LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Jan Steen, "Adolf et Catharina Croeser" ou "Le bourgmestre de Delft et sa fille", 1655, Rijksmuseum Amsterdam
Épisode 2 :

Posséder la terre, terreau des inégalités ?

51 min
À retrouver dans l'émission

Posséder la terre est au centre des enjeux économiques, sociaux et politiques. Les multiples statuts juridiques dont elle a fait l'objet attestent de son importance : la terre nourrit et enrichit, elle renforce le prestige de celui qui la possède.

Aujourd'hui ! Estampe de Théophile Alexandre Steinlen, 1894. BNF.
Aujourd'hui ! Estampe de Théophile Alexandre Steinlen, 1894. BNF.

Posséder la terre, serait-ce le terreau des inégalités ? D’ailleurs, qu’est-ce que la propriété ? En 1840, l’anarchiste Pierre-Joseph Proudhon en donne une définition : "La propriété, c'est le vol !" Toujours au XIXe siècle, dans son Dictionnaire des idées reçues, Gustave Flaubert écrit : "Bases. De la société, sont la propriété, la famille, la religion, le respect des autorités. — En parler avec colère si on les attaque". De manière plus simple, la propriété est la possession légale d'un bien. Très bien, mais qu’en est-il de la propriété de la terre, qui ne nécessite pas toujours de la cultiver, et de son accumulation ? Dès lors apparaît la question des inégalités.  
Xavier Mauduit

Posséder la terre permet de s’assurer des revenus et de consolider son statut social. Dès lors, quand l’économie repose principalement sur l’agriculture, la  distribution des terres est une question capitale. En Grèce, durant la période archaïque, l’esclavage pour dette permettait aux plus riches d’accéder à une main d’œuvre gratuite. Ce système hautement inégalitaire conduisit les paysans à la révolte. L’abolition du système d’esclavage pour dette pose de nouvelles questions : qui a le droit à la terre ? Comment se procurer une nouvelle main d’œuvre ?

Sous l’Ancien Régime en France, certaines terres appartiennent à la communauté. Ces biens communaux sont utilisables par tous, pour laisser pâturer les animaux, selon la production de paille et de foin. Leur accès est-il égalitaire ? La Révolution française est l’occasion d’un questionnement sur l’usage de ces biens communaux, avec la loi de 1793 qui prévoit le partage de ces terres entre tous les citoyens. Comment les répartir ? Doit-on favoriser les riches ou les pauvres ?

Les périodes de crise, dans l’Antiquité et à l’époque moderne, permettent d’engager une réflexion sur l’accès à la terre comme le terreau des inégalités et de relativiser l’évidence de la propriété individuelle, telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Avec Julien Zurbach, maître de conférences à l’École Normale Supérieure, membre de l’Institut universitaire de France et spécialiste de la paysannerie grecque. Il est notamment l'auteur de Les hommes, la terre et la dette en Grèce c. 1400-c. 500.a.c (Ausonius Éditions, 2017) et a publié avec François Lerouxel Le changement dans les économies antiques (Ausonius Éditions, 2020).

Avec nous aussi, Nadine Vivier, professeure émérite d'histoire contemporaine à l'Université du Maine, présidente de l'Académie d'agriculture de France (2020). Elle est notamment l'autrice de Propriété collective et identité communale. Les biens communaux en France, 1750-1914 (Publications de la Sorbonne, 1998) et a dirigé, avec Marie-Danielle Demélas, Les propriétés collectives face aux attaques libérales (1750-1914) (Presses universitaires de Rennes, 2003).

Les sociétés grecques de l'époque classique sont des sociétés de statut. Pour posséder la terre, il faut être citoyen et vice-versa. Il y a un lien très fort entre la participation politique et l'accès à la terre. Normalement, dans l'idéal, on la travaille soi-même, on défend sa cité et on participe au devoir politique : on est citoyen, soldat et paysan à la fois. La propriété est sacralisée.  
Julien Zurbach

Ce qui change beaucoup au XVIIIe siècle, c'est l'arrivée des physiocrates (...) Jusque-là, on avait le colbertisme, on pensait qu'une nation était riche grâce au commerce international, or les physiocrates pensent qu'il faut améliorer la production agricole que c'est la principale source de richesse donc, à ce moment-là, on s'intéresse énormément à la façon dont on va pouvoir augmenter la production agricole. Une grande partie des terres est alors en jouissance collective. Pour que celles-ci soient mises en culture, on pense qu'elles doivent devenir des propriétés privées et qu'il faut donc absolument supprimer la propriété collective. C'est de là que vient le grand problème des communaux à partir du milieu du XVIIIe siècle.  
Nadine Vivier

Sons diffusés : 

  • Archive - 06/02/1964 - Extrait de l'émission Terre des arts - La Grèce, le palais et la citadelle.
  • Extrait de 50 nuances de Grecs, série d'animation de Jul, épisode 29 (2018). 
  • Lecture par Olivier Martinaud d'un extrait de La Politique d'Aristote. 
  • Extrait du téléfilm 1788 réalisé par Maurice Failevic (1978). La chanson du Pauvre laboureur.
  • Archive - 08/11/1969 - ORTF - Extrait de la série Jacquou le Croquant réalisée par  Stellio Lorenzi d'après le roman d'Eugène Le Roy. 
Chroniques
9H52
3 min
Le Journal de l'histoire
Commune de Paris, autopsie d’habit !
Intervenants
  • Professeure émérite d'histoire contemporaine à l'Université du Maine et présidente de l'Académie d'agriculture de France
  • Maître de conférences à l’École Normale Supérieure
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......