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Assistance aux enfants de l'orphelinat de Haarlem, de Jan de Bray (1663, Musée Frans Hals, Pays-Bas)
Épisode 2 :

Enfance, Renaissance ?

53 min
À retrouver dans l'émission

Les penseurs humanistes, en proposant une définition neuve de l’éducation, bouleversent la conception que les sociétés occidentales ont de l’enfance. Nous plongeons aujourd’hui dans la vie de ces enfants de l’âge moderne.

La famille Vendramin prie devant le sanctuaire de la Sainte Croix, 1540, de Titien, Londres, National Gallery
La famille Vendramin prie devant le sanctuaire de la Sainte Croix, 1540, de Titien, Londres, National Gallery Crédits : Photo de DeAgostini - Getty

Nos ancêtres aimaient-ils leurs enfants ? Les historiens et les historiennes se penchent sur la question depuis des décennies. En réalité, l’interrogation serait plutôt : comment nos ancêtres aimaient- ils leurs enfants ? Le questionnement peut être étendu à la manière dont étaient vus les bambins : les enfants de nos ancêtres – qui sont donc nos propres aïeux – étaient-ils beaux ou bien laids ? Quand nous nous baladons dans les salles de nos musées, celles consacrées au Moyen Âge puis à la Renaissance, nous sommes parfois surpris de couvrir, sur un Vierge à l’enfant, un petit Jésus qui ressemble à un vieillard. C’est troublant… Loin du chérubin potelé, c’est un bébé tout musclé. Loin de la chair rose d’un visage angélique, c’est un regard sévère sur un visage ridé qui se pose sur nous. Dérangeant… Soudain, dans une salle du musée, il y a une Madone avec un Jésus acceptable : sa mère le regarde avec douceur et il fait de même. Nous voici rassuré… La Renaissance serait-elle une nouvelle naissance pour l’enfant ?

Pour en parler, nous recevons ce matin Guillaume Gros, docteur en histoire de l’IEP de Paris, chercheur associé à Framespa (Toulouse 2), il a préfacé et édité Pages retrouvées, de Philippe Ariès, éditions du Cerf, janvier 2020. Guillaume Gros est l’auteur d’une thèse sur Philippe Ariès et anime un site qui lui est consacré

Philippe Ariès révolutionne le sujet de l’enfance dans la mesure où déjà, c'est lui qui va faire de l'enfant un objet d'histoire. Ça, c'est la première chose qui est fondamentale. Et la deuxième chose, on peut la relier à la façon dont on représente les enfants à cette période de transition qu’est le XVIe siècle et à l'attention nouvelle qui est portée à l'enfant. A ce moment-là, le jeu qui jusqu'alors mélangeait les classes sociales se spécialise, en particulier dans les collèges jésuites, où il y a l'idée que l'éducation devient quelque chose de sérieux. Et l'idée de classe d'âge va apparaître progressivement. Ariès est démographe, il part donc de l'histoire des populations françaises et observe au XIXe siècle un changement majeur dans le rapport à la contraception. L'enfant devient rare, car la famille souhaite une éducation pour lui. Et c'est la naissance de l'affectivité. Guillaume Gros

Nous recevons également Fabien Lacouture, docteur en histoire de l’art, chargé de cours à Paris Sciences et Lettres et aux Universités de Lille, d’Angers et d’Amiens, il est notamment l’auteur de la thèse intitulée "Représenter l'enfant en Italie du Nord et Italie centrale, XIVe-XVIe siècles" soutenue en 2017.

Au XVIe siècle la figure du Christ est la figure dominante de l'enfant. C'est aussi la figure de l'enfant qui cache les autres enfants. C'était un des questionnements au début de ma thèse, à savoir quoi faire, justement, de cet Enfant auquel on met un E majuscule, que ce soit le Christ seul, ou une Madone à l'enfant. Mais aussi beaucoup d'autres enfants, et notamment si on se tourne vers des représentations plus profanes. On a alors des portraits et des représentations de scènes de naissance également. On a vraiment un spectre très large et c'est aussi dans ce spectre là qu'on l'on arrive à déceler plus facilement ce qu'était, ou ce que pouvait être, ou ce que les adultes considéraient comme devant être l'enfant avec à la fois la position du commanditaire qui commande le portrait et la position du peintre. Fabien Lacouture

Sons diffusés :

Archives : 

  • Philippe Ariès, dans l'émission Analyse spectrale de l'Occident, RDF / RTF, le 10/02/1962 
  • Robert Mandrou dans l'émission Recherche de notre temps, le 16/09/1963
  • Extrait du film Marie Antoinette de Sophia Coppola, 2006
  • Lecture du texte de Sergueï Ouvarov sur Charles-Joseph de Ligne, dans l'émission Analyse spectrale de l'Occident, RDF / RTF, le 10/02/1962
  • Lecture par Michel Piccoli des Essais de Michel de Montaigne - Chapitre 26 : A notre enfant un cabinet un jardin - 2003 

Musiques : 

  • Barocking together, de Georg Philipp Telemann
  • A Baroque Journey, de Georg Philipp Telemann
  • Nous n'irons plus au bois, de Francis Blanche 

Rediffusion de l'émission du 05/02/2020, et première diffusion du Journal de l'histoire d'Anaïs Kien en fin d'émission, à réécouter ici :

Bibliographie

Pages retrouvées

Pages retrouvéesPhilippe ArièsEditions du Cerf, 2020

Intervenants
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