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Portrait de groupe, Arménie vers 1900.
Épisode 4 :

"Quand tout sera fini plus tard en Erivan"... Les voix du génocide arménien

52 min
À retrouver dans l'émission

La diaspora arménienne crée de petites communautés à travers le monde, du Moyen-Orient à l'Europe en passant par l'Amérique. Elle s'efforce de préserver sa culture, sa langue, mais elle transporte avec elle l'héritage traumatisant d'un génocide qui marque au plus profond son identité.

Monument commémoratif du génocide arménien, Erevan, Arménie. (Photo :  Picture alliance).
Monument commémoratif du génocide arménien, Erevan, Arménie. (Photo : Picture alliance). Crédits : Getty

Comment prononcer le nom de la capitale de l’Arménie, Erevan ? Air et vent ou Air et vanne ?  Hier et vent ou Hier et vanne ? Et pourquoi par Erivan ? Sur ce point, le poète peut nous être utile. En 1956, Louis Aragon écrit des "Strophes pour se souvenir", titre d’un poème qu’il dédie à ceux de l’Affiche rouge, les résistants du groupe Manouchian fusillés pendant la Seconde Guerre mondiale :

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses

Adieu la vie adieu la lumière et le vent

Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent

Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses

Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Il fait rimer Erivan avec souvent et, disons-le avec Aragon, le poète a toujours raison. Pour les Arméniens, et plus encore, Erevan, Erivan ou Yerevan se dit avec le cœur. (Xavier Mauduit)

Le film Une histoire de fou de Robert Guédiguian, sorti en 2015 s’ouvre sur une scène saisissante. En 1921, à Berlin, Soghoman Tehlirian, rescapé du génocide arménien de 1915, tue un homme à bout portant. Pas n’importe quel homme : il s’agit de Talaat Pacha, l’un des principaux instigateurs du génocide. Après ce prologue, une longue ellipse fait reprendre l’intrigue du film dans les années 1980. Aram, un jeune Marseillais d’origine arménienne, se lance alors dans la lutte armée pour forcer le gouvernement turc à reconnaître le génocide.

De 1921 aux années 1980, que s’est-il passé ? Que recèle ce long silence ? La diaspora arménienne en France s’est-elle tue, à l’instar de Hovannès et Anouch, les parents de Aram ? Faire l’histoire de la mémoire du génocide arménien, c’est en effet commencer par faire l’histoire du silence et de l’oubli dans une diaspora désunie. Comment les rescapés et leurs descendants sont-ils parvenus à reconstruire cette mémoire, malgré le trauma et le déni ? Comment continuer à mener cette bataille mémorielle aujourd’hui ? Nous en parlons avec…

Robert Guédiguian, réalisateur de cinéma, producteur et scénariste d'origine arménienne du côté paternel. Il a réalisé plusieurs film dans lesquels il explore l’histoire de l’Arménie : Le Voyage en Arménie (2006) et L'armée du crime (2009) et Une histoire de fou (2015). 

Et avec Anouche Kunth, historienne, chargée de recherches au CNRS, chercheuse à l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (Iris), spécialiste des violences et crimes étatiques abordés depuis l’exil arménien contemporain. Elle est l’autrice de Exils arméniens : du Caucase à Paris, 1920-1945 (Belin, 2016), Les Arméniens en France. Du chaos à la reconnaissance (éd. L’Attribut, 2010) avec Claire Mouradian et participe à la coordination de l’ouvrage dirigé par Patrick Boucheron et Romain Bertrand Faire musée d'une histoire commune Rapport de préfiguration de la nouvelle exposition permanente du Musée national de l'histoire de l'immigration (MNHI) (Seuil, 2019).

Être arménien aujourd'hui

Moi pour moi, être arménien aujourd'hui, c'est me battre pour la reconnaissance du génocide, C'est l'Église, Église au sens culturel parce que je ne suis pas croyant, et c'est la langue. (Robert Guédiguian)

Le traité de Lausanne réduit au silence la parole des victimes

Le traité de Sèvres en 1920 a précédé celui de Lausanne. Il envisage la tenue d'un tribunal pénal international d'un genre nouveau parce qu'on s'accordait à reconnaître une spécificité à ces crimes qu'on ne savait pas forcément juger puisque le droit pénal international n'avait pas de catégorie pour appréhender un crime d'État mais la question était posée. Elle est posée dans le traité de Sèvres qui ne sera pas ratifié, puisqu'il est annulé et remplacé par celui de Lausanne qui enterre cette question. Cela va entrainer des conséquences de longue durée parce que les Arméniens ne sont plus traités en victimes à qui on aurait reconnu des droits et notamment un droit à la parole or, jusqu'à présent, on avait sollicité des témoignages pour instruire les premiers procès qui se sont tenus en Turquie à partir de 1919. Après Lausanne ils sont assignés au silence. Leur parole, tout ce qu'elle pouvait entraîner en termes de réparation, de reconnaissance du crime subi, a été effacée, ravalée et, elle s'accompagne d'une dispersion à travers le monde. C'est aussi une perte de parole politique des victimes qui sortent ainsi de l'arène politique (...) Ce n'est pas audible pour l'instant. Ce contexte redouble la violence par une violence symbolique, spatiale aussi car il y a cette contrainte de l'exil. (Anouche Kunth)

La Turquie et le génocide arménien

Je dis souvent que le jour où la Turquie reconnaîtra le génocide arménien sera un jour fondamental pour les Arméniens mais aussi un jour très très heureux pour la Turquie. Ce serait le signe de la possibilité du changement en Turquie. (Robert Guédiguian)

Sons diffusés :

  • Lecture par Olivier Martinaud du témoignage de Katherine Adamov, recueilli par Anouche Kunth. 
  • Lecture par Olivier Martinaud d'un extrait du roman de Franz Werfel, Les Quarante Jours du Musa Dagh (1933).
  • Archive - 24/11/1981 - France inter - Témoignage d'un survivant du génocide. 
  • France 3 - Extrait du documentaire d'Audrey Valtille,  L'armée secrète arménienne ASALA (2015) - ITW de Patrick Devedjian.
  • France 3 - Côté doc - Extrait du documentaire de Jean-Pierre Carlon, J'ai rêvé d'Arménie (2012) - ITW de Stephan Indjeyan, journaliste, qui parle de Monte Melkonian (1957-1993)
     
Chroniques
9H52
4 min
Le Journal de l'histoire
Le célibat une histoire et une actualité
Intervenants
  • réalisateur
  • Historienne, chargée de recherche au CNRS à l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux, spécialiste des violences et crimes étatiques, abordés depuis l’exil arménien contemporain.
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