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"La muse Clio instruit le jeune lion britannique à l'Histoire"
Épisode 1 :

Quand l’histoire rebat les cartes

52 min
À retrouver dans l'émission

La carte s’est imposée comme un outil incontournable pour raconter de grandes fresques historiques. Facile d’accès, l’atlas permet de mettre en valeur une chronologie complexe. Comment le géohistorien parvient-il à mettre en relation les cartes et conserver une structure logique ?

Les cartes sont un outil pédagogique précieux pour l'historien.
Les cartes sont un outil pédagogique précieux pour l'historien. Crédits : Getty

En 1879, Jules Ferry, ministre de l'Instruction publique, met en place la Commission de la décoration des écoles. Quelle excellente idée ! Il s’agit de couvrir les murs des salles de classes de belles images pédagogiques et pourquoi par de cartes, que les élèves rêveurs pourront admirer pendant des heures afin qu’elles s’impriment dans leur mémoire. Ici la botanique, avec les renonculacées, avec leur calice, leur corolle, leurs carpelles et leur rhizome… Là, la faune, où la poule est détaillée depuis le bec jusqu’au croupion, avec la visite de l’intérieur de l’œuf… Ensuite, l’anatomie humaine, avec le schéma de la circulation du sang, des oreillettes, des ventricules, des veines pulmonaires… La géométrie également : le carré, le rectangle, le trapèze… et les capacités : le décalitre, le double litre. Au moment de la leçon d’histoire, il y a des cartes au mur ; au moment de la littérature, il y en a également, bien sûr. Parfois, elles se croisent, nous touchons ici aux cartes sublimes : celles des cartes historiques. (Xavier Mauduit)

Si les programmes scolaires associent de longue date l’histoire et la géographie, ce lien ne va pas de soi. Offrir une représentation visuelle de l’histoire, notamment en la cartographiant, pose des problèmes : comment parvenir à une généralisation à partir de données historiques ? Quel cadrage adopter, quel point de vue favoriser ? Cette autre façon de raconter ouvre l’histoire à de nouveaux types de publics.

La carte rend visible différents phénomènes dont les connexions n’étaient pas évidentes, de même qu’elle est capable de rendre compte de l’action du temps au sein d’un même territoire. Véritable synthèse, la carte n’est pourtant jamais neutre, car elle est toujours affaire de projections mentales, de représentations, de présupposés, voire d’instrumentalisations, ce qui complique encore sa confection. Alors, comment cartographes et historiens travaillent-ils ensemble ? Comment parvenir à représenter visuellement le passage du temps ? 

Avec nous pour répondre à ces questions, Christian Grataloup, géohistorien et professeur émérite à l'Université de Paris, il est l’auteur de nombreux ouvrages qui mêlent géographie et histoire, parmi lesquels L’Atlas historique mondial (Les Arènes/ L’Histoire, 2019), L'invention des continents et des océans (Larousse, 2020) ou encore L’Atlas historique de la France (Les Arènes / L’Histoire, 2020) et Claire Somaglino, égyptologue et maîtresse de conférences à la Sorbonne Université, elle est l’autrice de nombreux articles et ouvrages sur la géographie et la toponymie de l’Égypte ancienne parmi lesquels, avec la cartographe Claire Levasseur, L'Atlas de l’Égypte ancienne (Autrement, 2020).

La géohistoire du XIXe siècle permettait uniquement de localiser des évènements historiques (une bataille comme Alésia par exemple). Aujourd’hui, alors qu’il est devenu important de réactualiser notre vision du monde et sa mise en perspective historique, l’image est justement l’un des révélateurs de nos ignorances. En effet, si l’historien voit d‘abord les informations qu’il va mettre sur la carte, le choix du fond de carte constitue également un message qui répond à des traditions cartographiques. (Christian Grataloup)

Avec la carte, l’historien joue constamment sur les échelles spatiales et temporelles. Sur le cas de l’Égypte, les changements d’échelles déplacent la focale notamment en Afrique ou en Méditerranée, ce qui permet de montrer clairement la complexité de l’insertion économique du pays et les liens avec les territoires qui l’entourent. Ainsi, la carte oblige l’historien à synthétiser et à clarifier certaines certitudes. (Claire Somaglino)

Il faut rester libre dans nos cadrages car on crée une réalité à l’intérieur de celui-ci. En décalant le cadre, on crée une nouvelle problématique. Si l’historien peut montrer des dynamiques à l’image d’une BD – en combinant, en associant des cartes – il doit également imposer une certaine fixité afin de "faire le point" avec le lecteur. (Christian Grataloup)

Sons diffusés :

Archive - 16/01/1979 - Antenne 2 - Les Nouvelles - Présentation de L'Atlas historique de Georges Duby (Larousse).

Archive - 20/09/1978 - France Inter - Radioscopie de Jacques Chancel - Georges Duby loue les qualités pédagogiques des grandes cartes.

Archive - 08/03/1960 - André Malraux : Grands discours 1946-1973 (Frémeaux & Associés)  - "Pour sauver les monuments de Haute Égypte".

Lecture - Extrait de Tableau de la géographie de la France (1903) de Paul Vidal de la Blache, lu par Philippe Moreau.

Archive - 15/08/1984 - Productions Ina - Fernand Braudel : Jeunesse vocation, la Méditerranée : 1ère partie.

Archive - 01/02/2006 - France Culture - La nouvelle fabrique de l'histoire - Julien Gracq, Histoire de la géographie.

Chroniques

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3 min

Le Journal de l'histoire

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Intervenants
  • Géographe, ancien professeur à l’université Paris-VII et à Sciences Po Paris, spécialiste de géohistoire.
  • maîtresse de conférences à l’Université Paris-Sorbonne
L'équipe
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