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Statue de Napoléon Bonaparte dans l'hôtel des Invalides (Paris).
Épisode 2 :

Sans contrefaçon, je suis Napoléon

51 min
À retrouver dans l'émission

Dès 1815, la figure charismatique de Napoléon Ier est utilisée par des escrocs ou des illuminés qui usurpent son identité. L’Empereur intrigue et fascine, personnage idéal pour l'industrie cinématographique. Pourquoi cette personnalité tient-elle une place particulière imaginaire ?

Reconstitution historique lors des festivités du bicentenaire de la bataille de Reims, le 05/04/2014. Photo : G. Garitan (Wikipédia).
Reconstitution historique lors des festivités du bicentenaire de la bataille de Reims, le 05/04/2014. Photo : G. Garitan (Wikipédia).

Costumés, quand le thème de la soirée est « un personnage historique ». Certains se jettent un drap l’épaule et disent : Je suis César, mais, en réalité, il pourrait tout aussi bien être Auguste ou Néron. D’autres se collent une couronne sur la tête – celle de la galette des rois de l’année passée – puis déclare : Je suis Louis XIV, mais pourquoi pas Saint-Louis ou Philippe-Auguste ? Enfin, il y a toujours un malin qui glisse sa main dans son gilet et tout le monde s’exclame : c’est Napoléon ! Si le costume est complété par un bicorne et une redingote, évidemment grise, le succès est garanti. Voilà une réussite de Napoléon : avoir construit une silhouette facilement reconnaissable. Ils ne sont pas nombreux : Hitler, Chaplin, ou Shrek. Dès lors, il est aisé de se saisir de la figure de Napoléon, pour les escrocs, les illuminés, mais aussi acteurs ou reconstituteurs. Xavier Mauduit

Bicorne, redingote grise et main dans le gilet, la silhouette de Napoléon est facilement reconnaissable. De son vivant, l’Empereur avait consciencieusement organisé cette iconographie, mais après les Cent Jours, lors de l’exil à Sainte-Hélène, certains vont profiter du succès de cette mise en scène visuelle pour s’accaparer l’identité de l’Empereur. Les années 1815-1823 voient fleurir les cas d'usurpations. Des opportunistes, qui sont souvent d’anciens militaires, se font passer pour Napoléon et profitent de la crédulité de ceux dont ils croisent la route. Ces faux Napoléon n’ont souvent aucun mal à arriver à leurs fins. Les Français sont nombreux à espérer le retour de l’Empereur déchu et à craindre que la Restauration ne revienne sur les acquis de la Révolution. L’accueil favorable réservé à ces usurpateurs inquiète les autorités car ils renforcent le climat de suspicion qui marque cette période.

Le mythe visuel fait indiscutablement partie de la légende napoléonienne. Si les usurpateurs du XIXe siècle ont su l’utiliser à leur avantage, il en va de même pour les cinéastes. Dès 1897, deux ans après l’invention du cinématographe, Napoléon est porté à l’écran par les frères Lumière. Les productions télévisuelles et cinématographiques de l’Empereur ne cessene dès lors d’affluer, en France, mais aussi en Espagne, en Italie, en Allemagne… L’ambivalence et la richesse de la légende napoléonienne offrent des possibilités infinies aux réalisateurs qui font de Napoléon un héros ou un repoussoir, un militaire ou un amoureux, une icône fasciste ou un libérateur progressiste. Ces deux histoires ne sont-elles que les deux faces d’une même médaille, celle de la légende fabriquée du vivant de l’Empereur ? Comment l’historien peut-il aujourd’hui interpréter ces nombreuses représentations, qu’elles soient artistiques ou idéologiques ?

Avec Nathalie Pigault, communicante, historienne de formation, elle est autrice de l’ouvrage Les Faux Napoléon. 1815-1823. Histoires d’imposteurs impériaux (CNRS Éditions, 2018). 

Et David Chanteranne, historien, conservateur du Musée Napoléon de Brienne-le-Château, rédacteur en chef de Soteca et secrétaire de rédaction de Napoléon Ier, magazine du Consulat et de l'Empire. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur Napoléon Bonaparte dont Les douze morts de Napoléon (Passés Composés Éditions, 2021), Napoléon aux 100 visages (Éditions du Cerf, 2019) et, avec Isabelle Veyrat-Masson, de Napoléon à l'écran : Cinéma et télévision à l'écran : Cinéma et télévision (Éditions du Nouveau Monde, 2003). 

Les gens qui se font passer pour Napoléon sont des personnalités comme vous et moi, des colporteurs, des anciens soldats, des instituteurs qui, dans un temps plus ou moins long selon les cas, se font passer pour l'Empereur à partir de 1815 et jusqu'en 1823. Ils abusent de la crédulité publique pour gagner des subsides avec cette usurpation d'identité. Nathalie Pigault

Ce qui va caractériser Napoléon, c'est le port du bicorne. Habituellement, on le porte en colonne, c'est-à-dire dans le sens de la marche, mais lui il va le porter en bataille parallèlement à ses épaules, donc déjà il se distingue. Ensuite, on aurait pu imaginer que devenu chef de l'État, il porte l'habit rouge comme celui du premier consul et progressivement celui d'empereur comme il l’était au sacre, mais il revient à l'uniforme. L'uniforme qui choisit est alternativement soit l’habit vert de colonel des chasseurs à cheval de la garde, soit l'habit bleu de colonel des grenadiers à pied. La dernière chose qui manquait à cette panoplie, c'est la fameuse main dans le gilet qui permet d'avoir une allure un peu plus martiale. David Chanteranne

Sons diffusés :

  • Lecture de Daniel Koenigsberg d’une lettre du ministre de la Police au ministre de la Guerre à propos d’un homme qui se fait passer pour Napoléon. Septembre 1815.  
  • Lecture de Daniel Koenigsberg d’un extrait de À travers ma vie, Souvenirs classés et annotés par le Comte Alfred Marquiset (Paris, Champion, 1904) d’Armand Marquiset (1797-1859), nommé sous-préfet de Dôle en 1830. 
  • Sketch de Raymond Devos - Napoléon. Live au Théâtre du Palais-Royal, Paris - 1989.
  • Archive – 1966 - JT France3 Reims - Brienne-le-Château (Aube) - Visite du château surnommé le « petit Versailles de l’Aube » aménagé en centre psychothérapique depuis 1955.
  • Extrait du film La Nuit au musée 2 (2009) réalisé par Shawn Levy dans lequel Alain Chabat incarne Napoléon.  
  • Archive – 19/03/1976 - Mort d’Albert Dieudonné qui incarna l'Empereur dans le film Napoléon (1927) d’Abel Gance.  

Chroniques

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