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Le baiser (1907-1908), Gustav Klimt. palais du Belvédère, Vienne. (Wikimedia)
Épisode 1 :

Aphrodite, Éros, Apollon, de l’amour dans l’Antiquité... 

51 min
À retrouver dans l'émission

C'est à travers la littérature et l'iconographie que l'Antiquité nous invite à explorer le sentiment amoureux. Émotions, sensualité, amitié, sens du devoir et liens familiaux entrent en jeu. En ce domaine, il semble bien qu’Eros ait plus d'une flèche à son arc !

L'Amour et Psyché (aussi intitulé Cupidon et Psyché), 1817, Jacques-Louis David. Musée d'art de Cleveland, Ohio, États-Unis.
L'Amour et Psyché (aussi intitulé Cupidon et Psyché), 1817, Jacques-Louis David. Musée d'art de Cleveland, Ohio, États-Unis. Crédits : Getty

L’amour antique peut-il nous permettre de mieux comprendre la manière dont nous nous aimons aujourd’hui ? Toutefois, de quel amour s’agit-il ? Amour socratique ou amour saphique ? Amour platonicien ou amour anacréontique ? Car nous aimons Anacréon, le chantre de l’amour, à la fin du VIe siècle et au début du Ve siècle avant Jésus-Christ. Dans l’Antiquité, il y a des couples merveilleux : Périclès et Aspasie, Achille et Patrocle, Hector et Andromaque, Omphale et Héraclès. Ont-ils été frappés par les flèches de l’amour ? Il est des jours où Cupidon s’en fout, chantait Brassens. Si Cupidon est romain, qu’en est-il de son équivalent grec, Éros ? Dans tous les cas, il semble bien qu’Éros a plus d'une flèche à son arc ! (Xavier Mauduit)

Périclès est-il un des premiers divorcés de l’histoire ? Achille et Patrocle n’étaient-ils que cousins ? Pourquoi Omphale et Héraclès échangent-ils leurs vêtements ?

Voyageons en Grèce pour découvrir le sentiment amoureux à travers les grandes histoires d’amour antiques. Dans les textes littéraires ou sur une céramique rouge et noire, chaque mythe nous raconte ce que veut dire aimer dans l’Antiquité. Le Cours de l’histoire se prête à ce jeu historique. Jeux de balles, pommes, toupies ou osselets, partons à la découverte des jeux de séduction qui ont permis aux plus grands héros de tomber amoureux ! 

Avec nous,  Jean-Claude Bologne, philologue, médiéviste. Il a publié une vingtaine de livres (romans, dictionnaires, essais) dont Histoire du mariage en Occident (J.-C Lattès, 1995), d'une Histoire de la conquête amoureuse de l'Antiquité à nos jours (Seuil, 2007) et d'une Histoire du couple (Perrin, 2016). 

Avec nous aussi,  Véronique Dasen, professeure en archéologie classique à l'Université de Fribourg (Suisse), elle dirige le projet de l'European Research Council (ERC), Locus Ludi, The Cultural Fabric of Play and Games in Classical Antiquity. Elle est autrice de Le Sourire d'Omphale. Maternité et petite enfance dans l'Antiquité (Rennes, 2015) et de Famille et société dans le monde grec et en Italie du Ve siècle au IIe siècle av. J.-C., avec Jean-Baptiste Bonnard et Jérôme Wilgaux (PUR, 2017). 

Que signifie l'amour dans l'Antiquité ? 

Lorsqu'on parle d'amour dans l'Antiquité on doit se fier à des concepts qui ne sont pas tout à fait les mêmes que les nôtres, Il y a beaucoup de termes en grec comme en français d'ailleurs, pour désigner l'amour. On parle d'amour, d'affection, de tendresse, de bienveillance, le problème c'est que les champs sémantiques ne se recouvrent pas. Les deux principaux mots que l'on a à disposition, Éros et Philia, désignent des concepts qui ne sont pas exactement les mêmes que dans le français moderne. L'Eros, c'est l'amour sensuel pour le dire d'une façon un peu caricaturale, passionné, avec Éros on a tout de suite en tête le banquet de Platon et c'est Socrate qui définit l'Éros comme un manque. On désire ce que l'on n'a pas et, ce que l'on n'a pas quand on est un homme c'est la beauté, la beauté absolue. Donc l'amour est un désir de beauté. Mais, le problème, c'est si on a la beauté, si on a épousé une très belle femme, est-ce qu'on peut encore l'aimer ? Et ça c'est un problème qui traverse toute l'histoire de l'amour, est-ce qu'on peut désirer ce que l'on a ? L'autre idée très importante du discours de Socrate dans le banquet de Platon : Il faut perpétuer l'amour, il faut perpétuer ce que l'on a et donc engendrer dans ce qui nous manque, engendré dans la beauté. D'où le double sens constant dans l'histoire du sentiment amoureux : on engendre dans la beauté du corps, la femme, donc on a un enfant ou on engendre dans la beauté de l'esprit, dans l'esprit des jeunes gens, on engendre des idées, et on a ce que l'on a appelé l'amour socratique, non pas de la pédophilie mais de la pédagogie. (Jean-Claude Bologne)

Des "fusibles" pour contourner les contraintes sociales

Dans cette figure allégorique d'Éros, Il y a aussi toute la dimension de l'enfant qu'est Éros. Et cet enfant est associé aussi à la manipulation, à la tricherie, Éros est parfois décrit comme cruel, l'image de son jeu imprévisible y renvoie. On a cette image de l'amour qui peut être un trouble, un tourment voire une maladie. Pourquoi ? Parce que les mariages sont des mariages obligés, arrangés, le mariage d'amour est rare voire n'existe pas. C'est là où toutes les sources qui sont relatives à la magie sont intéressantes parce qu'elles constituent autant de fusibles pour remédier à cette situation. Quel meilleur moyen pour un jeune couple, de jeunes amants, de dire que l'un a ensorcelé l'autre et que ce n'était pas du tout un adultère voulu ou une transgression volontaire mais que c'est une force supérieure qui a induit cette relation, par exemple une relation sexuelle hors mariage. Il y a eu des fusibles de ce genre là, comme les philtres magiques, qui dans l'imaginaire des gens sont un moyen de gérer, de contourner les contraintes sociales. (Véronique Dasen)

Sons diffusés : 

  • Archive - 16/01/1958 - RTF - Émission Poèmes de tous les temps - Lecture par Pierre Bertin du poème Éloge de la rose d'Anacréon. 
  • Lecture par Tatiana Werner d'un extrait d'Andromaque d'Euripide. 
  • Lecture par Tatiana Werner d'un extrait du Chant II des Fastes d'Ovide.
     
  • Archive - 12/01/1978 - Émission Aujourd'hui madame - Lecture par Denis Manuel d'un extrait du Banquet de Xénophon. 
  • Musique Georges Brassens - Pénélope.
     
  • Archive - 16/01/1958 - RTF - Émission Poèmes de tous les temps - Lecture par par Sylvia Monfort d'un extrait d'Un amour passionné de Sapho.
     
  • Musique : Ensemble Melpomen dirigé par Conrad Steinmann - Musique de la Grèce antique.

Chroniques

9H52
4 min

Le Journal de l'histoire

Hommage à Samuel Paty : la lettre de jean Jaurès aux instituteurs était-elle bien choisie ?
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