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Roman Polanski en octobre 2015

Roman Polanski renonce à la présidence des César

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Sous la pression, le cinéaste, toujours poursuivi aux Etats-Unis pour viol sur mineur, renonce à la présidence des César. Pourquoi la polémique éclate-t-elle en 2017, alors que Roman Polanski a été primé 4 fois aux César depuis 1977 ? Retour sur l'affaire et ses échos au cours du temps.

Roman Polanski en octobre 2015
Roman Polanski en octobre 2015 Crédits : Adam Nurkiewicz - Getty

Roman Polanski renonce sous la pression à présider la cérémonie des Césars le 24 février prochain. La polémique que cette nomination a fait naître a «profondément attristé Roman Polanski et atteint sa famille» et le réalisateur «a décidé de ne pas donner suite à l'invitation» des organisateurs, précise le communiqué de son avocat. A la veille de l'annonce des nominations demain, il dénonce une polémique qu'il juge "injustifiée" et "alimentée par des informations tout à fait erronées". Des associations avaient lancé une pétition pour sa destitution avec plus de 61 000 signatures recueillies à ce jour et un appel au boycott de la cérémonie. Dans le journal de 12h30, Antoine Marette revenait sur cette annonce :

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Le réalisateur Roman Polanski renonce à présider les César

C'est Alain Terzian, le patron des César qui lui avait offert ce rôle honorifique la semaine dernière, saluant en Roman Polanski, recordman des César (il a remporté 4 fois le César du meilleur réalisateur) un "esthète insatiable", qui suscite "tout l'admiration et tout l'enchantement" du cinéma français". Mais très vite plusieurs associations féministes, Osez le féminisme en tête, avaient protesté contre ce choix, rappelant que Roman Polanski est poursuivi pour viol sur mineur aux Etats-Unis depuis 1977 et a toujours refusé de se soumettre à la justice. Plusieurs personnalités ont de leur côté défendu le réalisateur, les acteurs Gilles Lellouche et François Berléand, et l'ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Tous trois rappelaient la qualité du travail du cinéaste, reconnue en France depuis 40 ans. Pourquoi une telle polémique éclate-t-elle aujourd'hui en 2017 ?

Rappel des faits

En 1977, Samantha Gailey, (elle porte aujourd’hui son nom d'épouse, Gaimer) est une jeune modèle de 13 ans, elle a a été sélectionnée pour une séance de prise de vues par Roman Polanski, cinéaste déjà reconnu à l'époque aux Etats-Unis, commandée par l'édition française du magazine Vogue. Durant la séance, qui a lieu chez l'acteur Jack Nicholson mais en l'absence de celui-ci, Roman Polanski lui a fait boire du champagne avec un sédatif, le méthaqualone, très utilisé à l'époque comme drogue récréative, avant de la contraindre à un rapport anal. La jeune femme porte plainte. Polanski est alors incarcéré pendant 47 jours. Il plaide coupable pour rapports sexuels illégaux avec un mineur, en échange de l'abandon des charges plus graves de viol, de sodomie et de fourniture d'alcool et de drogue à un mineur, en accord avec le juge. Mais fuit ensuite en Grande Bretagne et en France, deux pays qui n'extradent pas vers les Etats Unis. Il ne reviendra jamais dans le pays et explique plus tard avoir fui une justice américaine puritaine, qui voulait selon lui faire le procès de son cinéma, jugé choquant dans les années 70.

1977-2009 : la reconnaissance internationale

Pendant des années, les demandes extradition de la justice américaine se multiplient mais échouent. Roman Polanski enchaîne les films, les succès et les prix. Le monde du cinéma et le public ne semblent pas prendre en compte cette affaire. En 1991 il est nommé président du jury du festival de Cannes et personne n’y trouve à redire. Si ce n'est que le maître de cérémonie oublie de le présenter le soir de la cérémonie de clôture.

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Deux ans plus tard, en 1993, Roman Polanski trouve un nouvel accord avec la victime et lui verse une indemnité. Elle indique alors vouloir retourner à l'anonymat et exprime son désir d'abandonner les poursuites contre le cinéaste. Elle prend d’ailleurs à nouveau la parole publiquement en 2003 pour écrire à l'Académie des Oscars et dire aux votants qu'il faut juger l'artiste et non l'homme en lui-même à propos du film "Le Pianiste", en lice cette année là. Roman Polanski aurait-il pu être nommé président du jury de Cannes aujourd'hui comme il l'a été en 1991 ou est-ce que notre regard sur son acte a changé ? "Oui", expliquait Thierry Frémeau, l'actuel délégué général du festival au micro d'Olivia Gesbert :

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Thierry Fremeaux dans Grande Table du 23 janvier répond sur Roman Polanski

L'arrestation à Zurich et le troisième César du meilleur réalisateur

Car l'affaire revient sous les feux des projecteurs, le 27 septembre 2009. Alors qu'il se rend à un festival de cinéma en Suisse afin d'y recevoir un prix pour l'ensemble de sa carrière, Roman Polanski est arrêté par la police à Zurich, sous le coup d'un mandat d'arrêt international émis en 2005. La Suisse qui a un accord d'extradition avec les Etats Unis le libère sous caution mais l'assigne à résidence dans son chalet de Gstaad pendant un an. Il y finit à distance son film "The Ghost Writer". Une pétition signée par les plus grands noms du cinéma circule alors pour demander sa libération. La Suisse décide finalement de ne pas l'extrader. Libre, il remporte le troisième César de sa carrière pour "The Ghost Writer" et n'hésite pas évoquer l'affaire dans son discours de remerciement.

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Le réalisateur sera encore primé une quatrième fois pour "la Venus à la Fourrure " en 2014, devenant ainsi le seul réalisateur à avoir été primé quatre fois dans cette catégorie. Là encore, ce prix ne suscite aucun tollé.

"L'affaire DSK a marqué un tournant. Il y a un ras-le-bol"

Comment comprendre dès lors, l'indignation suscitée par sa nomination à la présidence de la prochaine cérémonie ? Est-ce parce qu'il s'agit d'un poste honorifique ? Ou le regard de la société sur l'acte commis en 1977 a-t-il changé ? Voici la réponse de Claire Serre-Combes, porte-parole d'Osez le Féminisme.

"Ce qui était problématique là, c'est qu'il n'y était pas en tant que simple compétiteur, parce qu'il a un film en compétition, ce qui se défendrait artistiquement. Là, il est nommé en tant qu'autorité dans le cinéma français, pour présider cette cérémonie. Or, c'est un homme qui a toujours refusé de se soumettre à le justice. Par ailleurs, je pense effectivement qu'il y a une prise de conscience beaucoup plus forte sur ce que sont les violences sexuelles, et que c'est un véritable problème de société, et donc politique. Les hommes célèbres et puissants sont beaucoup moins à l'abri de la mobilisation populaire, citoyenne, qu'ils ne l'étaient il y a 10 ou 15 ans de cela. Il y a eu l'affaire DSK qui a, je pense, vraiment marqué un tournant, et c'est très positif. Pourquoi est-ce que ça éclate aussi fortement? Parce qu'il y a un ras-le-bol."

Et vendredi dernier, dans "Les Matins", la ministre des droits des femmes, Laurence Rossignol, s'était dite choquée et surprise du choix de Roman Polanski pour présider les César :

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Je trouve que c'est un choix qui témoigne d'une indifférence à l'égard des faits qui lui sont reprochés. En fait, ce n'est pas grave pour les organisateurs que Roman Polanski soit poursuivi aux États-Unis et ait à son actif le viol d'une jeune fille de 13 ans, d'une enfant de 13 ans. Et cela s'inscrit à mon sens dans une espèce de banalité à l'égard du viol, ce que les féministes désignent comme "la culture du viol".

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