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Des milliers d'Américains marchent près du Lincoln Memorial le 28 août 1963 lors d'un rassemblement pour les droits civiques.
Épisode 4 :

Los Angeles 1992, "Light My Fire"

51 min
À retrouver dans l'émission

Le 29 avril 1992, 100 000 personnes descendent dans les rues de South Central, à Los Angeles, pour protester contre le racisme. La manifestation dégénère et enflamme les Etats-Unis. Ces émeutes sont-elles l'acmé de trop longs affrontements entre la communauté noire et la police américaines ?

 Le 30 avril 1992, dans les rues de Los Angeles, Californie.
Le 30 avril 1992, dans les rues de Los Angeles, Californie. Crédits : Photo de Lindsay Brice - Getty

C’était en avril 2015. Le magazine Time proposait une couverture choc, une de ces couvertures qui font sa renommée. Elle est constituée d’une photographie, d’un titre, d’un sous-titre et d’une rature. La photographie, en noir et blanc, représente un jeune homme qui court au milieu de la rue pour fuir une horde de policiers armés de bâtons. Ce jeune homme est noir, au moment des émeutes de Baltimore. 

Le titre est simple : « America, 1968 », mais il est raturé : d’un trait rouge, la date 1968 est barrée, remplacée par celle de 2015. Le sous-titre précise : what has changed, what hasn’t (ce qui a changé, ce qui n’a pas changé). 

La composition de cette couverture du Time est très intelligente, car les émeutes surgissent, grondent, se déchainent. Elles apparaissent soudain puis elles disparaissent plus ou moins rapidement. Ensuite, la vie reprend son cours, mais ces épisodes violents sont souvent liés les uns aux autres, comme des explosions d’une colère qui existent longtemps, de manière latente. 

America, 1968, 2015, et pourquoi pas 1906, 1919 et tant d’autres dates : America, ce qui a changé, ce qui ne change décidément pas !

Nous recevons ce matin Caroline Rolland-Diamond, historienne des États-Unis, professeure d'histoire et civilisation américaines à l'université Paris Nanterre et chercheuse au Centre de recherches anglophones. Elle est notamment l’auteure de Black America : une histoire des luttes pour l'égalité et la justice (XIXe-XXIe siècle) paru chez La Découverte, en 2016 

Le terme "émeute" est problématique. Il est employé très communément pour décrire ces épisodes de violences urbaines, mais il a immédiatement une connotation très négative qui ne souligne que l'exposition de violence. L'emploi de ce terme prive les évènements de toute explication rationnelle. Caroline Rolland-Diamond

Il est trompeur d'opposer des formes de mobilisations dites violentes à des formes de mobilisations réformistes, qui seraient pacifistes. Au premier abord, on voit effectivement qu'il y une nette différence, mais lorsque l'on étudie le temps long de l'histoire on se rend compte qu'il y a eu une imbrication des modes de mobilisations. Par exemple, pendant toute la mobilisation de Martin Luther King, même si ce qui était mis en avant était précisément ce refus de la violence, il faut bien voir que dans ses actions Martin Luther King était accompagné de militants armés et lui-même possédait une arme en permanence sous son oreiller. Je pense qu'il faut sortir de cette opposition entre : action violente qui a perdu toute rationalité, qui empêche de voir la cause profonde de toutes les inégalités et une action qui serait la voix à suivre. Car on a bien vu, et c'est là toute la tragédie de cette très longue lutte des Noirs pour l'égalité et la justice, ces modes réformistes, pacifistes, de mobilisations n'ont pas porté de fruits suffisants pour calmer une colère, dont on dit encore aujourd'hui qu'elle est toute à fait justifiée devant des actes d'une grande injustice. Caroline Rolland-Diamond

Parmi les gens qui sont descendus dans la rue en 1992, qui ont participé aux violences, il n'y avait pas que des Africains-Américains. Il y avait aussi une forte population hispanique, des Blancs, des femmes et des enfants. De plus, toutes ces personnes étaient loin d'être sans emploi. C'est donc une colère plurielle de gens qui se sont tous reconnus dans cette explosion de rage autour de la question de Rodney King et de la police, mais qui au-delà exprimaient une rage vis-à-vis d’une politique de relégation sociale, d’inégalité durable, de problèmes plus généraux de relations avec les forces de police, c'est cette colère plurielle qui s'est exprimée dans la rue. Caroline Rolland-Diamond

Sons diffusés : 

Archives : 

  • Émeutes raciales, Los Angeles, dans le Journal de 20h, sur Antenne 2, 30 avril 1992 
  • Extrait du discours de Rodney King, prononcé le vendredi 1er mai 1992 
  • Extrait du film Kings, réalisé par Deniz Gamze Erguven, 2017

Lecture par Olivier Matinaud : Extrait du discours « I have a dream » de Martin Luther King à Washington, le 28 août 1963

Musique : The Day the Niggaz Took Over de Dr Dre

Générique de l'émission : Origami, de Rone 

Intervenants
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