LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
François Fillon le 28 août dernier, lors de son discours de Sablé-en-Sarthe

Patrimoine, financement privé, audiovisuel public : le programme culturel de François Fillon

6 min
À retrouver dans l'émission

François Fillon n'a pas prononcé de discours dédié à la culture pendant la primaire mais le candidat de la droite pour 2017 considère la culture comme "le socle de notre identité" et propose un programme très détaillé.

François Fillon le 28 août dernier, lors de son discours de Sablé-en-Sarthe
François Fillon le 28 août dernier, lors de son discours de Sablé-en-Sarthe Crédits : JEAN-FRANCOIS MONIER / AFPJEAN-FRANCOIS MONIER / AFP - AFP

François Fillon en a très peu parlé pendant la campagne de la primaire de la droite mais son programme culturel existe : il y consacre 12 pages de son projet présidentiel. Il pose la culture comme un élément clef de la construction de l’identité, comme une solution à la fracture sociale et au défi de l’intégration, un outil fondamental contre le terrorisme mais aussi un levier économique. "Alors que la culture constituait un marqueur de la gauche, celle-ci a abandonné toute ambition en la matière", écrit-il. Et François Fillon d’affirmer qu’il sanctuarisera ce budget et le maintiendra au seuil symbolique de 1 % du budget de l’Etat. Dans le même temps, il propose non pas une augmentation mais une réorganisation des crédits.

François Fillon mise sur le patrimoine

Le seul domaine finalement qui bénéficierait d’une sensible hausse de budget, c’est le patrimoine. Pour François Fillon, "agir pour la préservation du patrimoine, c’est renforcer le sentiment des Français d’appartenir à une histoire commune". Il ambitionne de mettre en place un plan "patrimoine pour tous" auquel seraient consacrés deux milliards d’euros sur cinq ans, soit environ 400 millions d’euros annuels. Ce n’est finalement pas vraiment plus important que les 340 ou 360 millions que lui consacre déjà la gauche. Pas étonnant puisque le patrimoine est un thème traditionnellement plus défendu par la droite, encore moins étonnant, quand on sait que les principaux artisans de ce programme culturel sont l’un des plus proches conseillers de François Fillon, Jean de Boishue, et surtout son épouse. Muriel Genthon, ancienne conseillère de Jean-Jacques Aillagon, quand il était ministre de la culture jusqu’en 2005, a été inspectrice générale des affaires culturelles au ministère de la Culture avant d’être nommée haut-fonctionnaire à l’Egalite femmes-hommes, toujours Rue de Valois. Elle est surtout architecte de formation et spécialiste du patrimoine, et c’est elle qui a mené un travail de terrain pour récolter les idées qui ont abouti à ce programme.

A part le patrimoine, quasiment tous les crédits sont gelés ou réattribués

Il est en effet question de donner une plus grande place pour la culture à l’école, en redonnant toute sa place à l’histoire de l’art. Originalité du programme de François Fillon : contrairement à ses anciens concurrents, il ne met pas le conservatoire au centre de l’éducation musicale et invoque plutôt les grands plans qui en Allemagne ou en Angleterre ont visé à généraliser par exemple la pratique de l’orchestre à l’école, mais il est sous-entendu qu’il incombera surtout aux collectivités territoriales d’organiser ce type de projet. En terme de création, peu de vraies propositions à part celle de mettre en place des milliers de "pépinières d’artistes" en région, qui les aideront à promouvoir leur travail, notamment grâce aux nouvelles technologies, mais François Fillon précise qu’il s’agira toujours de projets "à échéanciers précis", et qui n’auront jamais vocation à se pérenniser. Quant au régime de l’intermittence, François Fillon veut le garder mais en rétrécir sensiblement le périmètre car il coûte trop cher. En excluant par exemple toute forme d'emploi permanent et notamment les programmes "d'émission de flux", puisque près de 15 % des intermittents occupent en réalité des emplois permanents. La tâche n’est pas aisée mais François Fillon a prévu de recourir à la place à "l’utilisation de nouveaux contrats de prestation des indépendants" qu’il compte créer s’il est élu.

Pour afficher ce contenu Scribd, vous devez accepter les cookies Mesure d'audience.

Ces cookies permettent d’obtenir des statistiques d’audience sur nos offres afin d’optimiser son ergonomie, sa navigation et ses contenus. 
Gérer mes choix

Le secteur privé pour financer la culture

Alors comment garder une politique culturelle ambitieuse en gelant les crédits ? En faisant massivement appel aux ressources privées, nous dit François Fillon, qui veut mettre le paquet sur le mécénat, financement participatif (crowdfunding), partenariats publics privés (notamment avec les acteurs du tourisme). Par exemple, "les régions pourront conditionner l’octroi d’une part de leurs subventions à des projets ayant déjà rassemblé une part majoritaire des fonds nécessaires au travers d’une collecte participative. L'investissement des citoyens correspondra à des préventes". Les musées et théâtre publics seraient concernés. Ce ne serait pas indigne, écrit François Fillon. Rappelons qu’il n’y a pas là grand-chose de révolutionnaire, puisque les ressources privées sont largement sollicitées mais que le mécénat culturel est en chute libre depuis la crise de 2008.

Conserver mais réformer l’audiovisuel public

Sur l’audiovisuel public, François Fillon se montre clair, pas de volonté apparente de le remettre en cause, contrairement à ses anciens compétiteurs Nicolas Sarkozy ou Bruno Le Maire, qui voulaient un média unique sur le modèle de la BBC, mais une remise en cause de son périmètre. S’il est élu Président, François Fillon dit vouloir s’appuyer sur une "optimisation de l’offre de l’audiovisuel public avec le lancement d’une réflexion sur son adaptation aux usages liés à la révolution numérique. Le hertzien ne pouvant plus être la réponse unique", écrit-il notamment au regard des jeunes publics. Conséquence probable : une hausse de la redevance, qui serait élargie à tous les vecteurs de diffusion de programmes de télévision, notamment les ordinateurs et tablettes. François Fillon estime qu’il faut en la matière comme dans tous les autres secteurs du champ culturel "lever les barrières fiscales pour que les industries soient résolument compétitives."

Créer des "Airbus de l’audiovisuel" en France

François Fillon mise d’ailleurs sur la culture et notamment sur le cinéma et l’image comme levier économique et veut voir émerger des "Airbus de l’audiovisuel, du numérique et des nouvelles technologies". Il veut maintenir les larges crédits d’impôts accordés au secteur au cours du quinquennat de François Hollande et dit vouloir défendre le modèle français et le droit d’auteur au niveau européen, et relancer Hadopi, la fameuse autorité de lutte contre le piratage mise en place sous Sarkozy, aujourd’hui presque morte et dont les vertus théoriques et pratiques ont été largement remises en cause à gauche comme à droite. On reconnaît sans doute là la patte de la productrice de cinéma Frédérique Dumas, ancienne cadre d’Orange Studio, aujourd’hui conseillère régionale UDI, qui aurait elle aussi contribué à l’élaboration de ce programme, avant de prendre ses distance avec François Fillon en août dernier, après son fameux discours de Sablé-en-Sarthe, au cours duquel le candidat a affirmé que "la colonisation visait à partager la culture française". On peut conclure en rappelant que si Alain Juppé bénéficiait de soutiens importants dans le monde de la culture, comme Jérôme Clément, ancien patron d’Arte ou Stéphane Corréard, ancien directeur du Salon de Montrouge, François Fillon peine à en trouver. On lui connaît néanmoins un fan, assez improbable, le chanteur Renaud.

François Fillon interpellé par Elie Domota sur son discours à propos de la colonisation : l'Emission politique sur France 2 le 27 octobre 2016.

Chroniques
8H50
5 min
L'Actualité musicale
Mais où va la France ? Où vont les Trans ?
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......