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Louis Althusser en 1978

2018, l’année Althusser ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Longtemps mis de côté, l’avenir appartient-il à nouveau au grand lecteur de Marx ?

Louis Althusser en 1978
Louis Althusser en 1978 Crédits : AFP

2018 serait-elle l’année d’Althusser ? En octobre, nous fêterons les 100 ans de sa naissance, et avant cela, les 50 ans de Mai 68 seront l’occasion de rappeler ses grandes heures, moins dans la rue, d’ailleurs, que dans les salles de classe. 28 ans après sa mort, que reste-t-il de Louis Althusser ? Ou plutôt, comment renaît-il de ses cendres, après une longue période de déclin et d’absence, commencée bien avant sa mort avec celle de sa femme qu’il a étranglée ? Déjà, l’année passée, Arte nous plongeait, grâce à un documentaire d’Olivier Oliviero, dans cette « aventure Althusser »…  

Avec Louis Althusser, on a l’impression que c’est tout un ensemble d’oppositions, avec lesquelles on s’arrache les cheveux, qui nous paraissent dépassées et artificielles, mais dont on se sert tout le temps, qui semblent pourtant opérantes : la vie et l’œuvre, la pratique et la théorie, la pensée vivante et propre et sa réception, ou enfin, l’homme lui-même face à tous ceux qui l’ont entouré. 

De fait, quand on se penche sur le parcours d’Althusser, on aimerait tout distinguer (le juger comme homme et le réhabiliter comme penseur), et pourtant tout est imbriqué : sans son militantisme au Parti Communiste, sans ses élèves, l’enseignement qu’il leur a dispensé (dans ce documentaire, ce sont ainsi ses élèves que l’on écoute : Etienne Balibar, Pierre Macherey et Jacques Rancière, soit les 3, avec Roger Establet, à avoir écrit à ses côtés, Lire le Capital, en 1965), et bien sûr, sans sa crise de démence en 1980 durant laquelle il a étranglé sa femme, Hélène Rytmann… aurait-on lu, aurait-on parlé, aurait-on aperçu, imaginé et pensé Althusser et son œuvre de la même manière ? 

Evidemment non, et le contraire serait d’ailleurs impensable et inimaginable. Poser la question semble même absurde : avec Althusser, se joue bien ce mélange visible mais indémêlable à l’œuvre chez tout penseur : celui du privé et du public, de soi et des autres, de la vie et de la mort. Assumons-le : on ne peut s’en tenir aux écrits universitaires… et il faut même aller plus loin encore : lire et relire ces écrits-là, mais aussi les autres. Et ça tombe bien, puisque depuis la publication posthume de son autobiographie, en 1992, et depuis l’ouverture de ses archives à l’Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine, l’occasion nous est donné de tout lire et de tout lier chez lui. 

Malgré le peu de traces audiovisuelles d’Althusser, en figurent quelques-unes du début des années 60, comme cette émission (avec ce titre que l’on ne fait plus : Analyse spectrale de l’Occident) où Althusser parle avec Michel Foucault, et un tout jeune assistant de la Sorbonne, un certain Pierre Bourdieu, de l’idée de civilisation ou d’histoire. On y entend ce qui fait l’approche spécifique d’Althusser : questionner le concept même, alimenter le théorique, interroger l’idée. 

Si l’on décide de lier définitivement vie et œuvre, pensée et pratique, soi et les autres, privé et public, etc… pour lire Althusser, alors il faut tout écouter et tout embrasser : des textes autobiographiques (L’avenir dure longtemps donc, mais aussi son journal et ses rêves, publiés sous le titre Des rêves d’angoisse sans fin, chez Grasset) aux inédits sur l’histoire et le marxisme (c’est aux éditions PUF), aux écrits engagés (on en trouve notamment aux éditions La découverte), en passant par les témoignages et hommages de ses lecteurs et étudiants (je pense par exemple à Alain Badiou qui le fait figurer dans son « panthéon portatif », ou aux très beaux Ecrits pour Althusser de Balibar). 

Et tout cela, toute cette lecture, non pas pour découvrir l’énigme Althusser derrière l’œuvre et trancher sur son sort, mais pour la questionner, l’interroger, la penser, et surtout, pour lier définitivement vie et œuvre, sans condamner l’une et réhabiliter l’autre, pour mieux que de faire de 2018 « l’année Althusser », faire de la suite « l’avenir Althusser ». 

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