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 Jeux pour enfants, Pieter Bruegel l'Ancien, 1560, Kunsthistorisches Museum de Vienne. (Wikimédia)
Épisode 1 :

Loteries royales, les jeux de l’État et du hasard

52 min
À retrouver dans l'émission

Êtes-vous prêt, comme Madame de Montespan, à perdre 500 000 livres en une soirée ? La société d'Ancien Régime s'adonne avec engouement aux jeux de hasard et d'argent. Condamnés par l'Église, il ne fallait pas compter sur une intervention divine pour sauver sa chemise !

Lotterie royale vers 1675. (crédits : DEA / M. Seemuller).
Lotterie royale vers 1675. (crédits : DEA / M. Seemuller). Crédits : Getty

Voici une saynète devenue un classique de l’iconographie chrétienne : le partage des vêtements de Jésus, au moment de la passion, par des soldats romains. Les quatre Évangiles en parlent et saint Jean écrit : « Les soldats, après avoir crucifié Jésus, prirent ses vêtements, et ils en firent quatre parts, une part pour chaque soldat. Ils prirent aussi sa tunique, qui était sans couture, d’un seul tissu depuis le haut jusqu’en bas. Et ils dirent entre eux : Ne la déchirons pas, mais tirons au sort à qui elle sera. Cela arriva afin que s’accomplît cette parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont tiré au sort ma tunique. Voilà ce que firent les soldats ». Quand les peintres représentent ce partage, ils montrent souvent les soldats en train de jouer aux dés. L’Église condamne-t-elle les jeux de hasard ? Le hasard est divin. Elle condamne surtout le vice qui pousse à jouer et les conséquences du jeu. Qu’en est-il du jeu dans la société d’Ancien Régime, quand le roi joue et qu’il met en place des loteries ? Jeu de main, jeu de vilain, mais jeu d’aujourd’hui ? Le Cours de l’histoire achète un billet à la loterie royale. (Xavier Mauduit)

La société d’Ancien Régime a la fièvre du jeu : des rois aux artisans en passant par les domestiques, tout le monde joue. Si la Renaissance se passionnait pour les jeux d’extérieur, les XVIe et XVIIe siècles imposent les jeux de stratégie, de réflexion, de cartes et de plateau. Plus encore, c’est le jeu de hasard qui remporte un franc succès. Il fait l’objet de paris intéressés, jusqu’à devenir extrêmement rentable pour ceux qui en saisissent les mécanismes.

Tous ne sont pas heureux au jeu et les moralistes associent rapidement ces pratiques à un véritable fléau, générateur de misère économique et sociale. C’est aussi l’avis des théologiens, qui considèrent le jeu de hasard comme une sollicitation abusive de la providence : jouer est un péché. Ces réticences n’endiguent ni la passion du jeu, ni la convoitise de ceux qui en tirent profit. Au XVIIIe siècle, l’État devient l’opérateur et le bénéficiaire principal du jeu. La loterie royale est un succès, au point qu’elle est considérée comme un impôt volontaire extrêmement efficace et comme un palliatif budgétaire de premier plan. Comment le jeu a-t-il pu occuper une place aussi centrale dans la société d’Ancien Régime, malgré les réticences des moralistes et des théologiens ? Comment expliquer le jeu ambigu de l’État qui a profité de ces pratiques autant qu’il les a condamnées ? 

Avec nous pour répondre à ces questions, Élisabeth Belmas, professeur émérite à l'Université Paris XIII, chercheur à la Maison des Sciences de l'Homme Paris-Nord et secrétaire générale du Groupement d'Intérêt Scientifique “Jeu et Sociétés”. Spécialiste de l’histoire de la santé et de l’histoire du jeu, elle est l’autrice d’un ouvrage issu de sa thèse : Jouer autrefois. Essai sur le jeu dans la France moderne (XVIe-XVIIIe siècle) (Champ Vallon, 2006) et plus récemment elle a dirigé avec Juliette Vion-Dury Le jeu dans tous ses états : Approches pluridisciplinaires du phénomène ludique (L’Harmattan, 2020). 

C'est la loterie organisée pour la construction de l'école royale militaire en 1757 qui a servi de champs d'essai à la loterie royale de France. La monarchie n'arrivait pas à trouver suffisamment de fonds pour achever de sa construction et Casanova raconte qu'avec son aide, la monarchie a mis sur pied cette loterie qui lui permet d'achever les travaux. (Élisabeth Belmas)

La première personne à avoir introduit les procédures aléatoires est Catherine de Médicis. La loterie existait en Italie et connaissais un grand succès, ce sont les Italiens de sa cour dès 1533 qui l'introduisent en France. Le roi François Ier a autorisé la première loterie en 1539. On lui attribue donc la paternité de la loterie royale qui a beaucoup déconcertée les Parisiens : elle n'a jamais été remplie c'est-à-dire que les billets n'ont pas été achetés en totalité.  Elle n'a donc jamais été tirée. C'est un essai qui a tourné court mais c'est le premier souverain à avoir introduit la loterie et décrété qu'elle était un monopole royal. (Élisabeth Belmas)

Sons diffusés : 

  • Archive - 30/01/1951 - RDF - Émission Les jeux de hasard - Almanach de l’Union française - Les jeux de hasard sous l’ancien régime.
  • Musique - Fuyons des vices le feu, chanté par l’ensemble Clément Jannequin, composé par Roland de Lassus.
  • Lecture par Daniel Kenigsberg d'un extrait de Le Chrétien parfait honnête-homme, ou L'Art d'allier la piété avec la politesse et les autres devoirs de la vie civile (1749) Abbé du Préaux.
  • Extrait du téléfilm Le Jeune Casanova (2002) de Giacomo de Battiato.
  • Archive - 27/06/1990 - France Culture - Émission Lettres ouvertes - Pierre Ange Goudar (1708-1791). 
  • Archive - 07/11/1933 - Pathé - Extrait d'un documentaire du Journal de votre année - Le premier tirage et l'interview du premier gagnant de la Loterie Nationale, un coiffeur de Tarascon.
  • Albert Préjean - Si j'gagnais les cinq millions- Extrait de l'album Faites vos jeux ! les jeux de hasard en 27 chansons de fortune.

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