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Friedrich Nietzsche sur son lit de malade, dessin de Hans Olde

1878-1882 : la crise de Nietzsche

5 min
À retrouver dans l'émission

Fin de son amitié avec Wagner, maladie… à la fin des années 1870, Nietzsche connaît une crise profonde. Mais comme en témoignent ses lettres, ses poèmes ou ses œuvres, chez lui, la crise n’est pas qu’un accident de parcours, c’est un tournant décisif. Qu’a-t-elle bouleversé chez lui ?

Friedrich Nietzsche sur son lit de malade, dessin de Hans Olde
Friedrich Nietzsche sur son lit de malade, dessin de Hans Olde Crédits : ullstein bild - Getty

Nietzsche connaît en ce moment une actualité brûlante : pas moins de trois livres de lui viennent de paraître. Le cinquième volume de ses Correspondances, la publication inédite de la totalité de ses poèmes, et enfin, une réédition de trois de ses œuvres en Pléiade avec des traductions révisées et des présentations renouvelées.
L’occasion de découvrir et redécouvrir des textes du philosophe allemand moins connus, voire jamais dévoilés, l’occasion de voir à quoi ressemble un Nietzsche poète, un Nietzsche au quotidien, mais surtout un Nietzsche en pleine transformation… 

Un tournant philosophique

Entre la fin des années 1870 et le tout début des années 1880, Nietzsche connaît une période de crise. C’est la fin de son amitié avec Wagner et la maladie qui s’installe profondément.
Les trois livres rassemblés dans ce deuxième volume de la Pléiade en témoignent : Humain, trop humain, Aurore et Le Gai savoir, sont comme trois étapes dans la crise, de ses effets subis à son issue sous forme de renaissance, de « Victoire sur l’hiver », en passant par son diagnostic. 

Plus qu’un simple passage, cette crise entre 78 et 82 est ainsi dans le parcours de Nietzsche un tournant. Plus qu’une période intermédiaire, la crise, toute crise même, prend ainsi dans l’œuvre de Nietzsche une force inattendue et un sens décisif. Et nous pousse à interroger cette question même de la crise, du tournant, de la révolution chez un penseur… quel statut lui donner ?

Lire la crise 

Comment lire chez un philosophe ces textes liés et écrits à des tournants ? Quelle place donner à l’écriture en crise, qui s’écarte de ce qu’elle était au départ tout en se cherchant ? Qu’il s’agisse de philosophie en tant que telle, de poésie ou de lettres échangées, comment appréhender les traces, la matière, les fruits aussi de ce qui constitue une crise chez un auteur ? 

Dans une lettre datée de 1885, Nietzsche évoque les traces persistantes de la maladie qui l’empêche de se confier. Il mentionne ainsi ses propres « paroles qui semblent avoir d’autres couleurs que celles des autres personnes ». Dans un poème intitulé Le mot, il écrit, je cite : « Je suis amateur d’un mot bien vivant, Qui fait des gambades joyeusement, Qui salue de la nuque avec souplesse, Est charmant jusque dans sa maladresse ». Sans oublier, cette phrase extraite du Voyageur et son ombre : « Chaque mot est un préjugé »… 

A lire Nietzsche, la première chose à prendre en compte dans la crise est la manière dont elle bouleverse le langage.
Pour lui, ce sera le choix d’un style d’écriture : l’aphorisme, soit le fragment qui fait partie d’un tout, qui renvoie à une totalité, mais a une vie autonome, possède une consistance et des tensions en lui seul. 

Se livrer à la crise 

Se livrer corps et âme à la crise comme on se livre à la maladie, tel est le credo de Nietzsche… et aussi ce qu’il faut entendre et donner comme place à la crise chez tout penseur. La crise n’est pas qu’un accident de parcours mais une mutation, de laquelle la pensée sort transformée. 

Dans la crise nietzschéenne, en même temps que le bouleversement du langage, il y aura ainsi l’élaboration d’une nouvelle orientation philosophique, avec l’apparition de deux concepts cruciaux chez lui : la volonté de puissance et l’éternel retour. 

Mais reste une question : comment prendre la mesure de la crise sur le moment ? Comment évaluer cette mutation quand elle n’est pas encore achevée ? Il y a ce risque d’être noyé, sans repères ni valeurs, pour celui qui vit la crise comme pour celui qui y assiste, mais, comme nous l’apprend Nietzsche, c’est un risque à prendre sous peine de manquer d’intensité.

Sons diffusés :

  • Extrait d’Humain, trop humain, I, §225 « L’esprit libre, notion relative », de Nietzsche
  • Musique composée par Nietzsche, Skizze
  • Extrait du Gai savoir de Nietzsche, préface à la deuxième édition 

Bibliographie

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