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Simone de Beauvoir dans son appartement parisien, à l'âge de 68 ans
Épisode 5 :

Simone de Beauvoir, "Le deuxième sexe"

5 min
À retrouver dans l'émission

Comment Simone de Beauvoir change-t-elle la vie en déconstruisant le mythe de l’éternel féminin ?

Simone de Beauvoir dans son appartement parisien, à l'âge de 68 ans
Simone de Beauvoir dans son appartement parisien, à l'âge de 68 ans Crédits : Jacques Pavlovsky/Sygma - Getty

J’ai reçu beaucoup de suggestions des auditeurs et auditrices pour cette sélection de livres de philo qui changent la vie. Merci beaucoup  à eux ! C’est vrai qu’en les lisant, je me disais que j’aurais pu et même dû vous parler d’Aristote, d’Epicure, de Montaigne, de Pascal, de Descartes, de Kant, de Nietzsche et de celui qui revient le plus souvent dans vos propositions : de Spinoza et de son incontournable Ethique. Mais hélas, j’ai dû faire un choix qui ne tient qu’à moi… ce sont autant de prochaines émissions que nous pourrons faire ! Mais avant cela, voici donc la dernière voix et le dernier livre de philo qui change, selon moi, la vie. 

La femme est-elle un objet philosophique ? 

Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir est le seul livre de ma sélection que je n’ai pas lu durant mes études. Aucun cours, aucun professeur, personne ne m’a conseillé de le lire. Je n’y étais pas obligée, et je n’ai jamais été évaluée sur ma compréhension de ce texte. J’ai tout simplement eu envie de le lire car Simone de Beauvoir était pour moi une référence fantomatique : toujours associée à Sartre, mentionnée dans les débats féministes, elle n’était pour moi qu’un nom...
Mais plus que ça, son objet d’étude dans Le deuxième sexe l’était aussi à mes yeux : à la fin de mes études, quand je l’ai lu, je croyais que les sujets de recherche sérieux, légitimes, c’était : l’Etat, Dieu, la démocratie, la liberté, l’œuvre d’art, la morale, et j’en passe.
Mais je ne voyais pas en quoi la femme, les femmes, pouvaient être l’enjeu d’une théorie philosophique. Le sexe n’était selon moi qu’un attribut de l’être humain, pas très intéressant conceptuellement, ou sinon en termes politiques d’égalité des droits. 

C’est donc bien naturellement que j’ai eu envie d’en savoir plus… et que j’ai découvert ceci : 

L'humanité est mâle et l'homme définit la femme non en soi mais relativement à lui ; elle n'est pas considérée comme un être autonome. « La femme, l'être relatif... » écrit Michelet. « Le corps de l'homme a un sens par lui-même, abstraction faite de celui de la femme, alors que ce dernier en semble dénué si l'on n'évoque pas le mâle... L'homme se pense sans la femme. Elle ne se pense pas sans l'homme. » Et elle n'est rien d'autre que ce que l'homme en décide ; ainsi on l'appelle « le sexe », voulant dire par là qu'elle apparaît essentiellement au mâle comme un être sexué : pour lui, elle est sexe, donc elle l'est absolument. Elle se détermine et se différencie par rapport à l'homme et non celui-ci par rapport à elle ; elle est l'inessentiel en face de l'essentiel. Il est le Sujet, il est l'Absolu : elle est l'Autre.

Déconstruire l’éternel féminin pour produire quelque chose de palpable

Comment s’est construit ce mythe de la féminité, de l’éternel féminin, de l’humanité faite mâle ? C’est tout le propos du Deuxième sexe, paru en 1949 : biologie, psychanalyse, vie quotidienne, littérature, Simone de Beauvoir décortique tout, de la misogynie logée dans les plus beaux textes littéraires jusque dans le dégoût qu’une femme peut avoir de ses propres menstruations, de la mère à la femme indépendante, de l’articulation entre égalité et différence aux hommes inquiets pour leur virilité. 

J’ai été ainsi frappée par la recherche documentaire, la précision et l’exhaustivité de son développement pour rendre compte de cette construction de l’éternel féminin. J’ai eu sous les yeux l’exemple parfait de ce qu’on appelle « faire de la recherche » en philo, c’est-à-dire de toute cette entreprise de travail, d’interrogation et de déconstruction de textes et de faits qui n’étaient pas interrogés jusque-là. 

Mais j’ai surtout compris que la philosophie n’était pas dégagée de questions politiques quotidiennes, concrètes, corporelles, et même qu’elles pouvaient se soutenir mutuellement, et produire quelque chose de palpable. 

Sons diffusés :

  • Archives de Simone de Beauvoir, interview de Jean-Louis Servan Schreiber, émission Questionnaire, 6 avril 1975
  • Lecture du Deuxième sexe par Marianne Basler, Les Nouveaux chemins de la connaissance, France Culture, 20 février 2013

Bibliographie

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