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Franziska Heimburger

Sur "Danse autour de la Mort" de August Hermann Zeiz, par Franziska Heimburger

5 min
À retrouver dans l'émission

Les matins des historiens |Franziska Heimburger est historienne, maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne. Elle revient sur l'ouvrage "Danse autour de la mort" d'August Hermann Zeiz, qui relate le quotidien des soldats pendant la Première Guerre mondiale.

Franziska Heimburger
Franziska Heimburger Crédits : Les Matins - Radio France

Dans le cadre des Matins des historiens, à l'occasion des Rendez-vous de l'Histoire de Blois

J’avais envie de vous parler aujourd’hui d’un petit livre insolite qui vient tout juste de sortir aux éditions La dernière goutte. Il s’agit d’un récit de la Grande Guerre – vous me direz qu’il y en a déjà beaucoup - mais c’est une publication originale pour plusieurs raisons.

Il s’agit de l’oeuvre d’un écrivain expressionniste allemand, pratiquement oublié aujourd’hui même dans son pays d’origine. Mon collègue historien Nicolas Beaupré indique dans sa préface les quelques élements connus et nous fait découvrir un personnage étonnant. De gauche, mais publiant des récits de guerre qui ne se conformaient pas aux canons de la littérature pacifiste qui se développe pendant l’entre-deux-guerres. Après avoir publié en 1918 Tanz um den Tod, Danse autour de la mort, il connaît un certain succès dans les annés 1920 et 1930 avec des articles de journaux, pièces de théâtre et scenarios de films. Il est contraint le quitter l’Allemagne en 1935 parce que ses opinions politiques et son épouse juive rendent la vie impossible en Allemagne nazie.Il part d’abord en Autriche, où il continue de publier sous divers pseudonymes. Arrêté en 1943 et déporté à Dachau, il est relaché en 1944 et intègre ensuite un réseau de résistance en Autriche. Après la guerre, il continue d’avoir une activité éditoriale, mais quand il meurt en 1966 il est oublié de tous ou presque.

Au fil du roman, nous suivons le protagoniste Vorhofen, alter-ego de l’auteur Zeiz, sur différents fronts - il se trouve d’abord dans les Flandres, puis dans les Balkans et ensuite à Verdun. La traduction magnifique de Martine Rémon sait rendre les passages très sècs du combat, mais également les descriptions des paysages plus ou moins exotiques. Voici ce qu’il écrit sur l’arrivée du protagoniste dans le sud de la Serbie actuelle, à Novi Pazar :

"Vorhofen se promène dans les rues. Il s’arrête à l’endroit où la mosquée arbore une coupole paisible et imposante. Voix de la ville, prières, rires, cris des marchands et bavardage tranquille des femmes s’élèvent dans le ciel verdissant du soir, comme un carillon de cloches. Mais, au loin, tel un orage qui se déploie, les canons rugissent." (p.87)

Outre les qualités littéraires du texte qui méritent à elles seules le détour, c’est un livre qui donne envie de pousser plus loin la recherche sur la Grande Guerre. Loin de la guerre statique du front de l’ouest, nous avons ici une expérience expéditionnaire, un récit qui emprunte par moments au récit de voyage, un contact avec une population très différente. J’ai travaillé sur la communication militaire, autant entre armées qu’avec des civils à proximité du champ de bataille – en particulier la question des langues - et j’ai été particulièrement saisie dans le récit de Zeiz par la description des réfugiées de Belgrade que le protagoniste allemand rencontre dans un village serbe. Je cite Zeiz :

“Elles parlent le francais et peuvent expliquer à un paysan qu’il doit guider l’Allemand et lui montrer les quartiers destinés au commandant de la brigade et à ses officiers.” (p.71)

Un soldat allemand en Serbie qui réussit à échanger avec les paysans locaux par l’intermédiaire du francais...

Et maintenant quelques brèves:

- Un article dans le journal allemand Die Zeit m’a fait découvrir le métier de bibliothérapeute. Partant du cas d’un bibliothérapeute établi en cabinet à Berlin, on apprend que l’on conseille aux malades pulmonaires la lecture du Zauberberg, la Montagne Magique de Thomas Mann et pour la rage des dents c’est Anna Karenine de Dostoievski – le tout non-remboursé par la Sécu pour l’instant.

- L’artiste portugais Vasco Gargalo s’est inspiré de Guernica, célèbre tableau de Pablo Picasso créé en réaction au bombardement de la ville pendant la Guerre d’Espagne, pour créer Alepponica. Il raconte dans un entretien en ligne avoir voulu représenter le conflit syrien “en respectant l’oeuvre originale et en y ajoutant son style personnel, la caricature”.

Chroniques

8H50
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