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Jan Steen, "Adolf et Catharina Croeser" ou "Le bourgmestre de Delft et sa fille", 1655, Rijksmuseum Amsterdam
Épisode 3 :

L'impôt peut-il nous sauver des inégalités ?

51 min
À retrouver dans l'émission

Pour subvenir aux besoins collectifs engendrés par les dépenses publiques, l'État impose les revenus des citoyens. L'impôt est ancien, mais il se pare d’un idéal de fraternité, surtout depuis la Révolution française. Il cristallise les passions : c’est un débat qui en impose !

1933 - Les automobilistes de Lille protestent contre les nouveaux impôts sur l'essence. Agence de presse Mondial Photo-Presse. BNF/Gallica.
1933 - Les automobilistes de Lille protestent contre les nouveaux impôts sur l'essence. Agence de presse Mondial Photo-Presse. BNF/Gallica.

L'impôt peut-il nous sauver des inégalités ? En 1933, Georges Milton chantait « As-tu déclaré tes impôts » :

« Bien des gens, paraît-il, ne payent pas leurs impôts

Et traitent ceux qui les payent de poires et de ballots

Moi, je n'approuve pas ça, j' dis qu' ce n'est pas permis

Et constamment j' demande aux parents, aux amis :

As-tu déclaré ton salaire ?

As-tu déclaré tes r'venus ? »

Georges Milton donne la liste de ce qu’il faut déclarer :

« Tes deux larbins, ta cuisinière

Et ta villa d'Honolulu

Ton cheval et ta bicyclette

Ton trotteur et ta trottinette

Ta clarinette et ton piano

Ta TSF et ton cabot ».

Toutefois, pour déclarer des revenus, encore faut-il en avoir ! Xavier Mauduit

En 1848, Garnier-Pagès, ministre des Finances de la Deuxième République, propose la création d’un impôt sur le revenu. Alors que la plupart des grands États d’Europe de l’Ouest ou les États-Unis ont adopté un système fiscal élaboré, tous les projets d’un impôt sur le revenu se heurtent à des débats virulents pendant soixante ans. Ce n’est finalement qu’en 1914 que le Sénat adopte le projet de Joseph Noulens. La Première Guerre mondiale, loin d’en repousser l’application, accélère sa mise en œuvre : l’État a plus que jamais besoin d’argent ! 

Les controverses autour de l’impôt font encore partie de notre quotidien car la légitimité de l’État à redistribuer les richesses est régulièrement remise en cause. Quand et comment l’idée s’est-elle imposée que les inégalités au sein de la société doivent être combattues et que c’est à l’État de mener ce rééquilibrage ? Comment l’impôt est-il devenu le meilleur outil pour réduire les écarts sociaux et avec quelles résistances a-t-il suscitées ? Nous en parlons avec…

Nicolas Delalande, professeur au Centre d'histoire de Sciences Po. Ses recherches portent sur l’histoire de l’État, des inégalités et de la solidarité en Europe aux XIXe et XXe siècles. Il est rédacteur en chef à La Vie des Idées, membre des comités de rédaction de la Revue d'histoire moderne et contemporaine et de Gouvernement et action publique. Il est notamment l'auteur de La Lutte et l’Entraide. L’âge des solidarités ouvrières (Seuil, 2019), Les Batailles de l’impôt. Consentement et résistances de 1789 à nos jours (Seuil, 2011 et nouv. éd. 2014) et a coordonné avec Florian Mazel, Yann Potin et Pierre Singaravélou, l’ouvrage Histoire mondiale de la France (Seuil, 2017 ; édition Points Seuil et édition illustrée, 2019), sous la direction de Patrick Boucheron.

Nicolas Delalande est l’auteur de "XXe siècle, le court siècle de l'égalité" qui paraît dans le numéro de février 2020 du magazine L'Histoire notre partenaire.

Si l'on regarde sur un temps long, du Moyen Âge au XIXe siècle, même jusqu'au début du XXe siècle, la réponse souvent apportée par les élites, qu'elles soient aristocratiques anciennement ou bourgeoise au cours du XIXe siècle, et celle qui est fondée sur la libre initiative, ce que l'on a appelé la charité. La charité est mue par des principes religieux, on va l'appeler ensuite la philanthropie dans une version un peu plus laïcisée ou sécularisée. Un amour de l'humanité qui a pour principe central d'être fondé sur une absence d'obligation. Ce qui différencie très nettement l'impôt d'autre forme de circulation ou de redistribution des richesses, c'est le principe d'obligation qui est sanctionné par l'Etat, par des pouvoirs publics, auxquels sont associés des pouvoirs de coercition alors que la philanthropie est présentée comme un mouvement, plus spontané qui en même temps est complètement dépendant du bon vouloir de ceux qui vont s'y prêter. Ce devoir dit "moral " des riches, il est très aléatoire et surtout, en réalité, il ne permet pas d'améliorer la situation du plus grand nombre, c'est pour cela que ce modèle va en partie s'épuiser, être fortement critiqué à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Nicolas Delalande

Sons diffusés :

  • Extrait du film La folie des grandeurs réalisé par Gérard Oury (1971). 
  • Parodie de la chanson La Parisienne de de Casimir Delavigne (1837). 
  • Archive - 16/12/1976 - FR3 - Jacques, un jeune paysan au XIXe siècle. 
  • Lecture par Olivier Martinaud d'un extrait de l'Essai sur la répartition des richesses et sur la tendance à une moindre inégalité des conditions de Paul Leroy-Beaulieu (1883). 
  • Extrait d'un documentaire sur Clémenceau et la mise en place de l'impôt en 1906. (ORTF, 1970)
  • Musique - Les Inconnus - Rap-tout.
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L'histoire circule dans les objets d’art, des capsules temporelles source de conflits
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  • chercheur au Centre d’histoire de Sciences Po, il s'intéresse aux relations entre économie et politique et a notamment travaillé sur l'action philanthropique des Rothschild au XIXe siècle.
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