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Sur les barricades de Paris, France:  les membres du Mouvement de résistance français qui ont combattu ici encouragent les Américains qui arrivent. 26 aout 1944
Épisode 4 :

Sécurité sociale, la croisade d’Ambroise Croizat

52 min
À retrouver dans l'émission

Ce matin dans Le Cours de l'histoire, nous nous intéressons à l'histoire de la Sécurité Sociale, à ceux qui l'ont construite et l'ont faite perdurer. Car aujourd'hui encore, nous bénéficions de cette mesure phare du programme du Conseil National de la Résistance.

Ambroise Croizat, s'exprime au côté de M. Costes (à sa gauche), président de la Caisse Centrale des Assurances Sociales, lors du Congrès pour l'Organisation de la Sécurité Sociale , le 22 février 1947
Ambroise Croizat, s'exprime au côté de M. Costes (à sa gauche), président de la Caisse Centrale des Assurances Sociales, lors du Congrès pour l'Organisation de la Sécurité Sociale , le 22 février 1947 Crédits : STAFF - AFP

La brochure est petite, ce qui tombe bien, car elle est destinée à circuler sous le manteau. En mai 1944, le journal _Libération_pour la zone Sud publie sous le titre Les Jours heureux le programme du conseil national de la résistance. Il commence par ces mots : « Née de la volonté ardente des Français de refuser la défaite, la Résistance n’a pas d’autre raison d’être que la lutte quotidienne sans cesse intensifiée. »

La première partie s’intitule « Plan d’action immédiate », la seconde « mesures à appliquer dès la libération du territoire ». Nous y lisons ce qui est prévu pour le monde d’après : « Un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État. » 

Mettre ce programme par écrit et le faire accepter par les différents mouvements de résistance fut un combat. Faire appliquer ce programme en fut un autre : après l’horreur de la guerre, il n’est pas simple d’imposer les jours heureux et pas simple non plus de les conserver.

Pour en parler nous sommes en compagnie de Gilles Perret, réalisateur documentariste. Il s’est notamment intéressé à l’histoire du Conseil national de la Résistance et à ses héritages, dans des films comme “Les Jours heureux” en 2013 et “La sociale” en 2016, qui retrace l’histoire de la sécurité sociale.

J'ai eu la chance de passer du temps avec Raymond Aubrac. Il faisait partie de ceux qu'on présentait comme des héros, car c'est ainsi qu'on parlait de la Résistance, c'est comme ça que je l'ai appris à l'école : une histoire de pistolets, d'armes, de faits d'armes, de héros qui se battaient contre les méchants Allemands et les méchants collaborateurs. Mais je me suis rendu compte que la pensée politique de ces gens-là était complètement passée sous silence. Car lorsque l'on côtoie Raymond Aubrac, Walter Bassan ou Robert Chambeiron, on voit que ce programme du CNR, c'est toute leur vie. Leurs questionnements, jusqu'à leur mort, c'étaient : "Comment va-t-on faire pour réinstaller les jours heureux ? Comment réactualiser le programme du CNR ? Il faut que les nouvelles générations prennent le relais parce que nous allons disparaître etc.". Ils n'ont jamais regardé en arrière, ils ne se sont pas laissé endormir par la gloriole, par des légions d'honneur et des invitations à l'Élysée ; mais ils étaient toujours dans la volonté de transformer le monde pour établir plus d'égalité, pour augmenter le social et créer un État qui a un vrai rôle, avec des citoyens qui votent, qui ont de vrais choix et qui ne sont pas étouffés par l'économie ou l'idéologie libérale qui étaient déjà présente dans ces années-là. Gilles Perret

Je me suis lancé dans ce film "La Sociale" pour rétablir des vérités, mais aussi pour redonner un peu d'honneur à tous ceux qui se sont battus. Parce que parce que nous sommes nés avec cette Sécurité Sociale, on a l'impression qu'elle a toujours existé, mais à la Libération personne n'en voulait et ça a été une bagarre terrible pour pouvoir l'imposer. Gilles Perret

Ambroise Croizat est un homme qui nait en Savoie dans la misère ouvrière. Il part  travailler en tant qu'ajusteur dans les usines à Lyon. Il y connaît la faim et les grandes difficultés. Puis, il devient assez rapidement syndicaliste à la CGT, il adhère ensuite au Parti Communiste, tout en étant toujours secrétaire général de la Fédération des métaux. Il devient député communiste en 1936, sous le gouvernement du Front Populaire. C'est une vie de militant "pied à pied", de misère mais avec une envie de changer le monde. Ambroise Croizat a vraiment connu à la fois le monde du travail et la misère ouvrière. Il se fait arrêter en 1940 lorsque les députés communistes sont arrêtés par le gouvernement français, il n'y avait pas encore les Allemands et les nazis à la porte. Il passera de prisons en prisons française, avant d'être déporté au bagne d'Alger en 1941. Il sera libéré et on le retrouvera au gouvernement provisoire à Alger. C'est à la Libération qu'il est nommé par le général de Gaulle Ministre du Travail. (...) Ambroise Croizat est quelqu'un qui a rendu un service énorme à l'ensemble de la nation. Un million de personnes a assisté à son enterrement, alors qu'aujourd'hui personne ne le connaît. Gilles Perret

Sons diffusés : 

Archives :

  • Ambroise Croizat lors du discours à l’occasion de l’installation du conseil central de la sécurité sociale de la Région parisienne, le 25/04/1946, INA
  • Actualités françaises, sur les examens médicaux gratuits mis en place par la Sécurité Sociale, le 18/04/1956

Extraits de films :  La sociale et Les Jours Heureux de Gilles Perret

Musique : Les jours heureux par Charles Aznavour

Générique de l'émission : Origami de Rone

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