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Épisode 1 :

Le journal acerbe des infréquentables frères Goncourt

53 min
À retrouver dans l'émission

Les frères Goncourt, nous les connaissons tous, puisqu'il y a le prix Goncourt, il y a l'Académie Goncourt et il y a le journal des Goncourt. Mais les connaissons-nous vraiment ? Ce matin dans Le Cours de l'histoire, nous posons la question au biographe de ces deux frères infréquentables.

Les frères Edmond de Goncourt (1822-1896) et Jules Huot de Goncourt (1830-1870), écrivains français. Photo de Felix Nadar (1820-1910).
Les frères Edmond de Goncourt (1822-1896) et Jules Huot de Goncourt (1830-1870), écrivains français. Photo de Felix Nadar (1820-1910). Crédits : Photo de DeAgostini - Getty

Connaissez-vous Germinie Lacerteux ? Ah Germinie, fille du peuple, petite paysanne devenue servante, puis domestique. Je vous le dis, elle a fait beaucoup de mauvaises rencontres, Germinie, et rien ne lui a été épargnée. C'est un destin difficile, mais sans exagération excessive, il est celui de tant et tant de femmes du XIXe siècle. Une histoire triste, sans doute, que l'on pourrait couvrir d'une expression populaire : "c'est du Zola". Oui, mais voilà, Germinie Lacerteux est un roman des frères Goncourt paru en 1865, quand Zola est encore journaliste, critique d'art. D'ailleurs, il a beaucoup aimé ce roman écrit par Edmond et Jules Goncourt. Germinie est un tantinet oublié aujourd'hui comme roman, mais ses auteurs sont très présents par le prix qui portera leur nom bien sûr, par l'Académie aussi, et puis par leur Journal. Et là, ce n'est plus vraiment du Zola. C'est de l'acide, du vitriol mais pas seulement : le Journal des Goncourt, sous-titré "Mémoires de la vie littéraire", est un très beau témoignage sur la fin du XIXe siècle. Des phrases courtes comme des aphorismes : "en province, la pluie devient une distraction" ou encore "peut-être dit-on moins de sottises qu'on en imprime" et une autre "un auteur doit être dans un livre comme la police dans la ville, partout et nulle part". Les Goncourt ont conservé leur journal pour eux, à publier après leur mort. Par goût de la discrétion peut-être, pour ne pas blesser éventuellement, ou alors par recherche de postérité. Mais c'était un autre temps. Si les Goncourt vivaient de nos jours, sûr qu'ils auraient fait un tabac sur les réseaux sociaux. 

Nous recevons ce matin l'écrivain et bibliothécaire Pierre Ménard, pour son dernier ouvrage Les infréquentables frères Goncourt, paru en janvier 2020, chez Tallandier. 

Les frères Goncourt sont de terribles personnages extrêmement méchants. Des teignes, qui disent du mal de tout le monde, de leurs amis, de leurs ennemis, de leur famille. Ils vont toujours avoir un mot méchant, un portrait au vitriol. Par exemple, quand ils parlent de Renan avec qui ils dînent, ils parlent d'une "tête de veau qui a des rougeurs et des callosités de fesses de singe". Ils se moquent de Leconte de Lisle, dont la voix ressemble à "une tranche de melon que l'on couperait avec un couteau". Toujours de la méchanceté, mais ce qui m'intéressait, c'était justement de sortir de cette image qu'on avait aussi et d'essayer de restituer leur place dans le paysage littéraire. Pierre Ménard

Les frères Goncourt, c'est un peu comme Coca-Cola. Tout le monde connaît leurs noms par le prix Goncourt, qui est le prix le plus prestigieux en France et un des plus prestigieux dans le monde, en revanche on connaît très mal ceux qui se cachent derrière. Il y a effectivement deux hommes, Edmond de Goncourt qui est né en 1822 sous Louis XVIII et Jules de Goncourt né en 1830 sous Louis-Philippe. Ils vont écrire à quatre mains et vont produire une œuvre vraiment protéiforme. On y trouve des romans qui ont lancé le mouvement naturaliste, mais aussi des livres historiques, dont certains sont très bons, des biographies, ainsi que tout un travail sur l'art du XVIIIe siècle. Et puis, bien sûr, leur journal. Pierre Ménard

Dans la préface de "Germinie Lacerteux", les deux frères disent qu'il faut "mépriser le public, le violer, que le public c'est de la boue qu'on pétrit". Il y a toujours cette volonté de choquer le bourgeois. En revanche, lorsqu'ils écrivent leur journal, il est destiné à une publication posthume. Ils ne savent pas trop quand ils vont le publier, mais ce sera après leur mort. Ce qui leur permet d'avoir une grande liberté de ton et de rencontrer des gens comme Flaubert ou George Sand, de leur envoyer des lettres mielleuses, d'être très amis avec eux et d'écrire des horreurs sur eux dans leur journal. Le grand scandale c'est qu'en 1885, alors qu'Edmond sera au soir de sa vie, il commencera à publier ce journal en expurgeant les passages les plus méchants, mais en créant un énorme scandale. Pierre Ménard

Sons diffusés : 

Archives:

  • André Billy, Le vrai journal des frères goncourt, 30/06/1958 
  • Roland Dorgeles, Journal des Goncourt, RTF, 14 mai 1956 
  • Michel Bouquet dans, Les Goncourt, Tels qu'en eux-mêmes, RTF, 18/01/1973

Musique : Langue de Pute par Anne Sylvestre 

Lectures par Daniel Koenigsberg : 

  • Ouverture du Journal des Goncourt, lettre du 2 décembre 1851.
  • Théophile Gautier, Portraits contemporains. Littérateurs, peintres, sculpteurs, artistes dramatiques, Paris, G. Charpentier, 1874.
  • Théophile Gautier à sa fille, rapporté dans Judith Gautier, Le Collier des jours. Le second rang du collier, souvenirs littéraires, Paris, Félix Juven, s.d.
  • Extrait du Journal des Goncourt, 28 décembre 1862
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