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Capture d'écran du moment ou Marcel Proust apparaît dans le film du mariage

Le film "retrouvé" de Proust : un "coup" qui suscite l'émoi chez les Proustiens

6 min
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Un chercheur canadien a annoncé avoir découvert la première apparition en mouvement de l'auteur de la Recherche, filmé lors du mariage de la fille de la comtesse de Greffulhe en 1904. Cette "découverte" a provoqué un grand émoi chez les Proustiens, alors que le film était connu depuis 2012.

Capture d'écran du moment ou Marcel Proust apparaît dans le film du mariage
Capture d'écran du moment ou Marcel Proust apparaît dans le film du mariage

Vous l’avez sûrement vu ce petit film, cette image qui a fait le tour du monde en quelque jours : il s’agit d’un film de mariage, celui d’Armand de Guiche et d’Elaine Greffulhe, fille de la comtesse Greffulhe, figure de l’aristocratie du faubourg Saint-Germain, dont on sait qu’elle fut un des modèles de la duchesse de Guermantes dans la Recherche. Parmi les invités de marque, un homme qui, à la différence des autres hommes, coiffés pour l’occasion d’un haut-de-forme et vêtus d’une jaquette, ne porte qu’un chapeau melon et un pardessus. On le voit descendre en sautillant les escaliers de l’église de la Madeleine, à la 37e seconde dans la vidéo. Le film date du 14 novembre 1904, peu ou prou un an avant que Proust, grand mondain, ne se retire pour entamer l’écriture de son chef-d’œuvre, neuf ans donc, avant la publication à compte d’auteur du premier tome de la suite romanesque, parue entre 1913 et 1927. Selon Jean-Pierre Sirois-Trahan, professeur à l’université Laval, à Québec, qui se présente comme le « découvreur » de cette image, cet homme c’est Marcel Proust et cette image est la première image animée de l’auteur.

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Emoi et débat chez les Proustiens

L’emballement chez les Proustiens est immédiat et immense. Parmi eux le journaliste Jean-Paul Enthoven, auteur avec son fils Raphaël d’un Dictionnaire amoureux de Proust, paru chez Plon

Les Proustiens sont des fétichistes et là nous tenions un grand fétiche. Le proustisme est une religion, qui comme toute religion a ses dévots, ses grands prêtres… Et ses reliques ! Et là, pour la première fois nous tenions une relique en mouvement. Imaginez la tête d’un chrétien qui aurait, par je ne sais quel mécanisme magique, une vision du Christ en mouvement !

L’apparition de ce film a tout de suite suscité des débats passionnés au sein même de la communauté proustienne : si beaucoup sont émus, d’autres estiment que la seule posture proustienne possible face à un tel objet est la déception. Jean Paul Enthoven, lui entend l’argument mais le réfute.

Evidemment chez Proust, dès qu’une espérance s’accomplit, qu’un amour devient réel, qu’un tableau de Vermeer est enfin exposé au Jeu de Paume , qu’on va voir la Berma au théâtre, on est déçu. Proust est un grand amateur de déception ! Par conséquent, je pourrais très bien adopter la posture proustienne de l’homme déçu, mais je suis navré de vous le dire, je ne le suis pas, je suis ravi et cela m’a fait passer une journée merveilleuse. Savoir que Proust a été vivant, qu’il est non seulement le plus grand écrivain du XXème siècle, mais qu’en plus il a été vivant est une chose qui me plonge dans un état d’allégresse dont vous n’avez pas idée.

Photos et documents inédits, fétichisme du créateur : les « coups » se multiplient

Daguerréotype supposé de Frédéric Chopin
Daguerréotype supposé de Frédéric Chopin Crédits : Institut Culturel Polonais

Ce débat et l’émoi global suscité par la mise en circulation très médiatisée de ce film est emblématique de la fièvre relative aux documents et images « inédites ». Il y a quelques semaines, le physicien suisse Alain Kohler, passionné par le compositeur Frédéric Chopin, dont on connaît le visage surtout grâce à des portraits peints, et dont on ne connait qu'une seule photo, a annoncé avoir retrouvé la reproduction d’un daguerréotype perdu et inconnu jusqu’ici qui représente le compositeur, ce qui avait déclenché l’enthousiasme des mélomanes. Là encore, cette découverte avait été savamment orchestrée, le physicien s’étant adjoint les services d’un journaliste de RFI pour authentifier l’image et faire monter la pression plusieurs semaines avant de la dévoiler. Auparavant c’était un portrait inédit de Rimbaud en bourgeois, retrouvé dans la collection privée de la courtisane de la Belle Epoque Liane de Pougy, qui avait bouleversé les spécialistes du poète, puisqu’il y présentait un visage très différent de sa légende maudite.

Le film avait en fait déjà été « découvert » en 2012.

L'ouvrage de Laure Hillerin paru en 2014 mentionne déjà le film
L'ouvrage de Laure Hillerin paru en 2014 mentionne déjà le film

Pour mesurer l’enjeu médiatique et la logique de communication à l’œuvre dans ces « coups », il suffit d’en revenir au petit film de mariage de la fille de la comtesse Greffulhe. En réalité, il avait déjà été identifié et découverte en 2012 par Laure Hillerin, auteure en 2014 d'une biographie de la comtesse Greffulhe. Au cours de ses recherches elle l’avait déjà retrouvé aux Archives Françaises du Film, et avait tenté sans succès d’attirer l’attention de l’institution sur ce petit film. Elle n’avait finalement fait que le mentionner dans son livre et, sans stratégie de communication, sa découverte était passée relativement inaperçue, à part de quelques Proustiens.

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