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Épisode 4 :

Mussolini peut-il être un personnage de roman ?

52 min
À retrouver dans l'émission

En Italie, la prise du pouvoir de Mussolini en 1922 questionne encore. Si les historiens nous permettent de comprendre précisément les causes de la Marche sur Rome, la littérature romanesque est un formidable complément pour transmettre une mémoire. Sans rogner la réalité des faits ?

Ce roman fait-il évoluer la perception des Italiens vis à vis de Mussolini ?
Ce roman fait-il évoluer la perception des Italiens vis à vis de Mussolini ? Crédits : Getty

En 1912, Amilcare Ciprian se trouve à Paris. Lui qui fut patriote combattant pour l’unité de son pays, l’Italie, il écrit désormais dans la presse pour défendre son idéal : l’anarchie. À 69 ans, il livre des articles, notamment pour L’Humanité. Le 26 août 1912, il écrit : « Il me semble que, depuis quelques années, le socialisme navigue, un peu partout, dans une espèce de confusionnisme ». Pour lui, il y a des hommes fait pour la lutte et d’autres qui refusent toute unité des combats. À propos de l’Italie, Amilcare Ciprian est ravi de voir triompher les révolutionnaires intransigeants. Il écrit : « Aujourd'hui, parmi ceux qui ont triomphé au Congrès de Reggjo-Emilio, il y a un homme, Mussolini, dont l’ordre du jour a triomphé. Celui-là me plaît beaucoup. Son révolutionnarisme est le mien, je devrais dire, le nôtre, c’est-à-dire, celui que l'on appelle classique ». Mussolini a alors 29 an. Est-ce lui qui va prendre la relève ? Amilcare Ciprian ajoute : « À ce vaillant Mussolini il manque ceci, tout simplement c'est d'être à la fois socialiste et syndicaliste. Comment peut-on être socialiste révolutionnaire, sans être syndicaliste ? » Amilcare Ciprian décède en 1918. Il ne voit donc pas le triomphe de Mussolini qui crée les Faisceaux italiens de combat l’année suivante, en 1919, avec désormais cette question : comment peut-on, en si peu de temps, être socialiste révolutionnaire et fonder le mouvement fasciste ? (Xavier Mauduit)

Grâce au précieux travail des chercheurs, nous connaissons tout – ou presque – de la vie des grands personnages de l’histoire contemporaine, à l’instar de Benito Mussolini. Dès lors,  comment raconter autrement et intéresser le lecteur d’aujourd’hui, le faire rentrer pleinement dans cette histoire qui concerne ses ancêtres proches ?

Certains romanciers passionnés d’histoire font le pari de changer le genre littéraire pour réussir à transmettre plus facilement la mémoire des événements passés aux jeunes générations. En effet, un style délié qui donne la parole à de multiples narrateurs et qui multiplie les points de vues permet d’ancrer la narration dans le réel. Les mythes qui entourent ces grandes figures sont alors déconstruits. 

Toutefois, en associant des éléments fictionnels à des documents d’archives, ces auteurs parviennent-ils à rendre compte d'une réalité historique ? Où se situe la frontière entre l’histoire et la fiction ?

Pour comprendre les subtiles nuances entre le roman et l’essai d’histoire, nous recevons le romancier italien Antonio Scurati. Il est professeur de critique littéraire et de littérature comparée à la Liberta Universita di Comunicazione et Lingue de Milan. Il a obtenu le prix Campiello en 2005 pour Il Sopravvissuto, le prix Viareggio en 2015 pour Il tempo migliore della nostra vita. M L’enfant du Siècle (Les Arènes, 2020) est le premier volet d’une trilogie. Pour ce premier tome, Antonio Scurati a reçu le prix Strega (Goncourt italien).

Si j’ai lu toutes les études sur le fascisme, je ne suis pas historien. Dans mes lectures, j’ai inclus la mémoire fasciste car je voulais raconter le fascisme de l’intérieur, par le prisme des fascistes eux-mêmes, en laissant de côté toute l’iconographie classique – assez typé – de Mussolini : créer une narration sur la base des sources historiques tout en maintenant en haleine le lecteur dans un flux, comme s’il était présent.

Le romancier doit flairer l’air du temps. Comment le percevoir ? C’est le défi. Il va rentrer dans les détails de la vie quotidienne et intime de ses personnages et jouer des contrastes qui ont un intérêt pour le récit et non pas pour l’essai historique. En cela, lorsqu’il s’intéresse à l’Histoire, le romancier doit faire preuve d’une grande humilité car il se vide de son intérieur pour se placer entièrement derrière elle. 

"Le roman est la forme littéraire de la démocratie"

En cas de succès en librairie, je m’attendais à une forme de résistance du monde académique. Lorsqu’un ouvrage n’est pas classable facilement c’est plutôt un bon signe car cela démontre qu’il est novateur. 

Il y a toujours eu une alliance entre l’art du récit et la connaissance historique. Aujourd’hui, il faut renforcer cette coalition car elle peut permettre que les gens connaissent bien leur Histoire mais, encore plus important, qu’ils connaissent le sentiment de l’histoire. 

"Nous vivons sous la dictature du présent, sans recul historique"

Mon intention n’était pas d’écrire un roman sur le fascisme pour le mettre en miroir avec l’époque actuelle. En revanche, dans mon travail préliminaire, je me suis rapidement rendu compte que ces événements passés résonnent avec les moments populistes d’aujourd’hui.  

Sons diffusés :

Lecture - Extraits de M L’enfant du Siècle (Les Arènes, 2020) de Antonio Scurati, lu par Romain de Becdelièvre.

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Intervenants
  • Professeur de littérature comparée et d’écriture créative
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