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Lecture de la déclaration d'abolition du servage de 1861 par Grigori Miassoïedov, tableau de 1881
Épisode 2 :

Le servage et son abolition, la Russie entre deux mondes

52 min
À retrouver dans l'émission

L’abolition du servage en Russie signe la fin de l’organisation de la société et du travail telle que l’a connue la Russie impériale. Qui étaient ces serfs, et comment comprendre aujourd’hui le moment charnière de l’abolition ?

Lecture de la déclaration d'abolition du servage de 1861 par Grigori Miassoïedov, tableau de 1881
Lecture de la déclaration d'abolition du servage de 1861 par Grigori Miassoïedov, tableau de 1881 Crédits : Corbis

Amusons-nous avec des homonymies et, mieux encore, avec des homophones, des mots qui se prononcent de la même façon. Amusons-nous aussi avec de la musique, avec une chanson enfantine, une comptine :
Dans sa maison un grand cerf
Regardait par la fenêtre
Un lapin venir à lui
Et frapper ainsi :
Cerf, cerf, ouvre-moi
Ou le chasseur me tuera.
Lapin, lapin, entre et viens
Me serrer la main !

Amusons-nous à transposer en Russie cette chanson enfantine. Cuisiné à la sauce tsariste, le cerf prend un s mais reste un serf. La maison, elle, est une datcha réservée au seigneur. Quant au chasseur, il est cosaque et le lapin est moujik, un paysan :
Cerf, cerf, ouvre-moi
Ou le cosaque me tuera !

Quel contraste entre le cerf majestueux qui brame dans la forêt et le serf oppressé dans la Russie des tsars. Il chante sa peine : encore une question de moujik !

Nous recevrons aujourd'hui pour en parler Michel Tissier, maître de conférences à l’université Rennes 2, membre du laboratoire de recherche Tempora, il est notamment l’auteur de L'Empire russe en révolutions : du tsarisme à l'URSS paru aux éditions Armand Colin, 2019 

Le terme de servage n’existe pas en russe, c’est une traduction, une façon de désigner un système qui est une relation. Une relation entre des maîtres qui sont des propriétaires fonciers qui ont des domaines et la population qui habite et travaille dans ces domaines. Cette population, on l’appelle la population paysanne parce que c’est son statut juridique. Mais ce qu’il faut comprendre c’est que selon les endroits de l’Empire cette population ne travaille pas toujours la terre de façon égale et y a des endroits dans l’Empire où le servage n’existe pas. Michel Tissier

On peut prendre la guerre de Crimée comme un élément de conjoncture qui est vraiment décisif dans la dynamique qui conduit dans l’abolition du servage-esclavage. Cette situation est dénoncée par la paysannerie qui en est victime, mais elle est aussi un objet d’image pour la Russie au milieu du XIXe siècle, dans un contexte européen, voir mondial, dans lequel les formes de servitudes qui existent sont remises en cause et dans un contexte dans lequel cette relation de servage est mise en regard d’autres formes de servitude, d’esclavage. Au milieu du XIXe siècle, alors que l’abolition de l’esclavage dans le monde atlantique est un processus qui est engagé, que la dénonciation de la servitude sous différentes formes se diffuse beaucoup, la Russie a été engagée dans la guerre de Crimée qu’elle a perdu et qui a remis en cause sa position stratégique et son statut de puissance en Europe. Michel Tissier

Nous serons également en compagnie de Vincent Vanoli, auteur de bande dessinée. Il est notamment l’auteur de Simirniakov, paru aux éditions de L’Association, 2019 dans laquelle il raconte, à la manière d’un conte russe, la réalité du servage à hauteur d’hommes. 

Je voulais faire une chronique sociale, en prenant comme personnage un propriétaire qui était un peu dépassé par les événements : Simirniakov. J’ai utilisé le problème de l’abolition du servage à l’échelle du microcosme d’un domaine et d’un village. Donc l’abolition du servage m’a servi à aborder le problème de l’organisation du travail. Parce qu’à partir du moment où les serfs ont été libres, je pense que les dominants de l’époque ont voulu garder le contrôle. Je voulais donc voir, au niveau de ce village et ces domaines, comment allait réagir Simirniakov. Vincent Vanoli

Sons diffusés : 

Extrait de film : Katia, de Robert Siodmak, sorti en 1959

Archives : 

  • Lecture enregistrée en 1947 des Âmes mortes, un roman de Nicolas Gogol paru en 1842
  • Henri Troyat dans l'émission Inter actualités, France Inter, le 21 mars 1968 

Musiques : 

  • Kalinka Malinka par Ivan Rebroff,1860
  • Jacques Higelin chante l’âme slave de Boris Vian

Générique de l'émission : Origami de Rone

Chroniques
9H52
3 min
Le Journal de l'histoire
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Bibliographie

Simirniakov

SimirniakovVincent VanoliL'Association, 2019

Intervenants
  • Maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Rennes-2 et membre de l'équipe d'accueil TEMPORA
  • Auteur de bande dessinée
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation
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