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La chute des damnés, Dirk Bouts, vers 1450 ou 1468. Palais des Beaux-Arts de Lille. Photo : Sailko (Wikipédia)

Panique au monastère, les démons attaquent !

51 min
À retrouver dans l'émission

Vers l'an 1200, dans le sud de l'Allemagne, une bande de démons s'amuse à tracasser une communauté de moines cisterciens. Possessions, taquineries, frayeurs, tout est consigné dans le Livre des révélations, un trésor pour l’historien et l'historienne, étonnées par les ravages du confinement !

La chute des damnés, Dirk Bouts, vers 1450 ou 1468. Palais des Beaux-Arts de Lille. Photo : Sailko (Wikipédia)
La chute des damnés, Dirk Bouts, vers 1450 ou 1468. Palais des Beaux-Arts de Lille. Photo : Sailko (Wikipédia)

Quand les démons jouent les fanfarons, c’est la panique au monastère. Dans le sud-est de l’Allemagne, vers l’an 1200, ils sont nombreux à tracasser une communauté de moines cisterciens. Une messe, une sieste, un repas, tout est l’occasion d’un piège démoniaque. Le Livre des révélations consigne tous ces tourments. C’est l’occasion d’une étude passionnante, Le Cloître des ombres : «  L’historien se penche à la margelle d’un puits sans fond d’archives, d’images, de fragments archéologiques arrachés au passé, traces infimes ayant seules survécu d’un univers perdu de pensées, de paroles, de gestes et d’objets », écrit Jean-Claude Schmitt dans son ouvrage écrit avec la collaboration de Gisèle Besson. Avec eux, penchons-nous à la margelle pour voir les démons qui se trouvent au fond du puits. Xavier Mauduit

« Imaginez qu’une foule d’esprits malins vous cerne. Vous ne les voyez pas, ou à peine, mais vous les entendez débattre entre eux des pièges qu’ils s’apprêtent à vous tendre. Ils s’emparent de votre corps, vous font parler, tousser, grogner, vous gratter malgré vous, déplacent à leur guise votre main ou votre pied et font même se mouvoir les cadavres. Telle fut l’expérience de l’abbé Richalm et d’une poignée de moines cisterciens de Schöntal, en Allemagne du Sud, vers l’an 1200. La récente découverte de leur prodigieux dialogue sur les démons, le Livre des révélations, jette une lumière totalement nouvelle sur les croyances et plus largement sur la culture et la société de l’époque médiévale, tout en nous faisant partager l’angoissant confinement de ces hommes et des démons dans l’espace exigu d’un monastère. Le cloître des ombres rend compte de ce cas stupéfiant, en combinant les approches de la microhistoire et de l’anthropologie sociale et culturelle, et, en offrant pour la première fois, une traduction dans une langue moderne d’un témoignage sans équivalent sur la puissance des démons » (Jean-Claude Schmitt, Le cloître des ombres, Gallimard, 2021, présentation de l'éditeur).

Avec Jean-Claude Schmitt, archiviste paléographe, directeur d’études à l’EHESS et président du conseil scientifique du Campus Condorcet (2009-2018). Il est notamment l'auteur de La raison des gestes dans l’Occident médiéval (Gallimard, 1990), Les revenants. Les vivants et les morts dans la société médiévale (Gallimard, 1994), Le corps, les rites, les rêves, le temps. Essais d’anthropologie médiévale (Gallimard, 2001), Les rythmes au Moyen Âge (Gallimard, 2016) et Penser par figures. Du cercle divin aux diagrammes magiques  (Arkhé, 2019). Il a publié avec Jacques Le Goff, Dictionnaire raisonné de l’Occident médiéval (Fayard, 1999, 2e éd. 2014). Son dernier ouvrage, Le cloître des ombres (Gallimard, 2021) est suivi de la traduction française du Livre des révélations de Richalm de Schöntal, avec la collaboration de Gisèle Besson.

Avec nous aussi Gisèle Besson, maîtresse de conférences à l’École normale supérieure de Lyon, spécialiste du latin médiéval. Elle a entre autres contribué à la traduction de la Chronique de Salimbene de Adam (Honoré Champion, 2016). Elle est l'autrice de « Pollux Christus : lecteurs chrétiens et mythologie païenne à la fin du Moyen Age, d’après la tradition manuscrite du Troisième Mythographe du Vatican », dans S. Mimouni (éd.), Apocryphité. Histoire d’un concept transversal aux religions du Livre, Turnhout (Brepols, 2002).

Chez les démons, il y a une hiérarchie. Ils sont organisés comme dans un monastère : il y a un abbé, on parle même à un moment d'un évêque et puis, comme chez les moines, il y a différentes catégories avec des fonctionnalités différentes. Outre la métaphore monastique et ecclésiale, il y a aussi l'armée. Les démons sont militaires, c'est-à-dire qu'ils sont organisés comme une armée extrêmement bien constituée, beaucoup mieux certainement qu'une armée féodale, et interviennent ainsi militairement d'une façon assez agressive. Jean-Claude Schmitt

Le frère N. explique qu'il a, jour après jour, systématiquement noté les révélations que lui faisait Richalm. On a l'impression qu'il a accumulé une série de petites fiches et, dans l'état dans lequel le texte nous est parvenu, on obtient une mosaïque d'éléments, ce qui complique la compréhension du texte. On enchaîne une histoire sur une autre, une révélation sur une autre, un récit sur un autre sans qu'il y ait un texte suivi. L'une des difficultés et de savoir qui parle, qui est le "je" qui parle à ce moment-là. Gisèle Besson

Sons diffusés :

  • Archive - 01/07/1974 - Radioscopie - Jacques Chancel interroge l'abbé Colomban de l'abbaye cistercienne de Melleray. 
  • Lecture par Sandy Boizard d'extraits du Livre des révélations de Richalm de Schöntal. 
  • Archive - 1961 - RTF - Lectures de poésies de Saint Bernard en latin et français.
  • Archive - 1993 - Nuits Magnétiques - Patrick Grainville parle du démon de midi pour les moines. 
  • Archive - 1976 - Journal télévisé - L'exorciste. 
  • Musique - Benoît Staub - Allelujah - Schola de l'abbaye d'Hauterive, ensemble vocal a cappella.

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