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Vacance, 2014
Épisode 3 :

L'exposition du jeune peintre Thomas Lévy-Lasne

4 min
À retrouver dans l'émission

Xavier de La Porte vous recommande les toiles de Thomas Lévy-Lasne, peintre à la fois classique et moderne.

Vacance, 2014
Vacance, 2014 Crédits : Thomas Levy-Lasne

En fait, il s’agit d’une urgence puisque l’exposition se termine demain soir. Il faut aller vite rue Notre-Dame de Nazareht, c’est dans le centre de Paris, au numéro 27, dans une galerie qui s’appelle Backlash. Et là, comme vous n’avez pas beaucoup de temps, vous jeterez un coup d’oeil rapide au rez-de-chaussée. A la série des aquarelles de scènes de fêtes (ces corps qui dansent, boivent, et s’embrassent), vous arrêterez peut-être devant la grande peinture d’une femme fumant sur le balcon arrondi de son appartement, ou, en montant au premier étage, devant les fusains de manifestations ou de nues. Mais vous irez vite au fond de la galerie, à droite pour aller voir une grande peinture à l’huile, 1,8 m sur 1,8, que je trouve sublime. Il s’agit d’un paysage. Un paysage foisonnant. Au fond coule une rivière, qui pourrait être une gorge, avec des rochers. Et autour une végétation dense, des arbres qui penchent. Un seul être humain, qui semble minuscule dans ce paysage impressionnant. Minuscule mais paisible. C’est un homme, il est en maillot de bain, étendu sur un rocher au bord de la rivière. A côté de lui, un sac de vacance de vacances coloré. Il est étendu mais il fait quelque chose, il regarde son téléphone portable. Oui, il est là, au milieu d’une scène de nature sublime, et il regarde son téléphone.

A première vue, on pourrait y lire une critique de notre contemporanéité, ce travers que nous avons de vivre dans des réalités qui se superposent et de préférer parfois celle de nos écrans à celle de notre environnement physique. Ce n’est pas étonnant chez Thomas Lévy-Lasne qui souvent dans ses oeuvres aiment montrer des personnages dans les positions induites par nos objets technologiques. Des enfants dont les seuls les visages sont éclairés par un écran de téléphone portable qu’ils regardent dans la nuit, cette jeune femme nue, allongée sur son lit, qui regarde Facebook sur son ordinateur portable. Ou alors toutes ces dessins au fusain de scènes de sexe que l’on peut saisir quand on regarde les webcams. Thomas Lévy-Lasne aime dessiner ces positions étranges, parfois belles, parfois tristes, qui sont nos postures d’aujourd’hui. Donc oui, on pourrait voir dans cette scène de nature sublime et cet homme qui préfère son écran au paysage, une critique de notre état.

Mais j’ai eu la chance d’aller interviewer Thomas Lévy-Lasne chez lui, il y a deux ans, pendant qu’il était en train de peindre ce paysage. Et le récit de la fabrication dit autre chose. Car Lévy-Lasne est un type étrange. Il passe son temps à tout photographier. Partout où il est, il prend des photos avec ce qu’il a sous la main pour photographier, et aujourd’hui, on a toujours quelque chose sous la main pour photographier. Ensuite, il entre ses photos dans son ordinateur. Ainsi, il a une énorme base de données de photos qu’il classe, par catégories, photo de gens, photos prises à la volée dans les fêtes, photos de paysage. Et ensuite, il utilise des logiciels du type de Photoshop pour les recadrer ou créer des composition. Dans le cas du grand tableau, il m’a raconté avoir travaillé à partir de sa base données pour recomposer un paysage, plus intense, plus dense, plus composé que le paysage qu’il avait vu. Puis, il est allé chercher un personnage qu’il avait photographié ailleurs, et il l’a posé là. Et ce n’est qu’ensuite qu’il s’est mis à la peinture dans un travail de recomposition scrupuleuse, presque réaliste pourrait-on dire, d’un paysage numériquement fabriqué. Ce qui est étonnant dans le travail de Lévy-Lasne, c’est qu’il expose des oeuvres qui sont dans un sens très classiques, des peintures à l’huile, du dessin au fusain, des aquarelles, des oeuvres qui souvent d’ailleurs font références à des peintures très classiques, on y devine des références à Vélasquez ou à la La Tour. Mais des oeuvres qui non seulement saisissent notre contemporain dans ce qu’il a de plus trivial (Lévy-Lasne adore les intérieurs Ikea), de plus technologique ou techniques aussi (il adore les ordinateurs, les fils qui pendent, les chargeurs qui trainent, les lumières produites par les écrans), notre contemporain dans son aspect le plus gai ou le plus triste ; et il le fait avec les moyens techniques d’aujourd’hui, en utilisant les photos, les logiciels de recomposition d’images, les bases de données. Bref Lévy-Lasne, et à la fois un classique et un moderne, ce qui réalise tous mes fantasmes artistiques.

Voilà pourquoi il faut vous précipiter à la galerie Backlash, à Paris, au 27 de la rue Notre Dame de Nazareth, pour les deux derniers jours de son exposition qui s’intitule joliment “La fragilité”.

Lien : http://www.backslashgallery.com/

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