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Un visage pour « L'Origine du monde » de Courbet : « découverte miraculeuse » ou coup monté ?

4 min
À retrouver dans l'émission

courbet
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Relayée par l’hebdomadaire Paris-Match, c’est la première fois qu’une telle thèse est défendue par un expert. Une thèse à la fois sensationnelle et perturbante. Si elle était avérée, "L’Origine du monde" exposée au Musée d’Orsay ne serait pas un tableau original, mais un fragment d’un tout qui comprendraitdonc aussi ce visage. L’argumentation est claire, mais jusqu’à ce soir les autres spécialistes sont sceptiques.

Avec ce soir dans le Journal de la culture les avis de :

Thierry Savatier , historien de l’art et auteur de "L’Origine du monde, histoire d’un tableau de Gustave Courbet " (Bartillat, 2006)

Jean-Jacques Fournier , expert et fils du fondateur du Musée Courbet d’Ornans, dans le Doubs (qui était également auteur des deux premiers catalogues raisonnés). Découvrez ses arguments en vidéo ci-dessous.

Frédérique Thomas-Morin , conservatrice du Musée Courbet d’Ornans.

Le dessin le montre
L'aventure de la « découverte » telle que la présente Paris-Match commence il y a deux ans : un homme appelé « John » achète un tableau 1.450 euros chez un brocanteur il y a environ deux ans. Ce tableau représente un visage de femme légèrement rejeté en arrière qui repose sur une chevelure sombre et bouclée, et peint d'une manière qui évoque les styles de la deuxième partie du XIXe siècle.

A partir de là l'histoire est belle comme une épiphanie : contemplation, méditation et enfin révélation ! L'œil et le sang du propriétaire ne font qu'un tour : c'est un Courbet, c'est le visage de L'Origine du monde !

Pour Paris-Match, l'argumentaire technique de l'expert privé Jean-Jacques Fernier , est probant. Le magazinepublie en Une le montage réalisé par Jean-Jacques Fernier censé illustrer la manière dont les deux tableaux s'assembleraient comme deux fragments d'une seule œuvre plus grande. Le tout est plaqué sur un crayonné inspiré d'un autre tableau contemporain peint par Courbet, la Femme au perroquet .

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La cote grimpe
En fait, entre-temps, « John » s'est rendu à la galerie parisienne spécialisée Brame et Laurenceau. Il pense qu'il s'agit d'un des nombreux portraits peints par Carolus Durand, contemporain de Gustave Courbet. Or sur place, Sylvie Brame ne reconnaît pas le style de Durand et suggère au passage à « John » qu'il pourrait s'agir d'un Courbet.

Le propriétaire, qui selon nos sources n'est pas un collectionneur avisé, contacte alors apparemment plusieurs experts, puisque Thierry Savatier soulignait qu'il avait lui-même été sollicité et qu'il avait décliné. Il avait même mis en garde le propriétaire contre des conclusions trop précipitées. Combien d'autres démarches a-t-il encore entrepris ? Impossible de le savoir. Toujours est-il que l'affaire échoit à Jean-Jacques Fernier .

En novembre dernier enfin, « John » s'est chargé en personne de porter son tableau dans un laboratoire spécialisé privé pour en faire analyser certaines parties spécifiques. D'après nos informations, il voulait les comparer avec des résultats d'analyses effectuées sur L'Origine du monde il y a une dizaine d'années. Le laboratoire a rendu les analyses au propriétaire mais personne n'a pu effectuer la comparaison, sinon Jean-Jacques Fernier.

Le fils de Robert Fernier, auteur du catalogue raisonné et fondateur du musée Courbet d'Ornans, est un expert reconnu dans les ventes aux enchères. Selon Paris-Match, la valeur de la toile pourrait passer de 1.450 à 40 millions d'euros, et les collectionneurs prendraient l'affaire au sérieux. Mais la thèse inspire des doutes plus ou moins prudents parmi les professionnels. Le JDC les exposait ce vendredi soir.

Seul le mystère reste entier
Jean-Jacques Fernier est donc le seul à avoir vu les deux œuvres mais le laboratoire des musées de France est le seul à pouvoir donner un avis en principe impartial. Pour pouvoir commencer à valider la thèse d'une complémentarité entre les deux peintures, et en admettant que l'intention de Gustave Courbet n'a pas été de cadrer la toile autour d'un sexe féminin, il faut donc prouver :

  • que les deux tableaux sont bien des découpes, et non des œuvres singulières. Ce qu'affirme Jean-Jacques Fernier, ce que dément le Président du musée d'Orsay, Guy Cojeval. Ce vendredi, le Musée d'Orsay est sorti de sa réserve face à "des hypothèses fantaisistes", assurant dans un communiqué que "L'Origine du monde" n'a pas de visage".

  • que les pigments et la fibre de la toile correspondent. Du moins concernant la fibre, Jean-Jacques Fernier en est certain. Est-ce une condition suffisante ? Ce genre de toile est très commune à l'époque (1866) précisent Frédérique Thomas-Morin et Thierry Savatier.

  • que la position anatomique des deux parties du corps correspondent – pour le peu que l'on peut déduire à partir de tableaux qui ne représentent eux-même que des fragments de corps.

  • enfin, que deux parties d'une même œuvre aient pu être peintes par deux personnes différentes. Courbet a pu comme d'autres ne pas terminer (ou commencer) seul ses tableaux. Mais deux styles dans la même œuvre ? Pourquoi le maître aurait-il commencé l'entrejambe, et laissé son élève finir le visage ? Pour le vendre à un client pressé ! explique Jean-Jacques Fernier.

Que veut dire alors ce drap sous lequel disparaît le cou de la femme de L'origine du monde ? Pourquoi la tête réapparaîtrait-elle subitement de l'autre côté alors qu'elle semble au contraire s'y enfouir? L'histoire ne le dit pas.

Xavier Martinet, avec la collaboration d'Eric Chaverou

L'équipe
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