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L'appel du grand ailleurs
Épisode 4 :

Jack London, l'appel du grand ailleurs

3 min
À retrouver dans l'émission

Julie Gacon conseille ce matin un livre consacré à Jack London aux éditions Paulsen, beau livre d’Olivier Weber et abondamment illustré.

L'appel du grand ailleurs
L'appel du grand ailleurs Crédits : Paulsen

Un livre qui parle d’un héros tel qu’il n’en existe plus aujourd’hui tout simplement parce que l’époque ne peut plus en produire – un héros dans l’excès permanent, brûlant la vie et narguant la mort, constamment en mer dans des épopées hallucinantes, alcoolique, bagarreur, bourreau de travail et perpetuellement criblé de dettes…

Ce très beau livre d’Olivier Weber lui-même écrivain et grand reporter, fait un récit haletant de la vie de Jack London… Une vie qui n’aura duré que quarante ans mais à un rythme d’enfer.

Dès ses 14 ans, d’abord pour se soustraire à une mère artiste mais illuminée, instable, pingre au plus haut point, Jack London se met à travailler jour et nuit… Vendeur de journaux, manœuvre sur un camion de glace, garçon dans un bowling, balayeur de jardins, ouvrier dans l’enfer d’une conserverie, pilleur d’huîtres qui gagne le respect de tous les voyous de la baie d’Oakland avant de les poursuivre un peu plus tard comme gendarme des mers, chasseur de phoques, chercheur d’or au Canada où il découvre le froid… moins quarante degrés, ce froid qui « sera un personnage à part de ses romans » écrit Olivier Weber.

Extrême aussi dans sa pratique du journalisme dès 1904 quand l’Association de la presse américaine lui offre son premier reportage, à Londres, dans les bas-fonds des quartiers est avec leurs chômeurs qui crèvent de faim, leurs retraités sans le sou et leurs 35 000 sans abri… A peine arrivé Jack London enfile une casquette d’ouvrier, des vêtements élimés, « des brodequins dont il assouplit le cuir à coups de poing », et s’en va voir au plus près la descente aux enfers quotidienne des prolétaires de Londres, lui l’ancien enfant des rues, lui qui fut aussi compagnon de route de ce qu’on a appelé « l’armée industrielle de Jacob Coxey », ces cohortes de chômeurs qui pour porter la cause des indigents à Washington, ont relié à pieds la côte est à la côte ouest en 1894.

Dans l’écriture aussi Jack london est un bourreau de travail, dès les premières années après des journées harrassantes il écrit, la nuit à la lumière d’une lampe à huile… Il lit aussi, énormément - encouragé dès son adolescence par une gentille bibliothécaire à qui il sera reconnaissant jusqu’à sa mort – il découvre Kipling, Edgar Allan poe, Mark Twain mais aussi Kant et sa Critique de la raison pure, Karl Marx qu’il dévore… et puis le philosophe anglais Herbert Spencer, qui adapte l’évolutionnisme darwininen à la philosophie et au champ social…. Ses théories vont « transformer » écrit Olivier Weber la pensée politique de Jack London, qui trouve dans ces thèses le prolongement de son ressenti d’ouvrier et de marin…

C’est un élément très intéressant de la personnalité de Jack London mis en avant par Olivier Weber : toutes les contradictions dont est pétri l’écrivain engagé, que les conditions de travail à l’usine ont révolté, que les inégalités croisées en chemin ont profondément ému, et qui sera un militant de la première heure du marxisme… Mais un homme par ailleurs arriviste, opportuniste, rêvant aussi de se construire un ranch monumental.

Dans les dernières années de sa courte vie, Jack London va publier des romans qui collent mal avec son ouverture aux autres et son mépris affiché pour les coloniaux de Hawai par exemple qu’il côtoie lors d’un voyage… Des romans parcourus de principes racistes et qui prônent une théorie de la domination des races supérieures sur des dégénérés (Les Mutinés de l’Elseneur)…. Ou sur les Noirs, dans Jerry chien des îles ou l’histoire d’un cabot qui n’aime que ses maîtres blancs, sans rédemption à l’horizon…

Jack London force de la nature aura échappé cent fois à la mort… à la diphtérie, au scorbut, la malaria, l’alcool…. A 40 ans il meurt après s’être injecté une piqure de morphine sans que l’on sache vraiment si son intention était de se donner la mort… Ses manuscrits lui survivent, de nombreux romans sont publiés à titre posthume.

"Peu à peu écrit Weber, le public va découvrir l’immense talent de London, trop souvent réduit à l’écriture de romans d’aventure ou de nature… derrière le vernis d'de l’exotisme se cache tout le talent visionnaire du gars de San Francisco, son réalisme, son engagement, son humanité, son universalité".

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