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Marcel Cachin, directeur de L'Humanité, est l'un des plus fervents partisans à la création du PCF.

Il y a cent ans, la naissance du Parti communiste français

51 min
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En 1920, le Congrès de Tours acte la scission entre les socialistes français. La création du Parti communiste français (PCF), adhérant à la IIIe Internationale d’inspiration bolchévique, va bouleverser la société. Quelle est l’histoire de ce moment décisif pour la construction de la gauche ?

Marcel Cachin, directeur de L'Humanité, est l'un des plus fervents partisans à la création du PCF.
Marcel Cachin, directeur de L'Humanité, est l'un des plus fervents partisans à la création du PCF. Crédits : AFP

À la fin du mois de décembre 1920, vers quoi s’orientent les préoccupations des Français ? Tenez, lisons Le Figaro, le 25 décembre. Noël est à la une évidemment, "Noël quand même", deux ans après la fin de la Première Guerre mondiale. Toujours à la une, il est question du problème militaire, celui que pose encore l’Allemagne, et du traité de Versailles, celui qui doit régler la paix. Puis il est question du Congrès socialiste qui s’ouvre le jour même, à Tours. Nous savons aujourd’hui que, lors de ce congrès, les socialistes se divisent, c’est la naissance du Parti communiste français. La scission était-elle prévisible ? Le Figaro a dépêché un envoyé spécial, Robert Chennevoix, qui titre : "Avant la bataille !" Il rapporte que "dans les cafés les discussions sont déjà vives dans les groupes. Demain, nous dit un délégué de province, il y aura des appels déchirants l'unité mais la cassure se fera quand même et notre grand parti sera divisa en plusieurs tronçons". On ne voit guère comment le parti dit unifié échappera à son destin ». La division des socialistes était donc attendue, mais personne ne pouvait imaginer la forme qu’elle allait prendre. (Xavier Mauduit)

"Nous sommes convaincus, jusqu’au fond de nous-mêmes, que, pendant que vous irez courir l’aventure, il faut que quelqu’un reste garder la vieille maison. Nous sommes convaincus qu’en ce moment, il y a une question plus pressante que de savoir si le socialisme sera uni ou ne le sera pas. C’est la question de savoir si le socialisme sera, ou s’il ne sera pas. "

Il y a presque cent ans, le 27 décembre 1920, Léon Blum se tenait devant les militants du congrès de Tours pour défendre l'union des socialistes français et dénoncer le caractère totalitaire de l'Internationale communiste. Deux jours plus tard, l'adhésion à la Troisième Internationale est pourtant votée par la majorité, la division de la SFIO actée et la Section français de l'Internationale communiste créée. Comment expliquer l'adhésion en 1920 de la majorité des militants socialistes aux idées du bolchévisme ? Entre Marcel Cachin et Boris Souvarine, qui sont les personnages à avoir porté la création du Parti communiste français ? Quel rôle le régime bolchevique a-t-il joué dans la division des socialistes français ?

Pour comprendre ce moment historique, nous recevons trois invités qui ont participé à l'ouvrage collectif Aux alentours du Congrès de Tours (2020), publié par le Musée de l’histoire vivante avec le soutien de la Fondation Jean Jaurès et de la Fondation Gabriel Péri.

Romain Ducoulombier, enseignant, agrégé et docteur en histoire, auteur de Camarades, La naissance du Parti communiste en France (Perrin 2010) et d’un recueil de textes de Léon Blum Le congrès de Tours. Le socialisme à la croisée des chemins, 1919-1920 (Gallimard Folio histoire, 2020).   

Jean-Louis Panné, historien, dernier secrétaire de Boris Souvarine, auteur de la biographie de ce dernier Boris Souvarine, le premier désenchanté du communisme (Robert Laffont, 1993). Éditeur jusqu’en 2019, à la collection Quarto (Gallimard), pour laquelle il s’est occupé notamment des volumes Simone Weil, Hannah Arendt, Marc Bloch, Boris Pastrenak, Albert Camus, Jorge Semprun…

Marion Labey, doctorante en histoire contemporaine à l’Université de Paris et l’Università di Roma II Tor Vergata. Son sujet de thèse est : "Croire ou brûler". Une génération de révolutionnaires français et italiens face au phénomène soviétique (1917-1939), sous la direction de Sophie Coeuré.

Il n’y a pas de suspense à Tours. Avant le congrès, des sections socialistes ont déjà adhéré à la IIIe Internationale. Ce moment décisif sert surtout à préparer l’avenir et les lendemains révolutionnaires. (Romain Ducoulombier)

Le poids de la Révolution d’Octobre est important : on se porte au secours de cette révolution qui porte le rêve d’une nouvelle société. (Jean-Louis Panné)

La scission se fait entre les socialistes qui aimeraient régénérer le parti et les autres qui veulent prolonger l’expérience de la SFIO d’avant-guerre, à l’instar de Léon Blum. En cela, les 21 conditions permettent de verrouiller l’entrée de l’Internationale communiste aux personnalités jugés trop centristes. (Romain Ducoulombier)

En 1920, le parti socialiste était un mouvement en recomposition où régnait une unité de façade. Rapidement, les centristes qui ne rejoignent pas la destinée de la révolution bolchévique sont désignés comme des ennemis. (Jean-Louis Panné)

Les partisans de la scission sont majoritairement liés par l’idéal révolutionnaire et l’Internationale plutôt qu’avec le PCF. (Marion Labey)

Sons diffusés :

Archive - 21/12/1980 - Antenne 2 - Retro 60 ans du PCF.

Archive - 20/02/1964 - Témoignage sur Jean Jaurès : Albert Fournier.

Archive - 08/11/1957 - RTF - Heure de culture française - La révolution russe de 1917 par Boris Souvarine.

Chroniques

9H52
3 min

Le Journal de l'histoire

La guerre du Péloponnèse : remède contre la morosité
Intervenants
  • Historien
  • Historien, éditeur jusqu’en 2019 à la collection Quarto (Gallimard)
  • Doctorante en histoire contemporaine à l’Université de Paris-Paris Diderot VII et l’Università di Roma II Tor Vergata
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
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