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"My sweet country", perfomance de  Prinz Gholam en ouverture de la Documenta d'Athènes

Entre Athènes et Cassel, la très politique et déjà polémique Documenta 14

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La manifestation européenne la plus importante d'art contemporain a lieu cette année entre Kassel en Allemagne et la capitale grecque. Baptisée "Learning from Athens", cette édition qui veut faire un pont entre les deux pays, est aussi vue comme une provocation par certains Grecs.

"My sweet country", perfomance de  Prinz Gholam en ouverture de la Documenta d'Athènes
"My sweet country", perfomance de Prinz Gholam en ouverture de la Documenta d'Athènes Crédits : Prinz Gholam - AFP

Politique, la Documenta l’a toujours été, cette grande manifestation d’art moderne et contemporain, qui a lieu tous habituellement tous les 5 ans à Kassel en Allemagne, est née en 1955 pour réconcilier le public allemand avec l’art moderne et « dégénéré », au lendemain d’une Seconde Guerre mondiale destructrice en termes de sens. Elle dure 100 jours, mais se partage cette année entre Kassel, et Athènes.

Intégrer les pratiques artistiques et démocratique de la Grèce en Crise

C’est le commissaire général de la manifestation, Adam Szymczyk, qui en 2013 a décidé de cette «délocalisation » partielle de la Documenta. Le but : interroger une Europe divisée, éviter les écueils d’une manifestation élitiste, trop euro-centrée, coupée des réalités de crises que traverse l’Europe, et surtout se saisir des pratiques artistiques et démocratiques qui émergent dans ce contexte grec de crises multiples. Artistes et curateurs de la Documenta s’installent alors en Grèce dès 2015 pour travailler en contact avec le terrain. Parmi les curateurs, certains ont issus de l’activisme comme Paul B. Preciado, commissaire d’art, philosophe et militant de la cause queer, qui a défendu ce choix dans plusieurs tribunes.

La manifestation choisit d’ailleurs de ne travailler ni avec les galeries d’art, ni avec les puissantes fondations privées financées par les amateurs grecs, devenus des acteurs majeurs de la culture, mais de collaborer avec les institutions publiques et l’État Grec.

Une Documenta dont le discours est "condamné à l'échec" ?

Sauf qu’entre 2013 et 2017, la crise économique s’est doublée en Grèce d’une crise majeure du politique, avec le « non » au référendum, la faillite de l’Etat et ce que beaucoup de Grecs ont vécu comme une trahison d’Alexis Tsipras. Pour certains à Athènes, cette Documenta, financée par l’Allemagne de l’inflexible Angela Merkel ne serait pas cohérente avec la réalité grecque, et tenterait d’imposer une vision par le haut des nouvelles pratiques artistiques, et n'aurait pas pris acte de l’effondrement de l’Etat dans le pays. Pire, les nombreux nouveaux acteurs de la culture qui ont émergé en marge des fondations privées et des institutions publiques moribondes, dans un contexte militant et qui animent aujourd’hui la vie culturelle en Grèce auraient largement été laissés de côté par l'équipe de la Documenta. Parmi les critiques, Dimitris Aleksakis, directeur de l’Atelier de réparations de Télévisions, lieu de création crée à Athènes, qui survit sans aucune subvention de l’État.

Lors d’une des premières manifestations de la Documenta, l’un des commissaires nous a dit : « Mais vous devriez monter un réseau d’échanges et de services ! » On a été estomaqués, parce que ce sont des choses que l’on fait ici depuis au moins sept ans ! Je me demande en fait dans quelle mesure le cadre de la Documenta lui-même n’est pas un malentendu ! Un cadre institutionnel de financement allemand, c’est-à-dire le pays qui nous a mis sous tutelle, et ce n’est un cadre où l’on peut développer une pratique artistique directement ancrée dans la résistance. Ce qui fait que cette Documenta d’une certaine façon, dans sa tentative de formuler un discours est condamnée à l’échec.

"Faire vivre les institutions grecques comme espaces démocratiques, sinon elles meurent"

L’équipe de la Documenta se défend d’avoir mis en place d’une délocalisation uniquement symbolique. Le curateur Paul B. Preciado, explique que lui-même voit à Athènes depuis plusieurs mois et compte y rester après la fin de la manifestation. Et défend le choix de travailler avec un État grec, même en crise.

Notre mission aussi est de réactiver les instituions publiques grecques comme endroits démocratiques fondamental. Si on ne fait pas quelque chose pour faire vivre ces institutions, elles sont mortes ! Et par ailleurs, on ne peut pas se positionner comme un groupe activiste alternatif, on est la plus grosse exposition ‘art contemporaine européenne ! Et je ne sais pas encore ce que cette initiative athénienne va apporter à la Documenta, mais je suis sûr que les Documenta qui viendront ensuite ne pourront se limiter à une historien d’art euro-centrée.

L'autre volet de la Documenta 14 sera visible à Kassel à partir du 10 juin et jusqu'à la mi septembre.

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