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Oui, tout de tout, oui je regrette tout
Épisode 10 :

Oui, tout de tout, oui je regrette tout

5 min
À retrouver dans l'émission

Avez-vous des regrets ? À la différence du remords, le regret nous assène la douleur d'une absence, non celle d'avoir mal agi, il se fonde sur de l'hypothétique. Pour le philosophe stoïcien Epictète, l'homme sage ne regrette pas ce qu’il n’a pas mais se réjouit de ce qu’il possède. Est-ce possible ?

Oui, tout de tout, oui je regrette tout
Oui, tout de tout, oui je regrette tout Crédits : George Peters - Getty

Dimanche 10 novembre est paru un entretien de l’actrice Cécile de France dans Le Monde. Elle y disait, entre autres : « Tout, plutôt que le regret et la frustration ! »… Déclaration qui n’a rien d’époustouflant, que j’avais déjà pu lire ailleurs, notamment dans les livres de développement personnel, mais qui m’a pourtant complètement frappée ce jour-là. Pourquoi un tel rejet du regret ? Pourquoi est-il toujours vu comme un fardeau qu’il faut éviter ou dont il faut se débarrasser ? 

La vie, chemin du regret

Alain Delon, au micro de Laure Adler en mai dernier, s'exprimait lui aussi sur le regret, et voilà son idée, largement partagée et revendiquée : pas de regrets, surtout pas, jamais. Pourquoi ?
Après tout, Alain Delon pourrait avoir des regrets, ce ne serait pas si grave, il doit bien en avoir d’ailleurs, car il y a toujours quelque chose qu’on regrette : une personne perdue de vue, une époque de sa vie, une phrase que l’on n’a pas su dire au bon moment… 

C’est même sûr qu’on en a tous : car le regret, à la différence du remords, est un sentiment de douleur, une lamentation causée par une absence, et non par le fait d’avoir mal agi. Le regret se fonde ainsi sur du conditionnel, de l’hypothétique, sur du sable : j’aurais dû faire ça, j’aurais dû en profiter, etc., etc…. et les occasions sont nombreuses !

Je dois donc le dire : la vie étant, selon moi, un chemin fait d’une infinité de possibilités qui se réduisent à mesure de nos choix effectués et des voies que l’on n’empruntera jamais, elle me paraît de fait être le chemin du regret. De là, pourquoi ne pas vouloir s’y confronter ?
Mais plus précisément, pourquoi penser qu’il est possible de ne pas en avoir alors que l’on passe notre temps à ne pas faire des choses (comme par exemple, faire des mathématiques, piloter un avion ou appeler sa grand-mère plus souvent) ? 

Faire sans ou faire avec

Vous l’avez compris : les regrets, c’est mal ! Mais vivre sans regrets, qu’est-ce que ça veut dire précisément ? Evidemment, ce n’est pas aussi simple que cela, pas seulement de manière logique et concrète car de fait, comme je l’ai dit, il y a plus de choses que l’on ne fait pas dans sa vie que de choses que l’on fait, et donc d’occasions de regretter, mais aussi parce que l’idée de vivre sans regrets est elle-même ambivalente. 

En lisant plusieurs livres ou articles de développement personnel sur le sujet, j’ai en effet eu l’occasion de tomber plusieurs fois sur cette citation du philosophe stoïcien Epictète : 

C’est un homme sage celui qui ne regrette pas ce qu’il n’a pas mais se réjouit de ce qu’il possède.

Mais qu’est-ce que ça veut dire de ne pas regretter : est-ce que ça veut dire qu’il ne faut jamais regretter, ce qui me semble impossible, OU qu’on a travaillé sur soi pour maîtriser ses regrets ?
Mais alors comment ? C’est bien sûr tout l’enjeu des coaches anti-regrets, mais n’est-ce pas un peu paradoxal ? Car maîtriser ses regrets, c’est faire en sorte : qu’ils ne nous pèsent plus, OU au mieux qu’on y voit de l’espoir, une manière de ne pas reproduire ce que l’on n’a pas déjà fait…
Mais est-ce encore des regrets s’ils ne nous pèsent plus ? Et n’est-ce pas nier leur nécessaire présence dans nos vies ? Vivre sans regrets, est-ce encore vivre au sens plein ?

Oui aux regrets

À la différence d’Alain Delon, Cécile de France ou d’une Edith Piaf revisitée, je crois qu’au contraire il y a une foule de choses que je regrette, peut-être qu’à la fin de ma vie, j’en aurai fait le deuil… Mais d’ici là, loin d’y voir une manière de m’améliorer, je vois dans chacun de ces regrets la preuve qu’un choix a été fait, que j’ai dû renoncer aux mathématiques, à faire de l’avion ou tout simplement à vivre au bord de la mer. 

Bien sûr, qu’il n’y a pas à regretter tout ce que l’on n’a pas fait, d’avoir perdu quelqu’un comme d’avoir perdu ses clés, il y a évidemment une hiérarchie des regrets, ceux qui nous pèsent plus que d’autres, mais les regrets sont là, implacables. Et pour faire avec, voici une ultime question : pourquoi penser que choisir la voie du non-regret ne va pas nous faire regretter celle du regret où l’on a tant plaisir à se lamenter ? 

Sons diffusés :

  • Interview d’Alain Delon par Laure Adler, dans l'émission L’Heure bleue, France Inter, mai 2019
  • Vidéo Youtube de la chaîne de Kay, 25 septembre 2015, "Comment vivre sans regrets" 
  • Reprise d’Edith Piaf, Non rien de rien, par Bernadette Soubirou et ses Apparitions
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