LE DIRECT
"Les choses doivent changer. Nous devons commencer à voir à l'écran les femmes telles qu'elles sont réellement" affirme l'actrice Reese Witherspoon lors d'une conférence de presse

Sexisme à Hollywood: le cri d'alarme de Reese Witherspoon et les chiffres accablants

5 min
À retrouver dans l'émission

L'actrice oscarisée s'est lancée la semaine dernière dans une diatribe contre le manque de rôles intéressants pour les femmes, a fortiori au dessus de 40 ans. Et a pointé du doigt la lourde responsabilité de l'industrie en matière de représentation et de sexisme. Les chiffres lui donnent raison.

"Les choses doivent changer. Nous devons commencer à voir à l'écran les femmes telles qu'elles sont réellement" affirme l'actrice Reese Witherspoon lors d'une conférence de presse
"Les choses doivent changer. Nous devons commencer à voir à l'écran les femmes telles qu'elles sont réellement" affirme l'actrice Reese Witherspoon lors d'une conférence de presse Crédits : FREDERICK M. BROWN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP

L'actrice oscarisée Reese Witherspoon a poussé la semaine dernière un cri d'alarme lors de la conférence de presse de la série "Big Little Lies", produite par HBO et réalisée par Jean Marc Vallée, où elle joue l'un des rôles principaux. Cette série, qui met en scène de manière la plus réaliste possible cinq mères de famille aux prises avec le quotidien et une affaire de meurtre réunit un casting extrêmement impressionnant, avec notamment la star australienne Nicole Kidman et la toute jeune Shaileen Woodley, que tout Hollywood s'arrache..

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Pourquoi ces comédiennes se sont-elles ruées sur cette série? Reese Witherspoon a répondu à cette question par un discours implacable et argumenté, et dénoncé le manque cruel de rôles intéressant pour les actrices, a fortiori de plus de quarante ans. Egalement productrice, Reese Witherspoon dit en avoir « assez » que des « femmes au talent incroyable » en soient réduites à n’incarner que des « épouses ou petites amies avec des rôles ingrats. Nous devons commencer à voir à l’écran les femmes telles qu’elles sont réellement », et pas seulement « dans des salles de cinéma avec des films à budgets minuscules ». Beaucoup de producteurs sont en effet réticents à financer des films portés par un rôle central féminin. Cate Blanchett l'avait déjà ironiquement rappelé lorsqu'elle avait reçu en 2014 l'oscar de la meilleure actrice pour son rôle de femme complexe et fragile dans Blue Jasmine de Woody Allen.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Et me voilà ici, je remporte un oscar grâce à ce superbe scénario écrit par Woody Allen. Merci pour ce magnifique rôle. Je suis si fière que Blue Jasmine soit resté en salles si longtemps. (...) Merci au public d’être allé le voir ! Cela prouve à tous ceux dans cette industrie, et ils sont nombreux, qui pensent bêtement que les films qui reposent sur un personnage féminin sont des films de niche, ça prouve qu’ils ont tort. Les gens veulent les voir ces films avec les femmes aux centre ! Et ils rapportent même de l’argent ! Eh oui révélation, la terre est ronde ! Merci mille fois.

27 % des dialogues seulement pour les femmes dans les succès du box office

Les chiffres donnent raison aux deux femmes. Non seulement la place des femmes à Hollywood a toujours été marginale mais elle a régressé ces dernières années, comme le montre le rapport annuel sur la diversité à Hollywood produit par la prestigieuse université UCLA paru il y quelques semaines. En 2015 déjà , les chercheurs de l'Université de Southern Carolina, après avoir étudié 700 films sortis en 2015 aux Etats-Unis avaient conclu à des chiffres inquiétants et plus précis encore. Sur ce corpus, seuls 28% des personnages étaient des femmes, les trois quarts d'entre elles ayant visiblement moins de 40 ans. Le nombre de personnages principaux campés par des femmes de plus de 45 ans? Zéro. Et quand elles apparaissent, les femmes jouent plus souvent que leurs homologues masculins des personnages prenant soin des autres ou étant «engagés dans une relation amoureuse», selon l'étude. Le site medium.freecodecamp.com a, lui, calculé que les femmes n’avaient le droit qu’à 27 % des mots prononcés dans les dix films ayant rapporté le plus au box-office en 2016.

Une seule femme par film: "le syndrome la Schtroumpfette"

Car c’est l’autre point soulevé par Reese Witherspoon: non seulement les rôles de femmes sont souvent réducteurs voire sexistes mais souvent il n’y en a qu’un par film: l'actrice hollywoodienne a rappelé cette sensation d'être souvent la seule femme sur les plateaux de tournage, comme par exemple dans "De l'eau pour les éléphants" où elle apparaissait en 2011.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

C'est le syndrome dit "de la Schtroumpfette ", seule habitante visible du village des Schtroumpfs dans la célèbre bande dessinée. Le terme est d’ailleurs souvent utilisé pour désigner la présence d’une femme seule au cinéma comme dans la vie professionnelle en général. On pourrait se contente de déplorer qu’il existe une différence de traitement entre hommes et femmes dans l’industrie du cinéma, et l’actrice Jennifer Lawrence avait d’ailleurs déjà dénoncé les écarts de salaires flagrants entre actrices et acteurs. Mais opposer qu’il en va de même dans bien d’autres secteurs. Mais Reese Witherspoon l’a rappelé, le cinéma et les séries ont une responsabilité lourde car ils sont des lieux majeurs de production de la représentation. « Nous devons voir à l’écran les vraies expériences des femmes, qu’elles incluent la violence conjugale, les agressions sexuelles, la maternité, les histoires d’amour, les infidélités ou les divorces »Mais comment faire pour que ces rôles existent ?

Plus de femmes derrière la caméra.

La réponse se trouve comme toujours derrière la caméra. En 2016, le site Polygraph qui regroupe des chercheurs en Sciences sociales a passé au crible 4 000 films, dont 200 européens sortis en salle durant les vingt dernières années, en leur appliquant le test de Bechdel, dont la règle est simple : pour être réussi, il faut que le film 1 : possède au moins deux personnages féminins et que ceux-ci portent un nom 2 : que ces deux personnages aient au moins une discussion. 3 : que cette discussion concerne autre chose qu'un homme. Et les résultats sont sans appel : 53 % des films échouent au test quand ils n'ont été écrits que par des hommes, et seulement 38 % quand il y a au moins une femme dans l'équipe de scénaristes. Tous le réussissent quand l’équipe de scénaristes est uniquement féminine. Pour qu’il y ait plus de femmes à l’écran, il faut donc qu’il y en ait plus derrière.

Chroniques

8H50
6 min

L'Actualité musicale

Obama président des playlists
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......