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Walter Williams en 1915 et 1917
Épisode 2 :

L’expérience enfantine du premier conflit mondial : entre désir de guerre et propagande

52 min
À retrouver dans l'émission

Trop âgés pour être forcés d’aller à l’école mais trop jeunes encore pour partir au front, quel fut le destin des adolescents-combattants de la Première Guerre mondiale ?

Walter Williams en 1915 et 1917
Walter Williams en 1915 et 1917 Crédits : Anamosa

La langue est une arme dans laquelle les mots sont des munitions et les figures de style de l’artillerie lourde. C’est le cas avec les oxymores, quand deux mots contradictoires sont alliés : « l’obscure clarté » évoquée par Corneille dans Le Cid ; les « splendeurs invisibles » de Rimbaud ; la « boucherie héroïque » de Voltaire dans Candide. La guerre s’arrange bien des oxymores quand il est question de « frappes chirurgicales », de « guerre propre », de « guerre humanitaire », ou encore de guerre enfantine. En 1923, le jeune Raymond Radiguet publie un livre sublime, Le Diable au corps dans lequel il raconte sa liaison – alors qu’il n’a que 14 ans – avec Alice, dont le mari est au front, dans les tranchées. Dans les premières lignes du livre, Radiguet explique « ce que fut la guerre pour tant de très jeunes garçons : quatre ans de grandes vacances ». Quatre ans de vacances, de 1914 à 1918 et un sublime scandale. La guerre festive, la guerre enfantine, terribles oxymores quand des enfants se font occire !

Entre désir de guerre, propagande et ferveur patriotique, comment comprendre aujourd’hui ces soldats juvéniles qui décidèrent envers et contre tout que leur place était sur le champ de bataille ? Nous recevons aujourd'hui Manon Pignot, historienne, maîtresse de conférences HDR en histoire contemporaine à l’Université de Picardie Jules Verne. Elle est notamment l’auteur de L’appel de la guerre, des adolescents au combat, 1914-1918, paru aux éditions Anamosa en 2019.

Pendant la Grande Guerre, les cultures de guerre n'apparaissent pas ex nihilo. Elles sont profondément liées aux cultures nationales préexistantes. Donc dans le cas français, la culture de guerre 14-18 est nourrie notamment d'un patriotisme et d'un nationalisme anciens, mais aussi d'un patriotisme républicain qui s'est bâti, qui s'est élaboré au cours de la Troisième République et qui est notamment diffusé à l'école par le biais de programmes scolaires qui sont délibérément des programmes scolaires, patriotiques et républicains qui ont pour fonction d'ancrer l'amour et de la patrie et de la République dans le cœur des enfants. Et, comme l'espèrent les fondateurs de la Troisième République, par le biais des enfants dans la société tout entière, avec également un esprit militariste. Manon Pignot

L'appel de la guerre, c'est à dire une volonté qui, là, est moins proprement nationale qu'au contraire assez universel. Une volonté liée à cet âge là qui est un âge de l'entre deux, de se confronter au risque, éventuellement d'ailleurs à la mort, à la possibilité de sa propre mort, et aussi à l'ailleurs, à autre chose. Et c'est pour ça que j'emploie le terme de "désir", c'est à dire qu'il y a cette idée "d'exotisme" de la guerre. Il ne faut pas oublier qu'en 1914, on se déplace encore peu. La réalité de ce que va être la guerre de 14, elle n'est connue de personne et certainement pas des jeunes individus qui s'engagent. Donc, ils vont partir mus par un certain nombre de désirs différents et complémentaires, sans savoir ce qui les attend, sans savoir qu'ils vont se retrouver dans des tranchées sous un pylône. Ce désir de guerre est nourri de représentations héroïques. Manon Pignot

De héros à bourreau. A travers le destin de Friedrich-Wilhelm Krüger, jeune soldat de la Première Guerre mondiale devenu l’un des plus hauts dignitaires du IIIe Reich, nous nous intéresserons aux vies de ces jeunes héros devenus adultes dans un monde de nouveau détruit par la guerre, avec Nicolas Patin, historien et maître de conférence à l'Université Bordeaux-Montaigne, il est notamment l’auteur de Krüger, un bourreau ordinaire, Fayard, 2017.

En réalité, il y a toujours eu une sorte de symbolique autour de Bismarck et des guerres d'unification des années 1860. Il y a une sorte de révérence au Keyzer. Mais ce qu'on peut dire, notamment pour la littérature enfantine et les programmes, c'est qu'il y a un héroïsme, il y a une construction de de l'aventurier et du soldat viril qui va aussi pouvoir s'incarner dans la colonisation. Parce qu'il ne faut pas oublier que l'Allemagne a aussi eu son "aventures coloniales", qui s'est traduit par un grand nombre de massacres. Mais en réalité, on sent que ces représentations, quand la guerre éclate, elles ont une guerre de retard. Les gens n'ont pas pris en compte dans les représentations dominantes, les nouvelles armes. Ils ne comprennent pas bien ce que va être la guerre à venir, ce qui fait qu'un certain nombre d'adolescents ou de très jeunes hommes vont rentrer en 14 dans une guerre avec des représentations héroïques et vont vivre un choc extrêmement fort par rapport à la réalité de la guerre. Nicolas Patin

Sons diffusés : 

Archives : 

  • Joseph Battle, issu de l'album La grande guerre, 1914-1918, volume 2 
  • Philippe Soupault, le 22 octobre 1963, Radiodiffusion Télévision Française (RTF)

Lecture par Daniel Kenigsberg : Récit par le Capitaine Charles Carrington de ses souvenirs de guerre, page 178 du livre de Manon Pignot : L’appel de la guerre, des adolescents au combat, 1914-1918, paru aux éditions Anamosa

Musique : L’ami Bidasse de Fernandel

Chroniques
9H52
4 min
Le Journal de l'histoire
L’Islande et les prix littéraires, une longue histoire
Intervenants
  • maître de conférence à l’université de Picardie
  • Maître de conférences en histoire contemporaine de l’université Bordeaux-Montaigne
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation
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