carl Langlais, post-doctorant au sein du projet Numapresse, qui propose une histoire culturelle et littéraire pour mettre en évidence des lignes de force structurelles de la presse française du XIXe siècle à aujourd’hui. Avec également  Julien Schuh, maître de conférences à l’Université Paris Nanterre. Ils sont auteurs avec Marie-Ève Thérenty de Fake news & viralité avant Internet, Les lapins du Père-Lachaise et autres légendes médiatiques, Les lapins du Père-Lachaise et autres légendes médiatiques (CNRS, 2020).

Au dix-neuvième siècle commence à émerger cette idée d'instrumentalisation de la viralité médiatique avec des canulars qui ne sont pas complètement innocents. Avec la naissance de la chronique boursière il y a un immense trafic à cette époque de fausses nouvelles, de nouvelles plus ou moins vraies, de chantages qui se monnaient, il y a un tout marché de la fausse nouvelle financière qui représente des sommes énormes. Le roman L'Argent d'Émile Zola illustre très bien cela. Pierre-Carl Langlais

Au XIXe siècle dans la presse il y avait beaucoup plus d'éléments fictionnels. Il y avait une frontière assez floue entre ce qui relevait du conte, de la fiction et ce qui relevait de l'information, de la chronique. Les journalistes même jouaient sur ce flou  avec des informations fictives, des rumeurs, des contes qui circulaient. Des fausses nouvelles qui avaient un très grand intérêt pour les lecteurs parce qu'elles étaient poignantes, émouvantes, aux prises avec les grands problèmes de la société de l'époque. C'était ce qui faisait vendre. Julien Schuh

Sons diffusés :

  • Archive - 28/10/1960 - Paris Inter - Extrait de la fiction radiophonique de Robert Arnaut  consacrée à Guillaume de Nogaret.
  • Lecture par Nathalie Kanoui d'un article publié dans La Gazette de France qui relate l'histoire de la Vénus à la tête de mort. 
  • Lecture par Nathalie Kanoui d'un extrait de Légendes de Paris de Valensol publié dans Le Petit Parisien. 
  • Archive - 30/10/1938 - CBS - Extrait de La guerre des mondes d'Orson Welles. 
  • Archive - 22/11/1936 - RTF - Extrait du discours de Léon Blum aux obsèques de Roger Salengro à Lille. 
  • Extrait de la série Kaamelott.
  • Musique - Jeanne Sourza - Cancans (1934).

Chroniques

9H52
3 min

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