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La toile retrouvée à Toulouse représente Judith en train de tuer Holopherne, un thème choquant à l'époque du Caravage,  déjà représentée par le peintre

Le "Caravage de Toulouse" est-il un authentique Caravage ? Les experts de plus en plus convaincus

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La semaine dernière le Louvre a organisé une confrontation avec d'autres toiles du maître italien, pour tenter de déterminer si le "Judith et Holopherne" retrouvé par hasard dans un grenier toulousain a bien été peint par le mystérieux peintre italien. Le débat continue de faire rage.

La toile retrouvée à Toulouse représente Judith en train de tuer Holopherne, un thème choquant à l'époque du Caravage,  déjà représentée par le peintre
La toile retrouvée à Toulouse représente Judith en train de tuer Holopherne, un thème choquant à l'époque du Caravage, déjà représentée par le peintre Crédits : Eric Turquin

Elle a été retrouvée par une famille toulousaine, dans un grenier scellé depuis 150 ans, à l'aune d'une simple fuite d'eau, comme l'a révélé la Tribune de l'Art. Elle évoque tout de suite un tableau du Caravage dont on sait qu''il a été peint en 1607, mais que l'on ne connait que grâce à une copie, réalisée par Louis Finson.

Une peinture disparue depuis 1607

En 1607, le Caravage est en fuite. Poursuivi pour assassinat à Rome, il a trouvé refuge à Naples. Il y peint en 1607 une "Madone du Rosaire", toile monumentale aujourd’hui exposée à Vienne, mais aussi une "Judith tuant Holopherne" de plus petite dimension. Un émissaire chargé d'acquérir des œuvres pour le duc de Mantoue les voit, et en fait, à l'époque, mention dans ses écrits. Mais, la même année, le Caravage décide de fuir à Malte. Il laisse les toiles à son ami mais aussi agent, le peintre-marchand Louis Finson, originaire de Bruges. Finson fait alors une copie de cette la toile, qui est était jusqu'ici la seule version connue de l'oeuvre. Car lorsque Finson meurt à Amsterdam il est encore en possession de dette Judith, qu'il cède à son associé en affaire, le marchand Abraham Vinck. Mais lorsque celui-ci meurt à son tour, deux ans plus tard en 1617, la toile ne figure pas à l'inventaire de ses biens. Elle a donc été vendue entre-temps. Mais il existe aussi des indices indiquant qu'elle aurait pu être vendue à Naples quelques mois après avoir été terminée par le Caravage . Quoi qu'il en soit, à partir de 1617, elle disparait totalement, et seule la copie de Finson témoigne de sont existence.

Comment est-elle arrivée à Toulouse ?

Difficile d'expliquer comme elle est arrivée à Toulouse. Mais, si la famille toulousaine qui a fait cette découverte a tenu à rester anonyme, on sait que l'un des ses ancêtres était un officier napoléonien, et a fait la campagne d'Espagne, où il aurait pu acquérir l'oeuvre à bas coût, comme le firent beaucoup d'officiers à cette époque.

Détail de la tête de Judith
Détail de la tête de Judith Crédits : Eric Turquin

A-t-on à faire à l'original? Chez les experts deux camps s'opposent...

Après l'avoir découverte, la famille toulousaine propriétaire de l’œuvre a confié ce "Judith et Holopherne" à l'expert parisien Eric Turquin, qui après avoir travaillé dessus pendant deux ans est persuadée d'avoir à faire à l'original perdu de l’œuvre. Mais très vite le sujet divise violemment les experts mondiaux du peintre. les Italiens Gianni Papi et Mina Gregori sont catégoriques: il s’agit d'une simple copie, les pigments et les dynamiques à l’œuvre ne sont pas ceux du Caravage. Face à eux Nicola Spinosa,ancien directeur du Musée de Capodimonte à Naples, spécialiste du Caravage le reconnait comme vrai, tout comme le James Bradburne, le conservateur à la Pinacothèque de Brera, qui intègre le tableau à une exposition consacrée au Caravage cet hiver et l'y présente comme authentique. Le geste fait scandale, mais le conservateur n'est pas licencié, signe que son authenticité convainc de plus en plus.

La Pinacothèque de Brera à Milan a fait scandale en présentant la toile de Toulouse comme authentique lors d'une exposition cet hiver
La Pinacothèque de Brera à Milan a fait scandale en présentant la toile de Toulouse comme authentique lors d'une exposition cet hiver

La semaine dernière le Louvre a organisé à huis clos une séance de travail à huis clos dans la Grande galerie du Louvre, et invité une trentaine de spécialistes de la période caravagesque à prendre le temps de voir le tableau de Toulouse aux côtés de La Flagellation du Christ de Rouen peint à Naples, mais aussi des trois œuvres de Caravage conservées au Louvre.Et la confrontation a encore convaincu un nouvel expert, le Britannique John Gash de l’University of Aberdeen, connu pour ses publications sur la peinture baroque et notamment Caravage sur lequel il prépare un ouvrage intitulé Caravaggesque Problems. Cette nouvelle déclaration en faveur de l'authenticité du tableau devrait relancer le débat

Vrai ou faux : la France n'a plus que 15 mois pour en avoir le coeur net

Si le Louvre a pris les devants, c'est que malgré les doutes, la France a classé le tableau "trésor national" en 2016. Cette procédure permet à l'Etat de bloquer la vente du tableau pendant trois ans et lui donne la préséance pour l'acheter. D'où l'urgence de l'authentifier. S'il était reconnu comme authentique, ce "Judith et Holopherne" vaudrait au moins 120 millions d'euros, une somme énorme que les musées français auraient du mal à sortir en si peu de temps. Et les défenseurs français du tableau sont inquiets: les Américains sont eux convaincus qu'ils s'agit d'un vrai Caravage et n’hésiteront pas à débourser des sommes folles, si la France le laisse filer....

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