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Investissements dans la logistique du marché de l'art : les ports francs, grands gagnants d'une décennie de mondialisation?

4 min
À retrouver dans l'émission

La confirmation récente de l'ouverture d'un port franc pour les œuvres d'art au Luxembourg en 2014 marque les ambitions d'un secteur du transport des œuvres en pleine croissance... Jamais la demande de stockage défiscalisé n'a été aussi importante et les nouveaux « duty-free » du marché de l'art suivent ses évolutions, voire tentent de les précéder.

Avec ce soir : Yves Bouvier , directeur de la société suisse spécialisée dans la logistique des œuvres d'art Natural Le Coultre et l'ancien rapporteur culturel du Grand Paris et Président de Vallée Culture 92 Daniel Janicot .

Avatars du système genevois

Avec le port franc luxembourgeois prévu pour l'automne 2014, le nombre des ces zones de transit d’œuvres sera passé de un à trois en quatre ans. Ses 20 000 m² représenteront une capacité à-peu-près équivalente à celle de Singapour, ouvert en 2009 et qui devrait doubler, quand en Chine, ce devraient être 60 000 m² d'emblée dont devraient disposer le marché pékinois d'ici 2016. A terme, ses dimensions pourraient être pharaoniques : 700 000 m².

Parallèlement, parmi la douzaine de sites que compte la Suisse, les 140 000 m² du site historique de Genève s'agrandit depuis deux ans à cause d'une saturation devenue chronique. 40 % de la surface genevoise est constituée d’œuvres d'art.

Avec 17 000 m² sous sa responsabilité, c'est la principale utilisatrice des Ports Francs de Genève dans le domaine de l'art, la Société Natural Le Coultre qui est à l'origine de ce mouvement et qui prend le contrôle du marché avant une baisse relative mais inéluctable de la part prise par Genève.

Son directeur Yves Bouvier dit rester attentif aux implantations nouvelles du marché de l'art comme dans le Golfe Persique d'où il est revenu récemment, et où il dit avoir eu des échanges « instructifs » mais pas encore « concluants ». Pour lui, il s'agit surtout de constituer des « hubs », autrement dit des plate-formes logistiques capable de concentrer et de disperser rapidement les œuvres d'art.

Flou juridique et monétisation de l’œuvre d'art

Le principe de tous ces ports-francs reste le même : une zone où les œuvres d'art peuvent être stockées voire échangées en profitant d'une franchise douanière temporaire avant arrivée à la destination finale. On en comprend l'utilité dans le cadre d'un prêt pour une exposition par exemple.

Or, à l'intensification réelle des échanges entre galeries, foires, musées et particuliers, viennent s'ajouter des pratiques spéculatives liées au caractère incertain juridiquement des œuvres. Tant qu'elles sont considérées « en attente » dans les entrepôts, elles peuvent tout aussi bien s'échanger comme des titres boursiers sans même qu'il y ait besoin de les déplacer physiquement. Pour certaines importantes collection privées, ce sont 80 % de leur fonds qui est ainsi stocké.

La crise de 2008 et l'apparition d'une quarantaine de fonds d'investissement en quête de diversification de placement et donc d’œuvres d'art a accéléré la hausse de la demande. C'est ce qui explique le choix du Luxembourg, déterminé par ses pures capacités logistiques et qui marque la confiance renouvelée d'un secteur qui vit de l'art presque paradoxalement d'autant mieux le léger recul de 6 % du marché en 2012 favoriserait le stockage des œuvres.

La tentative parisienne

En 2009 le président du projet Vallée Culture 92 également rapporteur culturel du Grand Paris Daniel Janicot évoquait pour le New York Times l'installation d'un port franc sur l'île Seguin (anciennement Renaut Billancourt) pour 2010. C'est presque la seule fois que le projet a été évoqué tel quel.

Les ambitions ont sans doute été revues à la baisse : après avoir été dépassé par la Chine en 2007, le marché de l'art français reste bon quatrième mondial, mais ne représente que 2,5 % du total. La loi suisse sur l'obligation d'un inventaire détaillé des collections des ports-francs en 2009 avait peut-être laissé espérer en l'opportunité d'un « hub » français à la manière genevoise mais c'est finalement Genève qui a repris la main :

Un an plus tard le projet réapparaît sous un nouveau nom, sous la tutelle de Natural Le Coultre qui l'a adapté en lui donnant une teinte plus parisienne : festive et grand public. Le R4 se présente comme un centre mixte de stockage et d'exposition pour les galeristes parisiens. Daniel Janicot refuse d'ailleurs maintenant l'appellation de « port franc » qu'il juge trop professionnelle : pour lui les galeriste peuvent déjà bénéficier de franchises douanières dans certaines conditions, mais pas d'un espace d'exposition suffisant et suffisamment peu coûteux il suffit donc d'ajouter des murs et un toit à une liste d’œuvres temporairement dédouanées déjà existante.

Ce qui est sûr, c'est que localement presque tous les possesseurs d'art en ville sont confrontés à une raréfaction de l'espace disponible pour le stockage, que ce soit à cause des prix de l'immobilier ou simplement des dimensions des œuvres contemporaines. Et les grands galeristes ont déjà décidé de s'installer hors de Paris, par leurs propres moyens.

Xavier Martinet

L'équipe
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