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Madame du Coudray. 1833.
Épisode 2 :

Angélique du Coudray, première sage-femme enseignante

54 min
À retrouver dans l'émission

Qui était Angélique du Coudray ? Comment une activité de soin qui nous semble immémoriale s’est-elle professionnalisée ?

Madame du Coudray. 1833.
Madame du Coudray. 1833.

Aujourd'hui, dans le cours de l'histoire, il est question de ventre et plus précisément de ventrière. Quel mot étrange : ventrière ! Les charpentiers qui nous écoutent savent qu'il s'agit d'une grosse pièce de bois dans l'assemblage d'une charpente. Les marins ou les ouvriers des chantiers navals, eux, savent qu'il s'agit de la pièce de bois concave sur laquelle on pose le navire avant son lancement. Et les passionnés d'équitation, de leur côté, diront que ventrière est la courroie sous le ventre du cheval au moment de l'arnachement. Mais si quelques uns de nos ancêtres nous écoutent de loin, de très loin, d'avant le siècle passé, avant même le 19ème siècle, ils savent qu'une ventrière est une sage femme, du temps où celle qui pratiquait l'art de faire naître les enfants ne pouvait pas dire qu'elle formait une profession, non, elle donnait la vie. Elle était alors matrones, accoucheuses et donc ventrières. L'art de l'accouchement est millénaire. Mais comment est il devenu un enjeu social, voire politique? Partons à la rencontre d'Angélique Du Coudray, sage femme et enseignante au 18ème siècle.

Pour en parler, nous recevons ce matin Nathalie Sage-Pranchère, docteure en histoire contemporaine, archiviste-paléographe, professeure en lycée et chercheuse associée au CRM (Paris-Sorbonne et CNRS). Elle est l’auteure de deux thèses : une thèse de l’Ecole des Chartes intitulée Mettre au monde. Sages-femmes et accouchées en Corrèze au XIXe siècle publiée en 2007, et une thèse de doctorat en histoire intitulée L'école des sages-femmes: naissance d'un corps professionnel, 1786-1917, soutenue en 2011 et publiée aux Presses Universitaires François Rabelais en 2017.

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Angélique du Coudray, c'est une grande sage femme du 18ème siècle. Angélique du Coudray, c'est véritablement la première figure de sage femme enseignante à l'aura véritablement national pour la France du 18ème siècle. Des sages femmes qui ont enseigné, à peu d'élèves ou un peu plus, on en a eu avant. On a eu Louise Bourgeois, qui était sage femme de la reine au 17ème. Marguerite Delamarche à la fin du 17ème siècle qui est à l'Office des accouchés de l'Hôtel-Dieu. Mais Angélique du Coudray, c'est véritablement la sage femme qui va aller former d'autres sages femmes sur l'ensemble du territoire. Près de 5 000 en une trentaine d'années d'itinérance dans les différentes provinces françaises. Nathalie Sage-Pranchère

_I_l existe évidemment, avant le 18ème siècle, tout d'abord, des structures de formation. La France compte depuis le 14ème siècle la principale, voire la seule, école de sages femmes européennes qui à l'Office des accouchés de l'Hôtel-Dieu de Paris. Au delà, il y a une transmission interpersonnelle qui se fait de sages femmes à élèves sages femmes, apprentis sages femmes, tout au long des 16ème, 17ème, 18ème siècle. Mais il faut noter qu'à partir du début du 18ème siècle, une inquiétude populationnelle se fait jour dans le royaume de France. Montesquieu, dans ses Lettres Persanes, fait dire à ces persans que le monde est en état de langueur, que le nombre d'habitants semble se réduire, et très rapidement, cette réduction du nombre d'habitants, on va l'associer à une moindre qualité des sages femmes, au fait que ces matrones peu formées seraient au fond des dangers pour la population. Et c'est à partir de cette période là que la volonté de former de plus en plus de sages femmes pour finalement sauver des mères et des enfants va se faire jour et on la voit mise en œuvre à partir des années 1750. Angélique du Coudray est la première grande figure de cette politique de formation des accoucheuses. Nathalie Sage-Pranchère

_E_n fait, il y a peu de maternités à l'échelle de la France. Il en existe une à Paris, c'est l'Office des accouchés de l'Hôtel-Dieu qui reçoit traditionnellement depuis la fin du Moyen Âge, des femmes en couches. Mais c'est vraiment un cas tout à fait à part à l'échelle nationale. Il y a d'autres espaces qu'on va appeler des gésines qui sont souvent des pièces réservées à l'intérieur des hospices. Je pense en particulier à la gésine de l'Hôtel-Dieu de Rouen. Mais évidemment, ces institutions reçoivent très peu de femmes en couches parce que accoucher hors de chez soi correspond à une marginalité sociale. Quand on accouche hors de chez soi, c'est qu'on ne peut pas accoucher chez soi. C'est soit qu'on est trop pauvre pour pouvoir accoucher dans l'espace où on vit, soit qu'on est dans une situation de marginalité conjugale et que donc on est une fille mère, telle qu'on les appelait à l'époque, qu'il faut finalement aller se réfugier dans cette gésine hospitalière. Nathalie Sage-Pranchère

Sons diffusés : 

Lecture par Daniel Kenigsberg : Lettre de Turgot, intendant du Limousin à Boutin, 6 décembre 1763.

Archives : 

  • Extrait du reportage télévisé Naissances à la campagne, RBF, 1964, Archives INA
  • Interview de Jacqueline Manicom, sage-femme guadeloupéenne, par Jacques Chancel, en 1974

Musiques :

  • On dit que je ne suis pas sage par Jeanne Moreau
  • Définitivement de Grand Corps malade

Générique de l'émission : Origami de Rone

Intervenants
  • historienne, archiviste-paléographe, thèse «L’école des sages-femmes. Les enjeux sociaux de la formation obstétricale en France, 1786-1916»
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