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Tracts de sensibilisation sur le Sida en France.

Sida, aux origines d’une épidémie dont la fin est désormais envisageable

53 min
À retrouver dans l'émission

Le Fonds mondial de lutte contre le sida s’est fixé l’objectif d’éradiquer l’épidémie de VIH pour 2030. Dix ans pour mettre fin à une pandémie dont il est nécessaire d’étudier les origines pour comprendre sa propagation.

Tracts de sensibilisation sur le Sida en France.
Tracts de sensibilisation sur le Sida en France. Crédits : Franck CHAZOT/Gamma-Rapho - Getty

L’épidémie du sida s’est déclarée dans les années 1980, il y a 40 ans. Ce n’est pas long à l’échelle de l’histoire des épidémies, la peste, le choléra. À l’échelle d’une génération, c’est énorme. À l’échelle d’une vie, c’est gigantesque. Souvenons-nous de ce que chantait la sublime Barbara en 1987 :

Si s’aimer d’amour,                        
C’est mourir d’aimer,                        
Sont mourus d’Amour,                        
Sida Sidannés,                        
Les Damnés d’Amour,                        
À mourir d’aimer,                        
Ils sont morts d’amour,                        
D’Amour Sidanné

Depuis ses origines, beaucoup a été dit sur le sida, la maladie des drogués, des homosexuels, des immigrés… beaucoup de fantasmes, d’horreurs, de méconnaissance. Depuis, les choses ont bien changé, mais connait-on les origines du Sida ?  C’est ce qui nous intéresse dans Le Cours de l’histoire, pour ceux qui sont encore vivant et que l’on aime, et pour ceux qui sont mort d’amour et que l’on n’oublie pas !

Nous recevons aujourd'hui Annabel Desgrées du Loû, directrice de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et membre du centre population et développement (CEPED) à l’université Paris Descartes, elle est l'auteur de Ikambere, la maison qui relève les femmes, illustré par Jano Dupont, éditions de l'Atelier, 2019.

Ikambere ça veut dire la maison accueillante en kinyarwanda. C'est une association créée en 1997 par une Rwandaise, Bernadette Rwegera, à Saint-Denis, au nord de Paris. C'est une maison qui accueille les femmes qui vivent avec le VIH et qui, pour la très grande majorité d'entre elles, sont africaines. Ces femmes africaines vivent le double fardeau de l'exil et de la maladie. Elles arrivent en général dans cette maison, qui est un appartement, fracassées par cette annonce qu'elles ont reçu en France généralement, qu'elles portaient une maladie qui fait peur. Et puis elles arrivent également dans des situations sociales dramatiques, parce que souvent vivant dans la rue, n'ayant pas de papiers, etc. Et Ikambere, petit à petit va les relever. Annabel Desgrées du Loû

Ces associations remplissent un rôle que ne peut pas, ne peuvent pas tenir les institutions publiques. On parle beaucoup de l'exceptionnalité du VIH. Mais c'est assez extraordinaire ce qui s'est produit en trente ans dans le sillage en termes de recherche, d'accompagnement, de liens entre les médecins, les associations, les décideurs, etc. Et pour autant, les institutions ne peuvent pas tout faire. Et en particulier, cette prise en charge globale. Mais les associations sont là pour ça. Travaillent à Ikambere des personnes qui vivent avec le VIH, donc ils savent ce que c'est. Annabel Desgrées du Loû

Dans la seconde partie de l'émission nous accueillerons Jacques Pépin, professeur au Département de microbiologie et de maladies infectieuses de l’Université de Sherbrooke, il est l'auteur de Aux origines au Sida, Seuil, 2019, il sera accompagné de Guillaume Lachenal, maître de conférences en histoire des sciences à l'Université Paris Diderot 

Un point important, c'est que la biologie, l'analyse des séquences de virus montrent bien qu'il n'y a pas de n'y pas un VIH, il y a 5 ou 6 virus qui circulent chez les hommes, qui sont originaires de transmissions indépendantes du singe à l'homme, du chimpanzé, mais aussi d'autres espèces, de grands singes et de plus petits singes. En fait, cette transmission du singe à l'homme par les contacts avec la viande ou par les morsures ou autre, ce n'est pas du tout compliqué, ce n'est pas le facteur limitant dans l'épidémie. S'il y a eu une épidémie de sida, ce n'est pas parce que subitement, on s'est mis à toucher des singes ou à les manger. Le facteur limitant est ailleurs, il est dans les conditions qui ont permis de devenir une épidémie. Et c'est aussi pour cela qu'il n'est pas besoin d'invoquer des vaccins contre la polio, des complots de laboratoires etc. Ce n'est pas compliqué d'attraper un virus de singe. Guillaume Lachenal

Le fait qu'on ait pu démontrer que pour le VIH1 y a eu au moins quatre épisodes de transmission du singe à l’homme. Des épisodes de transmission, que nous sommes capable de documenter aujourd'hui, cela nous montre qu’il devait en avoir bien d'autres auparavant. Et ce qui se produisait dans l'Afrique précoloniale, c’est que le chasseur infectait sa femme ou ses deux femmes s'il était polygame. Ces gens-là développaient le sida, mouraient au village ans plus tard, et puis c'était fini. Il y a certainement eu des cas comme ça qui ont représenté des impasses épidémiologiques. Et avec la colonisation européenne de l'Afrique centrale, sont apparues des facteurs qui ont permis effectivement au virus de prospérer. On en a déjà parlé au niveau des injections contaminées à travers les campagnes de lutte contre les maladies, mais également au niveau de la prostitution qui a découlé de l'urbanisation de l'Afrique centrale, apparue au début du XXe siècle. Jacques Pépin

Sons diffusés : 

Archives : 

  • Jeanne et le Garçon formidable d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau, sorti en 1998.
  • Dr La Peyssonnie, médecin militaire français, figure de la médecine coloniale, dans Médecine de Brousse, ORTF, 1962 
  • Voyage du prince régent Charles de Belgique, dans les Actualités Françaises, 1947 
  • Extrait du Journal Télévisé de 20h, Antenne 2, 2 juillet 1983
  • Extrait de l’émission 7 sur 7, TF1, le 1er mars 1987

Lecture par Camille André : extrait d'un texte écrit par Bernadette Rwegera, dans Ikambere la maison qui relève les femmes, éditions de l'Atelier, 2019.

Musique : Je taille ma route par Mano Solo

Rediffusion de l'émission du 10/01/2020, et première diffusion du Journal de l'histoire d'Anaïs Kien en fin d'émission, à réécouter ici :

Intervenants
  • démographe, directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).
  • maître de conférences à l'université Paris-Diderot et à Sciences-Po, chargé du cours "Global Health in Africa : Critical Perspectives", chercheur au Médialab
  • professeur au Département de microbiologie et de maladies infectieuses de l’Université de Sherbrooke
L'équipe
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