LE DIRECT
Capture d'écran du troisième débat de la primaire à droite sur France 2

Culture: quelles sont les propositions des candidats à la primaire de la droite ?

7 min
À retrouver dans l'émission

La culture n'a pas été évoquée une seconde lors des trois débats de la primaire de la droite. Quasi-absente de la campagne, elle ne semble pas représenter un enjeu majeur pour les candidats. Tour d'horizon des propositions et des positions des 7 candidats en la matière.

Capture d'écran du troisième débat de la primaire à droite sur France 2
Capture d'écran du troisième débat de la primaire à droite sur France 2 Crédits : Aurelien Morissard / IP3 - Maxppp

Mis à jour le 18 novembre

Recenser les propositions en matière de culture dans cette campagne des primaires n’est pas chose aisée, parce que le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas un thème de campagne majeur. Ce qui en soi est une information. Il est très difficile d’ailleurs de connaître la position de tous les candidats sur la question, entre les projets consultables sur leurs sites (parfois lacunaires) et leurs déclarations dans la presse. Chez Jean-Frédéric Poisson et chez Nathalie Kosciusko-Morizet, c’est simple, il n’y a pas de volet culture dans les projets consultables par le grand public. Et à ma connaissance, aucun des deux ne s’est exprimé sur le sujet au cours de la compagne, si l'on exclut le thème plus large du numérique, qui est l’un des thèmes récurrents chez NKM.

Jean-François Copé, qui pourtant se dit hypersensible à la musique, n'y consacre pas une ligne dans son projet. Le seul point évoqué est celui des intermittents, et l’on y reviendra. En revanche, les équipes de François Fillon, Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire ont planché sur la culture, présente dans leur programme, mais dans des proportions diverses et avec des propositions qui bien souvent se recoupent.

Nicolas Sarkozy y consacre une demi-page dans son programme, dans la rubrique "identité" et ne fait pas de grande déclaration de principe.
Chez Francois Fillon, neuf pages sont dédiées à la culture et une introduction qui se veut forte,
dans laquelle il énonce que « la culture est le socle de notre identité et de l’influence française dans le monde », et où il indique vouloir mettre au cœur de son projet « une politique culturelle forte assumant de priorités claires. »
Bruno Le Maire, avec 24 pages (à l’impression) et 8 chapitres, est celui qui fait le plus de propositions en la matière et les plus détaillées.
Il ouvre cette partie de son « contrat présidentiel » avec une auto-citation : « la culture nous libérera, ne la considérons pas comme une accessoire. » Dans sa longue introduction, il met l’accent sur la culture comme outil de rayonnement de la France et comme source d’emploi et de revenu économique. Et indique en Une de son site que la France doit être fière de sa culture et de son génie créatif.

De manière paradoxale, le seul qui semble avoir voulu faire de la culture l’un des thèmes majeurs de sa campagne est Alain Juppé, qui s’est fendu d’un discours fort en la matière à Bordeaux lors du forum d’Avignon le « Davos de la culture", au printemps dernier. Pas de propositions précises et chiffrées dans son programme mais une déclaration de principe forte. En substance, il déplore l’essoufflement du modèle français, dénonce deux quinquennats, ceux de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, qui n’ont pas fait à la culture toute la place qu’elle mérite. Il est celui qui, dans le discours tout du moins, revendique la position la plus volontariste, et érige la culture en pilier, avec le patrimoine et l’éducation de son projet national.

Patrimoine

Chez les quatre candidats qui ont pris la peine de faire des propositions, on retrouve beaucoup d’idées communes. Beaucoup de propositions semblent avoir circulé entre les candidats, avec seulement quelques nuances. Bruno Le Maire reste le plus exhaustif et le plus précis. Parmi les tendances les plus fortes, on peut noter la place cruciale accordée au patrimoine. Les quatre candidats dénoncent un désengagement coupable de l’État en la matière sous le quinquennat de Hollande. Alain Juppé propose la convocation d’Etats généraux du patrimoine et un plan décennal destiné à assurer la transmission des savoir-faire. François Fillon, lui, prône de réinvestir massivement dans la restauration du patrimoine : 400 millions d'euros par an au lieu de 328 aujourd’hui. Même chose chez Bruno Le Maire qui veut y consacrer 2 milliards d’euros en 5 ans. Nicolas Sarkozy surenchérit avec 1 milliard et demi réinvestis d’ici 2020. Une autre proposition pour le moins originale est commune aux trois candidats (Le Maire, Fillon et Sarkozy). Elle est relative aux collections des Frac, les Fonds Régionaux pour l’Art Contemporain, dont tous estiment qu’elles sont mal exploitées, peu connues du grand public, et proposent qu’elles soient optimisées et exposées dans les espaces publics (préaux des écoles, hôpitaux, etc.). Nicolas Sarkozy demande même à ce que les conditions d’acquisitions de ces œuvres contemporaines soient rendues publiques.

La culture comme outil économique

Si peu s’étendent sur le soutien à la création (Bruno Le Maire et Sarkozy évoque un soutien notamment numérique aux artistes qui vivent en région), tous mettent aussi présentent avant tout la culture comme un levier économique. Et ils font des propositions libérales pour « libérer » le potentiel économique du secteur culturel. Bruno Le Maire demande la suppression de la TVA à l’importation, qui freine selon lui l’achat d’œuvres d’art, pour refaire de Paris une place centrale du marché de l’art. Lui qui prône aussi la suppression de l’ISF refuse évidemment que l’art soit pris en compte dans le calcul de l’import. Nicolas Sarkozy propose quant à lui d’appliquer la même TVA réduite à 5 % à tous les secteurs culturels sans distinction. François Fillon veut élargir les horaires d’ouverture des musées, le dimanche et tous les jours de la semaine, en misant notamment sur le bénévolat. Tous enfin insistent sur l’importance de développer le mécénat, Alain Juppé en tête, qui prône un acte II à la loi Aillagon. Autre constante, tous se disent attachés aux droits d’auteurs et prônent une réhabilitation et une montée en puissance d’Hadopi, autorité créée sous Sarkozy et aujourd’hui presque morte, pour lutter contre le piratage. L’idée de contraindre les GAFA (les géants comme Facebook, Google, Amazone etc..) à financer la création en France est présente dans les trois projets, et rejoint la position traditionnelle de la France, également défendue par la gauche sur le sujet.

Intermittence

L’un des principaux points d’achoppement est le régime de l’intermittence. Jean-François Copé prévoit tout simplement de le supprimer et de faire ainsi 300 millions d’euros d’économie. Bruno Le Maire, Nicolas Sarkozy et François Fillon ont peu ou prou la même position : il faut conserver le système, mais le réformer car il perd beaucoup trop d’argent. Nicolas Sarkozy lui s’est contenté de dénoncer des fraudes, sans spécifier lesquelles, dont il faut venir à bout. François Fillon se fait plus précis : il veut exclure toute forme d'emploi pérenne, donc ce que l'on appelle la « permittence », et renoncer à l'utilisation de l'intermittence à France Télévisions ou à Radio France. Il veut à la place créer un contrat de prestataire indépendant, même si l'on sait que ce serait assez difficile à mettre en oeuvre.

Culture et éducation

Tous se disent déterminés à remettre la culture au cœur de l’éducation, et insistent par exemple sur la pratique d’un art à l’école ou sur la place plus importante de l’histoire de l’art. Sur la manière dont l’enseignement doit être mis en œuvre, les approches différent. Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire veulent remettre le conservatoire au centre de leur politique, institution, selon eux malmenée par la gauche. Tous deux indiquent que l’Etat aider les collectivités à créer plus de places, un tiers en plus pour Bruno Le Maire, deux fois plus pour Sarkozy. Ici, François Fillon se démarque clairement en voulant privilégier une approche qui concernerait tous les publics, y compris les plus éloignés de la culture en misant par exemple sur un dispositif comme Démos, qu’il souhaite voir se généraliser à tout le pays.

Audiovisuel Public

Dernier thème clivant chez les candidats au primaire de la droite, en tous cas chez les quatre qui se sont prononcés sur ce thème de la culture, c’est celui de l’audiovisuel public. Alain Juppé, s’il n’entre pas dans les détails, prône un service public fort de ce point de vue. Sur le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, institution créée par François Hollande, tout le monde est d’accord pour dire qu’il est bancal. Nicolas Sarkozy propose sa suppression pure et simple, et la nomination des directeurs de chaîne par une commission parlementaire. Pour Bruno Le Maire, le CSA doit subsister mais uniquement pour réguler les chaines privées. Ce seraient les conseils d’administration des chaines publiques qui éliraient leur propre patron. Quant aux médias de service publics, Nicolas Sarkozy prône la création d’une BBC à la française avec mutualisation de France Télévisions, de Radio France, de l’INA et de France Médias Monde, avec une rédaction transversale, moins chères donc. Bruno Le Maire est moins radical mais adhère au même modèle. François Fillon là encore se démarque en indiquant que les chaines doivent miser au maximum sur les nouveaux médias et être moins coûteuses, mais il réaffirme son attachement à France Médias Monde et aux chaines que sont RFI, France 24, et en fait un outil clef pour défendre l’influence de la France à l’étrange.

Les projets symboliques

Quelques candidats tentent de se singulariser en défendant des projets originaux ou présentés comme iconiques, censés incarner leur vision de la culture. Pour Bruno Le Maire c'est la création d'un Institut de l’Histoire et de la Mémoire de la France chargé de promouvoir une mémoire commune, avec une mission scientifique mais aussi d'animation. Il travaillerait notamment à créer huit lieux majeurs sur le territoire national correspondant à différentes périodes historiques de l’histoire de France : la Préhistoire, l’Antiquité, le Moyen Âge etc... Nicolas Sarkozy défend lui la création d'un Centre National de la Musique, qui serait l'équivalent du Centre National de la Cinématographie pour soutenir le secteur. Il propose aussi d'ouvrir une antenne du Musée d'Orsay au Havre.

A LIRE Que proposent les candidats à la primaire de la gauche en matière de culture ?

Chroniques

8H50
5 min

L'Actualité musicale

Talitres : sauts de puce et éthique sonore
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......