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Site archéologique, à la presqu'île de Duingt, le "Roselet". On peut y voir un ensemble d'anciens pilotis d'habitations de l'âge du bronze, appelées "lacustres". A l'époque, le niveau du lac se trouvait quelques mètres au-dessus de son niveau actuel.
Épisode 2 :

Comment les nationalismes puisent dans les civilisations perdues ou inventées pour se construire ?

52 min
À retrouver dans l'émission

Les civilisations perdues sont parfois des civilisations inventées. Retour sur cette fabrication mythique, qui fait souvent écho aux aspirations contemporaines et aux besoins contemporains.

Site archéologique, à la presqu'île de Duingt, le "Roselet". On peut y voir un ensemble d'anciens pilotis d'habitations de l'âge du bronze, appelées "lacustres". A l'époque, le niveau du lac se trouvait quelques mètres au-dessus de son niveau actuel.
Site archéologique, à la presqu'île de Duingt, le "Roselet". On peut y voir un ensemble d'anciens pilotis d'habitations de l'âge du bronze, appelées "lacustres". A l'époque, le niveau du lac se trouvait quelques mètres au-dessus de son niveau actuel. Crédits : Xavier DESMIER /Gamma-Rapho - Getty

Dans un petit magasin d’antiquités, qui était en réalité un véritable bric à brac, on peut trouver une série de vieilles photographies encadrées : des portraits d’hommes et de femmes du siècle dernier, des portraits de familles, en noir et blanc, des messieurs au regard sévère et des femmes qui prennent la pose. Le vendeur avait cru malin - et ça l’était - de placer un écriteau à côté de photographies: « Si vos ancêtres ne sont pas beaux, achetez en de nouveaux ! » Il aurait pu ajouter : « Si vous n’avez pas de photos de vos ancêtres, vous pouvez en acheter ! » 

Se chercher des ancêtres honorables et un passé prestigieux, c’est ce qu’ont fait les nationalismes pour se construire, car les civilisations perdues sont parfois des civilisations qui ont été inventées pour répondre aux aspirations contemporaines !

Dans la première partie de l'émission, il sera question des phéniciens, avec Corinne Bonnet, professeure d'histoire grecque à l'Université de Toulouse, auteure de la préface d’A la recherche des Phénicien, écrit par Josephine Crawley Quinn, aux éditions La Découverte, 2019.

Il n’y a jamais eu de nation phénicienne. Mais vu de l’extérieur, pour les grecs, tous ces petits royaumes de la cote « d’en face », de l’autre côté de la mer Egée, c’étaient les phéniciens. Mais eux même s’appelaient selon le nom de leurs royaumes d’origine. Joséphine Quinn montre bien comment on a imputé une espèce de conscience collective aux phéniciens. Mais en réalité quand on regarde de près les pratiques diplomatiques, les réseaux commerciaux etc. on s’aperçoit qu’il est difficile de trouver des éléments probants quant à l’existence d’une sorte d’affiliation commune. Il est donc très difficile de postuler d’une culture commune et donc d’une identité commune. Corinne Bonnet

C’est un avis partagé dans la discipline par les spécialistes du monde phénicien et punique que la notion de phénicien est une notion conventionnelle. La déconstruction que produit Joséphine Quinn est particulièrement éloquente. Le problème qui se pose à nous est : par quoi remplacer la notion de phénicien ? Dès lors qu’elle nous apparait comme excessivement conventionnelle et finalement plus suffisamment utile pour reconstituer le tableau de ce qui s’est passé dans cette région, il faut encore une fois inventer quelque chose d’autre. Depuis quelques années on utilise beaucoup cette notion de « levant » qui présente l’avantage de regrouper un territoire plus vaste qui présente des traits culturels communs. On peut donc produire en utilisant cette expression un tableau plus fluide qui n’est pas contraint par les frontières nationales. Corinne Bonnet 

Puis, nous interrogerons une potentielle parenté entre Lacustres et Suisses avec Marc-Antoine Kaeser, docteur en archéologie, Directeur du Laténium, Parc et musée d'archéologie à Neuchâtel depuis 2007 et professeur titulaire à l'Institut d'archéologie de l'Université de Neuchâtel, il est notamment l’auteur de Les Lacustres: Archéologie et mythe national, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, collection “Le savoir suisse”, 2004 et de Visions d’une civilisation engloutie, La représentation des villages lacustres, de 1854 à nos jours, Hauterive, Laténium, 2008.

Les découvertes datent de 1854, et c’est en fait au lendemain de la création de l’Etat fédéral suisse. La Suisse est alors un Etat récent, qui a été créée en 1848, dans la foulée du Printemps des peuples, à l’issue d’une guerre civile, on est donc dans un contexte extrêmement conflictuel. On a un pays multiculturel qui doit affirmer son identité d’une manière originale face au développement de l’impérialisme français et l’affirmation des nationalismes allemands et italiens. Les découvertes archéologiques au sujet des Lacustres vont être du pain béni pour le discours identitaire qui va s’approprier ces ancêtres, qui correspondent à toutes sortes de caractéristiques très valorisées dans la seconde moitié du 19ème siècle en Suisse.  Marc-Antoine Kaeser

Sons diffusés :

Archives : 

  • Extrait du documentaire Cortaillod, le village englouti, RTS, 1983
  • Extrait du film On connait la chanson, d'Alain Resnais
  • Définition du mythe par Claude Lévi Strauss, dans l'émission Mots croisés, RFI, 10/12/1996

Musique : Paradise Lost de Bearcubs

Lecture : extrait de Mission de Phénicie, d'Ernest Renan, paru en 1864

Générique de l'émission : Origami de Rone

Chroniques

9H52
4 min

Le Journal de l'histoire

1939, une drôle de guerre
Intervenants
  • professeure d'Histoire grecque à l'Université de Toulouse
  • Directeur du Laténium, Parc et musée archéologique Professeur associé à l’Université de Neuchâtel en Suisse
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation

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