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Pétitions, meetings, placets : une histoire de la prise de parole

51 min
À retrouver dans l'émission

Twitter, Facebook et autres réseaux sociaux sont nos porte-voix qui dispersent indignations, coups de gueule et approbations. Diantre, comment faisait-on autrefois pour partager son opinion dans l'espace public ?

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Mégaphone Crédits : Getty

Du fin fond du débat public veille celle que l’orateur appelle quand il rencontre des difficultés à faire passer ses idées, quand il n'est plus capable de trouver une solution à ses problèmes, quand il ne reste plus aucun espoir : l’opinion publique ! 

Dès la révolution française, des petits textes sont imprimés, intitulés « À l’opinion publique », au sens de « Appel à l’opinion publique » : À l’opinion publique le 28 vendémiaire an VII (19 octobre 1798) ; À l’opinion publique, sur les émeutes des 14, 15, 16 et 17 juin, comprendre les émeutes de juin 1832 ; À l'opinion publique, mémoire du capitaine Joubert, mis en traitement temporaire de réforme en 1844 ; À l’Opinion publique, le citoyen Louis Blanc, à propos de la journée du 15 mai 1848. 

Faire appel à l’opinion publique est une chose, mais savoir si elle est écoutée en est une autre. D’ailleurs, l’opinion publique existe-t-elle ? Le sociologue Pierre Bourdieu disait que non, surtout quand il est question de sondage. Pourtant, le pouvoir, quel qu’il soit, est sans cesse en quête de savoir ce que les gens pensent, mais est-ce pour adapter la politique « à l’opinion publique » ? 

Avec Benoît Agnès, chercheur associé au Centre d'histoire du XIXe siècle (Panthéon-Sorbonne / Sorbonne Université), professeur à la Cité scolaire Marie-Curie de Sceaux et chargé de cours à l'Université de Reims Champagne-Ardenne. Ses travaux portent sur l’histoire socioculturelle et politique des mobilisations et des actions publiques en Europe au XIXe siècle. Il a publié L'appel au pouvoir : les pétitions aux Parlements en France et au Royaume-Uni (1814-1848) (PUR, 2018).

Et Pierre Karila-Cohen, professeur d'histoire contemporaine à l'université Rennes 2, spécialiste du XIXe siècle, particulièrement de l'histoire de l'État, de la police, de l'enquête et de la relation d'autorité. Il est notamment l’auteur de L’État des esprits. L’invention de l’enquête politique en France (1814-1848) (PUR, 2008). Il a dirigé avec Laurent Bourquin, Philippe Hamon et Cédric Michon, S’exprimer en temps de troubles. Conflits, opinion(s) et politisation de la fin du Moyen Âge au début du XXe siècle (PUR, 2012).

La Restauration innove avec ses enquêtes sur l'opinion publique

J'ai ouvert les cartons des Archives nationales et j'ai constaté qu'à partir du tout début de la Restauration s'inventait un genre d'enquêtes très spécifiques sur, je cite les noms donnés à ces enquêtes : sur l'esprit public, sur l'opinion publique, sur la situation morale et politique, sur l'état des esprits. Il s'agissait de faire une description et une analyse de l'opinion départementale, c'était les préfets qui étaient chargés principalement d'analyser cette opinion mais aussi d'autres personnages comme des commissaires généraux de police, ensuite cela va s'étendre aux procureurs, aux officiers de gendarmerie. Cela ne veut pas dire que ça n'existait pas auparavant (...) Mais, le fait que le thème unique de ces rapports administratifs soit l'opinion publique est quelque chose d'assez nouveau à partir de la Restauration. Pierre Karila-Cohen

Et l'opinion des femmes dans l'espace public ? 

L'expression légitime et légitimée d'une opinion était bien souvent bornée au strict masculin. Et ça pose tout un problème du point de vue de la prise de parole publique pour les femmes. Tant qu'on est en matière politique, les femmes elles-mêmes, à de rares exceptions, ont intériorisé. Dans la sphère politique, pas d'expression légitimée, légitimante et l'on n'a pas vraiment intégré dans la gent féminine que l'on pouvait prendre la parole. En revanche, dans la sphère sociale et notamment dans la sphère économique et, par le biais de pétitions également, il y a des femmes qui sinon rédigent des pétitions, du moins, les signent et sont en quelque sorte autorisées par la majorité masculine, légitime et propre à prendre la parole, à les signer. Benoît Agnès

Sons diffusés :

  • Archive - 25/06/2010 - France Culture - Les nouveaux chemins de la connaissance - Arlette Farge évoque l'intérêt du pouvoir pour les rumeurs.
  • Extrait du film de Jean-Michel Ribes, Brèves de comptoir (2014), une adaptation de la série de livres Brèves de comptoir de Jean-Marie Gourio. 
  • Lecture par Maïwenn Guiziou d'un extrait d'un discours à la Chambre du Baron Pasquier, ministre d'État, du 14/01/1820.
  • Musique - Edith Piaf chante Opinion publique
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