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Portrait de fou regardant à travers ses doigts (1548-1570) / Maître inconnu (surnommé "Maître de 1537")
Épisode 3 :

Bouffon ! quand le roi s’amuse

52 min
À retrouver dans l'émission

De tous les fous chargés de divertir la cour royale de France, Triboulet est le plus célèbre, symbole de l’amuseur public sous le règne de François Ier. Mythifié par Victor Hugo, il est un homme de théâtre au service du rire. Auprès du roi, quelle est la place du bouffon ?

"Le guerrier saoul et le bouffon du roi" de Casimiro Tomba, fin XIXe siècle, collection du Mikhail Kroshitsky Art Museum, Sevastopol, Russie.
"Le guerrier saoul et le bouffon du roi" de Casimiro Tomba, fin XIXe siècle, collection du Mikhail Kroshitsky Art Museum, Sevastopol, Russie. Crédits : Getty

Bouffon, quand le roi s’amuse ! En 1832, Victor Hugo présente un drame en cinq actes, Le Rois s’amuse, avec comme héros Triboulet. Qui est-ce bouffon ? Vient-il vraiment du XVIe siècle ? Étrange personnage que ce Triboulet, qui amuse, qui fait réfléchir, qui est sage : « Le mystère est la seule enveloppe où la fragilité d’une intrigue d’amour puisse être en sûreté ! », dit Triboulet sous la plume d’Hugo, mais quel est le mystère qui enveloppe Triboulet ? (Xavier Mauduit)

Il apparaît dans les archives médiévales comme bénéficiaire de quittances de dons. Son portrait figure sur une médaille portant la date de 1461. Il est mentionné par Jean Marot dans son épitaphe. Il croise la route de Pantagruel et Panurge dans le Tiers Livre de Rabelais et il est ressuscité par Victor Hugo dans Le Roi s’amuse en 1832. Il est à la fois un homme de théâtre, un acteur, un personnage qu’il compose lui-même et un mythe littéraire : Triboulet, le plus célèbre des fous de France, est bien difficile à cerner et semble s’amuser lui-même de ses constantes métamorphoses.

En partant à sa recherche, de la cour de René d’Anjou au XVe siècle à ses avatars littéraires du XIXe siècle, c’est toute une histoire du rire qu’il nous faudra interroger. 

Comment et pourquoi passe-t-on de la figure de l’idiot dont on rit malgré lui à celle du bouffon, véritable acteur feignant la sottise ? Quel est son rôle auprès du puissant ? Quels ressorts comiques emploie-t-il ? Pourquoi continue-t-il à fasciner ? 

Pour répondre à ces interrogations, nous recevons Marie Bouhaïk-Gironès, chargée de recherche au CNRS, au Centre Roland Mousnier à Sorbonne Université, spécialiste de l’histoire des pratiques théâtrales (XIIIe-XVIe s.) Elle est notamment l’autrice de « Comment faire l'histoire de l'acteur au Moyen Âge ? », Médiévales, vol. 59, no. 2, 2010 et Les clercs de le Basoche et le théâtre comique. Paris, 1420-1550 (Champion, 2007). Elle a co-dirigé Les Pères du théâtre médiéval. Examen critique d’un savoir académique (PUR, 2010) et Prédication et performance du XIIe au XVIe siècle (Classiques Garnier, 2013). 

Et Cédric Michon, membre honoraire de l’Institut universitaire de France, professeur d’histoire moderne à l’Université Rennes 2 et ancien directeur des Presses universitaires de Rennes (PUR). Il a consacré plusieurs ouvrages à l’histoire politique de la Renaissance, notamment Dans la cour des Lions. Hommes et femmes de pouvoir à la Renaissance (Passés composés, 2020), François Ier, un roi entre deux mondes (Belin, 2018), Conseils et conseillers dans l’Europe de la Renaissance. v. 1450-v. 1550 (PUR, 2014).

Malgré le manque de sources, on sait que Triboulet était un personnage, professionnel du spectacle. On lui attribue également des poésies ou des textes comme La Farce de Maître Pathelin (1456-1460). Entouré de mythes, il a inspiré un grand nombre d’artistes. (Marie Bouhaïk-Gironès)

Sous François Ier, Triboulet était un amuseur professionnel mais il n’était pas considéré comme un idiot : un bouffon, pas un fou. (Cédric Michon)

En France, le terme de "bouffon" n’apparaît pas avant le XVIe siècle, en revanche il est déjà présent dans les textes canoniques latins comme un synonyme de "histrion" : ce qu’il ne faut pas être lorsque l’on est un clerc. (Marie Bouhaïk-Gironès)

Triboulet démontre l’omniprésence de l’humour et de l’esprit comique à la cour royale de la Renaissance. À cette époque, les courtisans ironiques utilisent la plaisanterie pour décontenancer un adversaire et convaincre un auditoire : le propos drôle devient alors porteur de vérité. Même si cette liberté de parole et ces moqueries se limitent à ne jamais atteindre directement le souverain. (Cédric Michon)

Sons diffusés :

Extrait - René d'Anjou, roi de cœur dans La tribune de l'histoire (14/03/1973).

Extrait - La Très Excellente et Divertissante Histoire de François Rabelais, téléfilm réalisé par Hervé Baslé (2010).

Extrait - Le Roi s'amuse de Victor Hugo, jouée par les comédiens de l’académie de la Comédie Française (dirigés par Aurélien Hamard-Padis) dans le cadre du Théâtre à la table (30/01/2021).

Extrait - Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré (1993).

Lecture - Nouvelles récréations et joyeux devis de feu (1558) de Bonaventure Des Périers (1… - 1543), lue par Tatiana Werner.

Lecture - Les Deux Recueils (autour de 1533-34) de Jean Marot, lue par Tatiana Werner.

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