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Laurence Equilbey, l'une des rares cheffes d'orchestre françaises

Où sont les femmes dans la culture ? Toujours pas là

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La SACD compte minutieusement la présence des femmes dans tous les secteurs et à tous les postes de la culture depuis 5 ans. Et lance un cri d'alarme à la veille de l'élection présidentielle.

Laurence Equilbey, l'une des rares cheffes d'orchestre françaises
Laurence Equilbey, l'une des rares cheffes d'orchestre françaises Crédits : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP - AFP

Alors que s’est ouvert hier à Deauville le Women’s Forum, je reviens sur ce cri d’alarme lancé en début de semaine par la SACD, la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, qui depuis 5 ans maintenant compte méthodiquement la part des femmes aux postes de direction dans la culture, mais aussi le nombre de femmes artistes ou auteurs programmées sur les scènes ou dans les festivals subventionnés. A la veille de l’élection présidentielle, la SACD fait le bilan de ces cinq ans de travail et de résultats, et , soyons clair : il est très mauvais, voire catastrophique dans certains domaines.

Et rend compte d’un terrible constat : alors que les femmes ou les filles représentent en moyenne 52% des élèves en arts du spectacle, (elles sont donc plus nombreuses que les garçons au départ), entre les études et la vie professionnelle, elles ont une fâcheuse tendances à disparaître. Elles ne représentent en effet que 37% des chorégraphes, c’est déjà peu mais la danse reste le domaine où elles sont les plus présentes, puisque seuls 27 % des metteurs en scène sont des femmes, 4 % des cheffes d’orchestre et à peine 1 % de compositrices.

Moins de 30 % de femmes dans les programmation

Quand on regarde la part des femmes programmées dans les grandes instituions publiques, les résultats sont là encore peu reluisants : dans les orchestres nationaux, on arrive même pas au seuil de 30 % de femmes programmées dans les orchestres nationaux ou maisons d'opéra (la moyenne se situe plutôt sous les 15 %), c’est un peu mieux dans les Théâtre Nationaux et Centre Dramatiques Nationaux, mais là encore, on arrive péniblement et rarement au niveau de 30 % de femmes programmées. Or, dans son rapport de 2007, Reine Prat établit justement à 33 % le seuil à partir duquel le groupe minoritaire n’est plus perçu comme tel. Les femmes sont donc minoritaires dans la culture.

Plus de femmes aux postes de direction et dans les jurys

Si les femmes sont si peu programmées, c’est peut être car elles sont très peu nombreuses aux postes de direction dans la culture. C'est l’une des principales explications, et donc l’une des principales revendications des femmes aujourd’hui : être plus présentes dans les jurys de sélection ou les commissions et aux postes de direction: aujourd’hui les femmes représentent moins de 12 % des directeurs de théâtre nationaux, 11 % des directeurs d’opéra. Houda Benyamina, la réalisatrice du film « Divines » a d’ailleurs poussé un grand cri de colère en ce sens lorsqu'elle a reçu sa Caméra d’Or le printemps dernier à Cannes.

Il faut dire que les réalisatrices sont elles aussi très minoritaires. Plus inquiétant, leur part ne cesse de baisser. Seuls 14 % des films sortis sur les écrans français en 2015 étaient réalisés par des femmes, contre 25 % en 2012. Le seule domaine où, en 5 ans, la part la place des femmes a significativement augmenté est celui de l’audiovisuel. En 2015, 60 % des présidents de chaînes étaient des présidentes, et 67 % des postes de direction d’antenne ont été confiées à des femmes.

Comment atteindre de tels chiffres dans tous les autres domaines de la culture ? Parmi les propositions de la SACD , certaines semblent s’imposer: rendre la parité obligatoire dans les jurys et autres comité d’experts qui dépendent du ministère de la culture, mais aussi mettre en place des objectifs chiffrés : 5 % de femmes par an dans les programmations de spectacles vivants sur 3 ans sous peine de sanctions. Mais surtout, et c’est peut-être la mesure la plus essentielle, tout simplement rendre obligatoire les indicateurs de mixité dans les programmations. Car si ces chiffres progressent si peu et que personne ne semble s'en préoccuper, c’est souvent parce qu’ils n’existent tout simplement pas, et ne sont donc pas visibles. La ministre de la Culture, Audrey Azoulay a laissé entendre qu’elle pourrait annoncer des mesures en ce sens, à l’issue du prochain comité interministériel sur l’égalité homme-femme d’ici la fin du mois.

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