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Photo de la promotion 1878 de l'École Normale Supérieure, la promotion de Henri Bergson (1er à gauche, debout, yeux fermés), Jean Jaurès (2ème D, assis, barbu, bras croisés) et Émile Durkheim (non identifié) à Strasbourg.

Les hussards noirs de la République ou les combats pour l'école laïque

50 min
À retrouver dans l'émission

Depuis les lois Ferry, dans les années 1880, l’école est gratuite, obligatoire et l’enseignement est laïque. En 1913, Charles Péguy qualifie les instituteurs de "hussards noirs". Le terme est resté : combatifs, engagés dans la formation des jeunes générations, ils défendent l'école de la République.

Photo de la promotion 1878 de l'École Normale Supérieure, la promotion de Henri Bergson (1er à gauche, debout, yeux fermés), Jean Jaurès (2ème D, assis, barbu, bras croisés) et Émile Durkheim (non identifié) à Strasbourg.
Photo de la promotion 1878 de l'École Normale Supérieure, la promotion de Henri Bergson (1er à gauche, debout, yeux fermés), Jean Jaurès (2ème D, assis, barbu, bras croisés) et Émile Durkheim (non identifié) à Strasbourg. Crédits : AFP

Il est des textes de loi qu’il est bon de lire et de contextualiser. La loi du 28 mars 1882 par exemple. Elle est signée par Jules Grévy, alors président de la République et par un autre Jules, Ferry, ministre de l’instruction publique et des beaux-arts : 

« L’enseignement primaire comprend :  

L’instruction morale et civique ;  

La lecture et l’écriture ;  

La langue et les éléments de la littérature française ;  

La géographie, particulièrement celle de la France ;  

L’histoire, particulièrement celle de la France jusqu'à nos jours ;  

Quelques notions usuelles de droit et d’économie politique ;  

Les éléments des sciences naturelles physiques et mathématiques ; leurs applications à l’agriculture, à l’hygiène, aux arts industriels, travaux manuels et usage des outils des principaux métiers ;  

Les éléments du dessin, du modelage et de la musique ;  

La gymnastique »  Dans les années 1880, la jeune Troisième République – elle a dix ans – souhaite enraciner les valeurs de la République. Le contexte n’est pas le même qu’aujourd’hui. Ainsi, la loi précise : « Pour les garçons, les exercices militaires ; Pour les filles, les travaux à l’aiguille ».  

Cependant, l’idéal d’une école ouverte à tous, lieu neutre pour l’éducation, est affirmé dans l’article 2 : « Les écoles primaires publiques vaqueront un jour par semaine, en outre du dimanche, afin de permettre aux parents de faire donner, s’ils le désirent, à leurs enfants, l’instruction religieuse, en dehors des édifices scolaires ». Ce jour libéré est alors le jeudi. Cette loi est-elle le début des combats pour un enseignement laïque ? Non, ce n’en est qu’un moment, un moment essentiel. Ces combats ont commencé bien avant, ils se poursuivent bien après… ils se poursuivent aujourd’hui, plus que jamais.  

Avec Jérôme Krop, historien, spécialiste de l'histoire de l'enseignement, maître de conférences en histoire contemporaine à à l'Institut national supérieur du professorat et de l'éducation Lille-Nord de France. Auteur notamment de L’élitisme républicain. La méritocratie scolaire sous la IIIe République (Presses universitaires de Rennes, 2014) et de Les fondateurs de l'école républicaine - La première génération des instituteurs sous la IIIe République (Presses universitaires du Septentrion - 2016). 

Avec nous aussi, Céline Labrune-Badiane, enseignante-chercheuse à l’Université Assane Seck à Ziguinchor (dans la région de Casamance, au sud-ouest du Sénégal). Elle a soutenu sa thèse sur le Processus de scolarisation en Casamance : rythme et logique (1860-1960) à l’Université Paris Diderot. Elle a coécrit avec Étienne Smith Les Hussards noirs de la colonie. Instituteurs et petites patries en AOF (1913-1960) (Karthala, 2018). 

Dans les années 1880, il s'agit de convaincre de l'efficacité pédagogique et des valeurs de l'école laïque

Pour les républicains qui sont majoritaires assez tardivement, en 1879 à la fois à la Chambre des députés et au Sénat, la laïcité est un idéal et un principe d'organisation de la société. (...) Les hussards noirs sont les combattants de l'instruction publique qui vont s'efforcer de laïciser les écoles et qui vont essayer de convaincre la population des bienfaits de la laïcité tout en tenant compte du milieu dans lequel ils exercent. On pense notamment aux régions les plus catholiques, les plus ferventes dans lesquelles ces instituteurs laïcs vont être confrontés parfois à l'hostilité d'une partie de la population et à la concurrence de l'enseignement congréganiste. Ses instituteurs vont devoir faire la preuve de l'efficacité pédagogique de cette école et montrer l'intérêt que peut avoir le principe de liberté de conscience. Jérôme Krop    

Les visées ultraconservatrices de l'école publique dans les colonies

En Afrique-Occidentale française, le contexte politique est extrêmement différent puisqu'on est dans une situation coloniale et d'autre part ce n'est pas la même école qui est transposer dans les colonies : ce n'est pas l'école de la République, c'est une école qui a des visées ultraconservatrices. Mais néanmoins il y a l'idée commune d'une mission à accomplir Et ces instituteurs africains aussi considèrent qu'ils ont une mission à accomplir. Ils ont cette foi en commun, en des valeurs et un idéal à poursuivre. Céline Labrune-Badiane

À partir de 1882 il n'y a plus d'enseignement religieux à l'école

L'enseignement religieux devient une affaire qui dépend entièrement des familles, pendant la journée de congé du jeudi, en dehors des locaux scolaires. À partir de 1882 il n'y a plus d'enseignement religieux à l'école. Cet enseignement est remplacé par une instruction morale et civique. Pour les républicains il s'agit d'instituer un enseignement basé sur des connaissances positives et bannissant toute volonté de transmettre des croyances religieuses ou philosophiques, même si évidemment, on demande aux instituteurs d'être les propagateurs des valeurs de la République, l'attachement à la démocratie, à la déclaration des droits de l'homme, en gros de faire de la citoyenneté une appartenance qui unit tous les Français par-delà la diversité de leurs croyances religieuses ou de leurs options philosophiques (...) L'ambition est vraiment de convaincre et de pacifier la situation. Jérôme Krop

L'école coloniale ne vise pas à former des citoyens

La différence fondamentale c'est que l'école coloniale ne vise pas à former des citoyens mais pour reprendre les termes d'un gouverneur général, elle vise "à former des hommes utiles" et, j'ajoute Subalternes donc des auxiliaires de l'administration ou des personnes utiles au commerce. Céline Labrune-Badiane

Sons diffusés :

  • Lecture par Olivier Martinaud d'un extrait de L’argent (1913) de Charles Péguy.
  • Archive - 27/04/1970 - ORTF - Extrait de l'émission émission Arguments - Les instituteurs. Témoignage des relations entre curé et instituteur.
  • Extrait de l'épisode 1 de la série La Dictée (1984), réalisée par Jean-Pierre Marchand. 
  • Lecture par Olivier Martinaud d'un texte de 1931 d'Albert Charton (inspecteur général de l’Enseignement en Afrique-Occidentale française de 1929 à 1937)
  • Extrait du téléfilm Le Temps d'une République : Un hussard noir en pays blanc (1978) d'Alain Boudet. 
Chroniques
9H52
4 min
Le Journal de l'histoire
Peut-on vraiment manipuler une élection ? Ou plutôt comment peut-on y croire ?
Intervenants
  • Maître de conférences en histoire contemporaine à à l'Institut national supérieur du professorat et de l'éducation Lille-Nord de France
  • Docteure en histoire, associée au laboratoire AIHP-GEODE de l’Université des Antilles.
L'équipe
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