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Photo non datée du petit Grégory Villemin, 4 ans, retrouvé noyé le 16 octobre 1984, pieds et poings liés dans la Vologne

A la rubrique des faits divers

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Pourquoi a-t-on le goût des faits divers ? Et inversement, quel est leur ressort pour nous toucher ainsi ?

Photo non datée du petit Grégory Villemin, 4 ans, retrouvé noyé le 16 octobre 1984, pieds et poings liés dans la Vologne
Photo non datée du petit Grégory Villemin, 4 ans, retrouvé noyé le 16 octobre 1984, pieds et poings liés dans la Vologne Crédits : AFP

Qui n’aime pas les faits divers ? Tout le monde aime les faits divers, qu’il s’agisse de crimes passionnels, de vengeance ou de jalousie, d’accidents tragiques, vous savez les vacances ou le Noël en famille qui dérape, ou de chiens écrasés… mais pourquoi ? Pourquoi a-t-on le goût du fait divers ? 

C’est la question posée en ouverture de ce recueil qui paraît aux éditions Mercure de France demain. Passion pour l’horreur, fascination pour l’obscène ou simple curiosité pour l’extraordinaire, les faits divers n’ont pas cessé d’alimenter nos imaginaires et ceux des écrivains (on le voit dans ce recueil, de Hugo à Giono, de Madame de Sévigné à Régis Jauffret, prix Goncourt début mai de la nouvelle pour ses Microfictions), mais aussi l’imaginaire des philosophes et sémiologues… 

C’est en 1964 que Barthes, sur sa lancée des Mythologies et sa volonté de créer une encyclopédie des symboles du quotidien, propose une analyse du fait divers, dans ses Essais critiques. « Fait déformé en récit », on peut comprendre qu’il nous plaise : il est comme une histoire qu’on nous raconte, comme un film que l’on regarde, comme une série que l’on suit. 

A ceci près qu’il a lieu dans un quotidien réel et connu.  C’est d’ailleurs pourquoi, à côté de Barthes, on peut citer Michel Foucault pour qui le fait divers est « un échangeur entre le familier et le remarquable » : de l’extraordinaire qui surgit de l’ordinaire, de l’inattendu jaillissant de l’attendu, de l’incroyable au creux du réel. Mais cette apparition de l’étrange dans un environnement familier, cette articulation des contraires, suffit-elle à expliquer notre goût pour le fait divers ? 

Ce goût pour le fait divers ne peut pas s’expliquer que par la folie surgissant de la banalité. Ainsi en entendant cet extrait de la nouvelle d’Edgar Allan Poe, de 1841, peut apparaître une curiosité pour le crime, un désir, aussi, de vouloir jouer les détectives, mais également le plaisir, cathartique, de voir ce qui peut arriver aux autres mais ne nous arrive pas, à nous. Mais, au fond, que contient un fait divers pour se propager ainsi ? 

Certes, on a le goût des histoires extraordinaires, on est fasciné par l’horreur, on est rassuré à l’idée que ce ne soit pas nous… mais ce sont des ressorts psychologiques. Or, qu’est-ce que le fait divers a, en lui, comme ressort, pour nous toucher, nous contaminer et se diffuser ainsi ?

L’extrait d’Edgar Allan Poe nous révèle que tout part du journal… et si le fait divers est un récit, il ne s’agit pas de n’importe quel récit. Il s’agit d’un récit par essence médiatique, c’est-à-dire propre à être communiqué et à être partagé. Un récit qui nous réunit. Mais en quoi nous réunit-il ? 

En 1985, Marguerite Duras se rend, pour le journal Libération, sur les lieux d’un des plus célèbres faits divers : la mort du petit Gregory. Sans enquête, elle désigne pourtant la mère comme coupable… Elle fait, par écrit et à voix haute, ce que chacun d’entre nous fait lorsqu’il se passionne pour un fait divers : elle prend parti. 

Elle ne fait pas qu’assister en spectatrice ou lectrice à une histoire, elle ne fait pas que regarder le spectacle d’un drame familier mais qui n’est pas le sien, elle rend réel et proche, au contraire, par son sentiment et sa prise de parole, ce possible réalisé, actualisé, dans les actualités d’ailleurs, mais qu’on a voulu transformer en histoire à distance. 

Elle nous montre que le fait divers est la vie qu’on partage et non une vie qu’on regarde et qui « fait diversion ». 

Bibliographie

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Le goût des faits diversMercure de France, 2018

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