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Antique photo de peintures : femme écrivant - Illustrations
Épisode 3 :

Face à l’horreur : les “petits sujets” de la violence du fait guerrier

52 min
À retrouver dans l'émission

Nous connaissons tous les dates et les lieux des hauts faits de la Grande Guerre, mais c'est à travers des lettres, des souvenirs et des amnésies, des destins individuels pris dans la tourmente, qu'il faut aborder le fait guerrier.

1917 : Un soldat russe écrit une lettre
1917 : Un soldat russe écrit une lettre Crédits : Hulton Archive - Getty

Ici, c’est une bague, une broche, un bijou, façonné dans un morceau d’aluminium. Là c’est un coupe-papier en cuivre. Ici c’est un briquet fabriqué à partir d’une balle de fusil. Là c’est un obus sculpté, destiné à trôner sur la cheminée après la guerre. Souvent, quelques mots sont gravés : Verdun, 1916, souvenir du front. L’artisanat des tranchées, celui que les poilus pratiquaient pour passer le temps pendant la Guerre 14-18, nous étonne toujours, parce qu’il est porteur d’émotions et parce qu’il reflète le savoir-faire, la belle maîtrise technique, de ceux qui combattaient et qui cherchaient, entre deux assauts, à occuper le temps. 

Aujourd’hui, le temps a passé et l’obus sculpté est toujours sur la cheminée, à prendre la poussière, ou alors il se trouve dans le grenier voire dans un vide grenier, et parfois au musée. Toutefois, le temps qui passe n’efface pas complètement la douleur, le traumatisme. Il transforme les souvenirs tout autant que la manière d’appréhender le moment guerrier qui, lui, ne disparaît pas vraiment : avons-nous vraiment fait le deuil de la Grande Guerre ?

Nous recevons ce matin Stéphane Audoin-Rouzeau, directeur d’études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et président du Centre international de recherche de l'Historial de la Grande Guerre de Péronne. Spécialiste de la Première Guerre mondiale, il a publié de nombreux ouvrages dont le plus récent, C'est la guerre, Petits sujets sur la violence du fait Guerrier, a paru le 9 juin 2020 aux éditions du Félin.

La Grande Guerre a créé des fronts fixes et des situations interminables d’ennui suffocant. Pour ces hommes qui étaient des manuels, pour ces paysans, ces artisans avec un savoir-faire manuel considérable, qui avaient une impression terrifiante de perdre leur temps, créer des objets c’était renouer avec des formes d’identités. Ces objets sont porteurs d’une émotion puissante. Et cette émotion n’est pas un obstacle à la connaissance historique, elle est au contraire un vecteur de connaissance, un accès à ce qui s’est joué pour les acteurs sociaux dans le temps où ils vivaient la guerre. Stéphane Audoin-Rouzeau

Il existe différents registres d’expressions : un journal intime, une correspondance avec ses parents ou son épouse - ce n’est pas la même chose - un objet sculpté, une photographie prise au front, etc. Mais au fond, il y a une cohérence globale de tout ce qu’on appelle aujourd’hui ces « ego-documents », ces documents sur soi et de soi. Les soldats disent plus ou moins toujours la même chose : il y a la patrie, les camarades et surtout la conscience d’être immergés dans un évènement immense… Stéphane Audoin-Rouzeau

Sons diffusés : 

Archives : 

  • Témoignage de l’une des “gueules cassées” qui a fait partie de la “délégation des gueules cassées”, présente lors de la signature du traité de Versailles en 1919, dans l'émission L'Histoire en personne,  11 novembre 1975
  • L’écrivain Maurice Genevoix évoque le besoin qu’ont eu les combattants de la Grande Guerre de rendre compte de ce qu’ils vivaient, dans l'émission Les sources, le 21 juin 1978
  • Blaise Cendrars sur l'impossibilité d’écrire et de combattre en meme temps, dans l'émission Entretiens avec, le 6 novembre 1950

Musique : Chanson de Craonne, écrite par un anonyme en 1917 et censurée par le commandement militaire français

Lecture par Daniel Kenigsberg : Témoignage de Norbert Elias sur la façon dont il a oublié les événements auxquels il a assisté et les émotions ressenties durant les années de Guerre

Lecture par Camille André : La prière sur l’enfant mort, de la poétesse Jane Catulle-Mendès, en 1921

Générique de l'émission : Origami de Rone 

Intervenants
  • historien spécialiste de la Grande guerre, professeur à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
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