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Franck Gehry, Bernard Arnault, François Hollande et Anne Hidalgo devant la maquette du projet

Bernard Arnault s’empare du musée des Arts et Traditions Populaires pour 158 millions d’euros pour en faire "Maison LVMH, Arts, Talents et Patrimoine"

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François Hollande et Anne Hidalgo confient la résurrection du bâtiment du musée des Arts et Traditions Populaires, abandonné depuis 12 ans, au groupe LVMH. Cette montée en puissance du groupe de luxe dans le champ culturel parisien doit être validé par le Conseil de Paris.

Franck Gehry, Bernard Arnault, François Hollande et Anne Hidalgo devant la maquette du projet
Franck Gehry, Bernard Arnault, François Hollande et Anne Hidalgo devant la maquette du projet Crédits : CHRISTOPHE PETIT TESSON / POOL / AFP - AFP

Avec ce projet, le groupe de Bernard Arnault récupère là un bâtiment et un projet quasiment oublié et en piteux état, mais assoit sans conteste sa domination sur le champ culturel et sur l’Ouest parisien. Présenté comme un sauvetage inespéré par le chef de l’Etat et la maire de Paris, ce partenariat fait aussi grincer quelques dents, puisqu’il entérine la montée en puissance des fondations privées. Pourquoi un sauvetage ?

De 1937 à 2005, un musée ethnographique

Parce que ce musée des Arts et Tradition Populaires était, semblait-il, arrivé en fin de parcours. Cet établissement public fondé en 1937 par Georges Henri Rivière, était installé depuis 1972 à la porte des Sablons dans le bois de Boulogne (16e arrondissement de Paris), juste à côté de l’actuelle Fondation Louis Vuitton, et présentait une vision synthétique de la société française traditionnelle, depuis le XIXe siècle jusqu'aux années 1960. Le musée ferme néanmoins en 2005 : le bâtiment, dessiné par Jean Dubuisson et emblématique de l’architecture des années 70, est bourré d’amiante. Le désamiantage est évalué entre 50 M€ et 80 M€ par un rapport de la cour des comptes en 2014 ; une somme que ni l’Etat, ni la Ville de Paris ne veulent payer. La mort du musée est quasi actée lorsqu’une partie de sa collection est transférée au Mucem de Marseille.

La façade du musée dessinée par Jean Dubuisson, archétype de l'architecture des Trente Glorieuse
La façade du musée dessinée par Jean Dubuisson, archétype de l'architecture des Trente Glorieuse

Et finalement ce mercredi la ville de Paris, qui est propriétaire de lieux, et l’Etat qui en est le concessionnaire annoncent en grand pompe qu’ils confient le musée au milliardaire Bernard Arnault, fort du succès de sa fondation, située à quelques centaines de mètres de là, auréolée du succès de l'exposition consacrée à la collection Chtchoukhine, visitée par plus d’un million deux cents mille visiteurs. L’homme d’affaire français va faire réhabiliter le lieu par le starchitecte Frank Gehry, déjà l’œuvre pour la Fondation Louis Vuitton voisine, le tout pour 158 millions d’euros. Il obtient de ce fait une concession de 50 ans, et devra s’acquitter d’une redevance annuelle très faible de 150 000 euros par an.

LVMH s'offre un musée que personne ne veut désamianter

Le projet de Frank Gehry pour le bâtiment, qui devient blanc pour faire écho à la Fondation Louis Vuitton, à quelques centaines de mètres de là.
Le projet de Frank Gehry pour le bâtiment, qui devient blanc pour faire écho à la Fondation Louis Vuitton, à quelques centaines de mètres de là. Crédits : Frank Gehry/Louis Vuitton

Un projet totalement transformé qui porte la marque de LVMH

Il ne s’agit plus d’un musée, même si le projet reprend les mêmes initiales que son ancêtre, mais bien d’une maison «Maison LVMH, Arts, Talents et Patrimoine». Fini le parcours scientifique dédié à la forge du Queyras ou à la ferme de Basse-Bretagne, qui n’attirait plus les foules. Bernard Arnault ambitionne de faire de ce lieu de 13.600m2 une maison à vocation «mécénale», qui célèbrera les savoir-faire du luxe. On y trouvera des lieux d’exposition et de concerts avec la création d’un auditorium de 2 000 places, et une autre salle de 700 places dédiées aux concerts, une résidence d’artistes, un restaurant panoramique gastronomique au 8e étage de sa tour centrale et surtout l’Institut des métiers d’excellence, jusqu’ici sans domicile fixe.

Si le Conseil de paris donne son aval lors de la prochaine session à la fin du mois, l’un des chantiers les plus importants de la capitale débutera dans les semaines qui suivent. Mais les recours ne sont pas exclus, loin de là. C’est le deuxième bâtiment public qui tombe dans les mains du privé en deux ans. L’annonce très protocolaire faite hier, rappelait fortement celle qui a eu lieu l’année dernière à peu près à la même époque et validait la concession d’un autre bâtiment public classé, en plein cœur, de Paris à François Pinault, homme d’affaire et grand rival de Bernard Arnault, pour qu’il y loge sa propre fondation d’art contemporain. Mais ici, on l’aura compris, c’est la première fois que le contenu du projet proposé est en lien direct avec l‘activité du concessionnaire, et fonctionne de manière assumée comme une vitrine. Verdict donc à la fin du mois.

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