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 Jeux pour enfants, Pieter Bruegel l'Ancien, 1560, Kunsthistorisches Museum de Vienne. (Wikimédia)
Épisode 3 :

Joue, grandis, apprends : quand la cour de récré devient la salle de classe

51 min
À retrouver dans l'émission

Longtemps resté à l’écart des salles de classe, le jeu est devenu l’une des pierres angulaires de l’enseignement primaire. La naissance de l’école maternelle et l’émergence de pédagogies nouvelles symbolisent ce mouvement vers un apprentissage fondé sur la confiance et l’individualité de l’enfant.

Le jeu, une simple récréation ?
Le jeu, une simple récréation ? Crédits : Getty

Marie Pape-Carpantier est une pédagogue, une de ces pionnières de l’éducation quand, en 1833, la loi Guizot impose à chaque commune d’entretenir une école primaire. Sa vie durant, elle se consacre aux enfants et à la manière de les instruire. Elle décède en 1878, l’année où paraît son dernier ouvrage, une Notice sur l’éducation des sens et quelques instruments pédagogiques. Elle y explique les « exercices ayant pour objet la culture des sens ne sont nullement un jeu futile, une sorte d’intermède aux leçons considérées seules comme sérieuses. Ces exercices sont eux-mêmes des leçons très sérieuses ». Quand il est question d’apprendre les mathématiques et de réfléchir au mètre carré, elle met en place un instrument pédagogique, comme elle dit, qui fait écho aux travaux industriels, ceux du bâtiment, des tapissiers, des colleurs de papier : « De cette manière, les élèves en posant les décimètres à terre pour composer le mètre superficiel, sont obligés de faire des additions variées, de calculer ce qui manque à une rangée pour atteindre le nombre 10, et par conséquent ce qu’ils doivent y ajouter pour le compléter. Tous ces exercices sont un jeu, mais ce jeu laisse dans l’esprit le meilleur fruit du travail : une connaissance réellement acquise ». Tous ces exercices sont un jeu… et tous ces jeux des exercices, pourrait-on ajouter. Décidément, Marie Pape-Carpantier est une pionnière. (Xavier Mauduit)

L’école maternelle, aujourd’hui, est un espace de jeu. Dans la cour de récréation, des marquages au sol délimitent des espaces pour jouer à la balle ou à la marelle ; des éléments permettent de grimper, se suspendre, de se balancer seul ou à plusieurs. Dans la salle de classe, à côté des crayons, feutres et cahiers, des jouets de construction et des poupées attendent que de petites mains les saisissent.

Cette présence du jouet et du jeu à l’école n’a pourtant rien d’une évidence : longtemps, le jeu était compris comme l’opposé du sérieux, et donc de l’éducation.

Alors que le travail a un but, l’enfant semble jouer pour le plaisir, sans objectif précis, mais il s’enrichit de cette simple activité.

Comment le jeu s’est-il invité à l’école ? À quelles transformations dans la manière de percevoir l’homme et l’enfant doit-il cette place nouvelle ? Pour le savoir, nous faisons un tour par les philosophes romantiques et les pédagogues de l’éducation nouvelle en compagnie de nos invités.

Pour nous en parler, nous recevons Gilles Brougère, professeur des universités en sciences de l’éducation à l’Université Sorbonne Paris Nord, membre d’EXPERICE, le Centre de Recherche Interuniversitaire Expérience Ressources Culturelles, Éducation. Il est notamment l’auteur de Jouer/Apprendre (Economica-Anthropos, 2005) et Penser le jeu. Les industries culturelles face au jeu (Nouveau Monde, 2015, dir.).

Et Sylvain Wagnon, historien agrégé, professeur en sciences de l'éducation à l'université de Montpellier et spécialiste de l'éducation nouvelle et libertaire. Il est responsable du CEDRHE (Centre d’études, de documentation et de recherches en histoire de l’éducation).

L’entrée du jeu à l’école se fait par la récréation, dans un clivage entre l’apprentissage et la détente. Des intellectuels humanistes se demandent rapidement si on ne peut pas profiter de l’enthousiasme du jeu pour attirer les enfants à approfondir des choses plus sérieuses : inventer des exercices qui ont les atours du jeu. Puis, lorsque le jeu va rentrer pleinement dans l’école, il se transforme en exercice. Tout se passe alors comme si la confiance dans le jeu et dans l’enfant n’existait pas. Car, derrière la question du jeu, il y a celle de la liberté de l’enfant : veut-on donner la main à l’enfant face à l’enseignant ? On remarque que certaines grandes figures de la pédagogie nouvelle ne s’appuient pas nécessairement sur le jeu pour promouvoir cette liberté de l’enfant. (Gilles Brougère)

Les penseurs de la pédagogie nouvelle ont souhaité partir de la vie de l’enfant pour construire un apprentissage fondé principalement sur l’enthousiasme et la confiance. Le jeu, intégré à une pédagogie, peut servir de levier pour apprendre et comprendre car la motivation est plus importante. Le jeu ne cloisonne pas les connaissances à des matières et insuffle l’idée du centre d’intérêt. (Sylvain Wagnon)

"Le modèle français reste très scolaire"

En France, le jeu reste en marge de l’école, à l’inverse du système allemand et suisse notamment. Il y a une forme de repli ces derniers années du jeu en tant que plaisir. L’école maternelle ressemble de plus en plus à une préparation au primaire et oublie sa vocation à l’ouverture au jeu. Le système scolaire n’est pas toujours prêt à transformer les salles de classe et la relation élèves-professeurs. (Sylvain Wagnon)

L’histoire du jeu est faite de va-et-vient. Il y a eu des tentatives d’implantation du jeu au sein de l’école maternelle française mais plutôt dans les marges, à travers des modifications en jeu-exercices, de récompenses. (Gilles Brougère)

Sons diffusés :

Archive : 13/02/1997 - France Culture - Une vie Une Œuvre - Extrait de Émile ou De l'éducation de Jean-Jacques Rousseau, lu par Jean-Quentin Chatelain.

Archive - 04/12/1958 - La récréation, une famille d’instituteur, a la découverte des français.

Archive - 18/06/1964 - Midi-Pyrénées magazine - Les jardinières d’enfant, apprendre aux enfants à "devenir un homme ou femme sociable".

Lecture - Texte de Francisco Ferrer, pédagogue anarchiste catalan (1901), lu par Daniel Kenigsberg.

Lecture - Extrait de La fonction de globalisation et l’enseignement (1929, Bruxelles, Lamertin), de  Ovide Decroly, lu par Daniel Kenigsberg.

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Intervenants
  • professeur de sciences de l'éducation à l'université Sorbonne Paris Nord, spécialiste du jeu
  • historien, professeur en sciences de l'éducation à l'université de Montpellier et spécialiste de l'éducation nouvelle et libertaire.
L'équipe
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