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Vue du Jardin d’agronomie tropicale du bois de Vincennes
Épisode 3 :

La colonisation par la racine

52 min
À retrouver dans l'émission

Des racines à l’écorce, en passant par les feuilles, par les fleurs ou encore par les graines, les plantes sont porteuses vertus curatives. Nos ancêtres l’ont bien compris et quand ils ont colonisé le monde, ils se sont accaparés les plantes médicinales.

Vue du Jardin d’agronomie tropicale du bois de Vincennes
Vue du Jardin d’agronomie tropicale du bois de Vincennes Crédits : Marion Dupont - Radio France

Ce sont des secrets soigneusement gardés, des trésors de notre patrimoine immatériel : ce sont les remèdes de nos grands-mères ! Quelques gouttes de vinaigre de cidre peuvent faire des miracles contre les ronflements, l’anis étoilé est sensationnel quand il s’agit de lutter contre les embarras digestifs, et la camomille, en décoction, soulage les courbatures. 

Quelle drôle d’idée de traverser le monde pour aller chercher des remèdes naturels, alors que nous avons des pommes. Tout Normand peut vous assurer que le Calva est la panacée. Un aphte ? Application de calva ! Un hématome ? Friction au calva ! Digestion ? Calva ! Vous doutez encore ? C’est ma grand-mère qui me l’a dit : ce n’est pas pour rien que le Calva est une eau de vie !

Dans la première partie de l'émission nous recevons l'historien Samir Boumediene, chargé de recherche au CNRS. En poursuivant son analyse de l’expansion européenne comme une colonisation du savoir, l’historien reprend la focale des plantes médicinales pour étudier la transformation du savoir occidental à l’époque moderne.  

Le terme pharmacopée vient du grec « pharmakon » qui signifie à la fois poison et remède. Cette réversibilité remède-poison est le socle commun de très nombreuses traditions pharmaceutiques. C’est l’idée que se soigner c’est très souvent aussi s’intoxiquer partiellement. C’est savoir jusqu’à quelle limite on peut absorber quelque chose qui est en partie nocif mais cette nocivité va permettre de s’attaquer à l’origine d’un mal. Samir Boumediene

Ce qui parait naturel et éternel est le fait de la production, de rapports de force entre les êtres humains. Quand au XVIIIe siècle on dit qu’il faut aller aux Indes pour goûter l’ananas, aujourd’hui ce n’est plus envisageable. On se dit qu’on peut goûter de l’ananas en allant dans un supermarché. Mais la possibilité même, cette certitude sensible qu’on a de l’ananas aujourd’hui, dépend des productions économiques d’une époque donnée, de tout un commerce. C'est ce genre d’activités humaines qui façonnent le rapport aux choses et aux paysages. Si je parle ici des paysages, c’est parce que c’est en eux qu’on peut saisir cette articulation entre le développement des espèces végétales et les savoirs. Samir Boumediene

Dans la deuxième partie de l'émission, Marion Dupont nous emmène à la Bibliothèque historique du Jardin d’agronomie tropicale du bois de Vincennes.

A l’extrémité orientale du bois de Vincennes, les rares promeneurs sont accueillis par une porte chinoise qui se dresse au milieu des pins. Derrière cette arche monumentale à la peinture rouge écaillée, la végétation touffue prend ses aises. Au détour des sentiers émergent d’étranges pavillons dédiés à l’Indochine, à la Tunisie ou à la Réunion, et des monuments aux morts à la mémoire des « Noirs » ou des « Cambodgiens et Laotiens morts pour la France ». Ce sont les gardiens du passé du Jardin d’Agronomie Tropicale de Paris, anciennement appelé Jardin colonial : en 1907, on s’y pressa pour visiter l’Exposition coloniale à la gloire de l’Empire français et admirer des indigènes « en situation » dans des villages reconstitués pour l’occasion ; lors de la Première Guerre mondiale, on y pansa ses plaies, et on y mourut aussi, dans l’hôpital dédié aux troupes coloniales installé là. 

Mais les serres pour la plupart abandonnées qui trouent la canopée du jardin témoignent d’une histoire au plus long cours, qui commence en 1899, lorsqu’il était encore un « jardin d’essai ». A l’époque, le Jardin n’est pas plongé dans son actuelle torpeur. Il est le cœur d’un vaste réseau d’expérimentations agronomiques, un lieu vers lequel convergent les plantes et les savoirs de l’Empire, et où le projet colonial mûrit encore. 

Sons diffusés :

Archives : 

  • Emission Les plantes de la découverte, RFI, 22/09/1992
  • Extrait du film Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog

Lecture par Olivier Martinaud : extrait de L'idéologie allemande, de Karl Marx, publié chez Temps actuels

Musiques : 

  • The pomps of the subsoil de Tarwater 
  • Throwing fire at the sun de Heather Nova

Générique de l'émission : Origami de Rone

Rediffusion de l'émission du 11/09/109, et première diffusion du Journal de l'histoire d'Anaïs Kien en fin d'émission, à réécouter ici :

Intervenants
  • Chercheur associé à la faculté d'histoire de l'Université de Cambridge
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation

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