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Portrait de fou regardant à travers ses doigts (1548-1570) / Maître inconnu (surnommé "Maître de 1537")
Épisode 4 :

Quand le rire s’empare de la radio, les ondes se gondolent

51 min
À retrouver dans l'émission

Quotidiennement, des émissions radiophoniques réunissent les fidèles amateurs de rigolade, mais parfois le rire s’impose de lui-même. Comment le comique contestataire et transgressif s’est-il fait entendre sur les antennes ? Existe-t-il un humour spécifiquement radiophonique ?

Une génération de comiques talentueux comme Fernandel s'empare de la liberté offerte par la radio pour diffuser des sketchs inédits et créer des programmes amusants.
Une génération de comiques talentueux comme Fernandel s'empare de la liberté offerte par la radio pour diffuser des sketchs inédits et créer des programmes amusants. Crédits : Keystone-France/Gamma - Getty

Le 1er janvier 1955, Louis Merlin lance la radio Europe N°1. Il met en place un "Petit manuel du parfait M.J.", comprendre meneur de jeu : "Le meneur de jeu est un soleil. Le speaker est une lune. Le speaker est un monsieur en col raide à coins cassés qui s’adresse à des auditeurs en corps de chemise. C’est pour cela que ces derniers ne se sentent pas à l’aise avec lui. Le meneur de jeu s’assied à la table de l’auditeur, sur le bras du fauteuil de l’auditrice (ce qu’il ne veut pas dire qu’il soit débraillé ou discret). Il est "l’ami de la maison". Le speaker s’adresse d’une voix puissante à ses "chers-z-auditeurs". Le meneur de jeu parle à l’oreille de ses confidents. Le speaker s’écouter parler, le meneur de jeu se fait écouter". Le Tribunal des flagrants délires, Signé Furax, ou encore Les Grosses têtes, l’humour est consubstantiel de l’histoire radiophonique : quand le rire s’empare de la radio, les ondes se gondolent ! (Xavier Mauduit)

La radio s’impose comme un média de masse dès l’entre-deux-guerres. Les présentateurs et autres animateurs y délivrent des informations concernant la météo, la bourse ou l’actualité, alors que le reste de l’antenne est dédiée aux causeries et aux pièces radiophoniques. La présence de l’humour est résiduelle et elle se résume bien souvent aux performances fantaisistes des chansonniers ou à quelques feuilletons comiques signés Pierre Dac. Au cours des décennies suivantes, les progrès technologiques de la radiodiffusion permettent aux animateurs de se défaire d’une diction très lente et d’une articulation exagérée. Le ton est plus léger, la voix plus chaude, et la connivence avec l’auditeur devient une composante essentielle du son radiophonique. En Mai 68, avec la libération des mœurs et l’essor d’une culture jeune, l’humour entre de plain-pied sur les ondes. Les humoristes comme Coluche, Thierry le Luron ou Pierre Desproges deviennent des vedettes populaires. L’humour se fait plus insolent, plus spontané, sans pour autant renoncer à une certaine écriture dans les sketchs. 

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Le début des années 1980 marque aussi l’apparition des radios libres. Des stations comme Carbone 14 privilégient l’esprit de bande et les animateurs osent un humour libertaire, transgressif, qui ne s’interdit aucune thématique. Le rire devient un élément central de la culture radiophonique, les interventions des humoristes-vedettes et de leurs bandes marquent un rendez-vous quotidien immanquable pour des millions d’auditeurs. Comment le rire s’est-il peu à peu imposé comme une composante majeure du son radiophonique ? L’humour des ondes est-il plus transgressif que les autres formes de rire médiatique ? 

Avec Matthieu Letourneux, professeur de littérature à l’université Paris-Nanterre. Spécialiste de l’histoire des pratiques culturelles, il est l’auteur de Fictions à la chaîne. Littératures sérielles et culture médiatique (Le Seuil, 2017). Plus récemment, il a co-dirigé, avec Alain Vaillant, L'Empire du rire XIXe - XXIe siècle (CNRS Éditions, 2021).

Et Jean-Didier Wagneur, historien de la littérature des XIXe et XXe siècles et critique littéraire. Il est notamment l’auteur, avec Françoise Cestor, de l’ouvrage Les bohèmes 1840-1870 : Écrivains journalistes artistes (Champ Vallon, 2012) et, avec Laurent Portes, d’un livre intitulé Les petits Paris ; promenade littéraire dans le Paris pittoresque du XIXe siècle (Éditions de la BNF, 2019). Il est l’auteur du chapitre “Le rire radiophonique” dans L'Empire du rire XIXe - XXIe siècle (CNRS Éditions, 2021).

Le rire va être le moteur d’une conception publicitaire de la radio comme média de masse avec l’émergence de figures comme Pierre Dac ou encore Noël-Noël. (Matthieu Letourneux)

Louis Merlin [l'un des fondateurs de Europe N°1] est le premier à associer la publicité au rire sur les ondes françaises – en s’inspirant des pratiques états-uniennes. Désormais, la radio va à la rencontre de son public lors d’événements comiques, à l’instar du cirque (Radio Circus) ou encore de flash-mobs organisés à Paris. (Jean-Didier Wagneur)

Avec le développement du transistor, le rire à la radio produit une forme de proximité grâce à des effets de connivence avec l’auditeur : création d’une culture commune et de références collectives populaires. (Matthieu Letourneux)

À l’époque radiophonique de Jean Yanne et de Coluche, l’auditeur attendait que l’émission déraille, que le comique explose comme un "lion en cage". Même si l’humour était d’une certaine manière plus classique, plus fumiste et tourné vers l’absurde. (Jean-Didier Wagneur)

Le rire était très contrôlé dans les années 70. Progressivement, la provocation radiophonique se professionnalise et l’esprit libertaire des FM se commercialise. (Matthieu Letourneux)

Sons diffusés :

Extrait - Louis Merlin raconte la création de Europe N°1.

Extrait - Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil avec et de Jean Yanne (1972).

Extrait - “Poubelle Night”, émission présentée par Supernana et David Grossexe à l’antenne de Carbone 14 (1981).

Extrait - Poisson d'avril dans l'émission Culture Matin de Jean Lebrun sur France Culture (01/04/1998).

Archive - Passage de Coluche sur l'antenne de Europe 1 (1978 - 1979 - 1985).

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