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Le sourire
Épisode 14 :

Anti-manuel de philosophie : la force du sourire ou le sourire forcé

5 min
À retrouver dans l'émission

Le pouvoir du sourire, la puissance du sourire, la force du sourire, l’importance du sourire… Suffit-il de sourire pour être heureux ?

Le sourire
Le sourire Crédits : Getty

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler du sourire… Le pouvoir du sourire, la puissance du sourire, la force du sourire, l’importance du sourire… ce sont quelques-unes des formules sur lesquelles je suis tombée en faisant des recherches sur le sujet suite à un événement qui m’était arrivée quelques heures auparavant. 

Quelques heures auparavant, en pleine circulation, un cycliste m’avait en effet gentiment lancé “arrête de faire la tête, souris, tu vas voir, ça fait du bien”. Une agression sous forme de conseil, rien de nouveau sous le soleil. Pourtant, là, je me suis dit qu’il avait peut-être raison : pourquoi ne pas sourire ? pourquoi ne pas afficher un air heureux qui pourrait éviter ce genre d’altercation ? Mais pourquoi ? pourquoi afficher, seulement, un sourire, en quoi cela serait-il déterminant ?

Sourire pour aller mieux

En tapant “sourire” sur mon moteur de recherche internet, je ne pensais pas trouver autant de littérature sur le sujet. Il faut le dire : malgré sa profusion, elle est assez monotone, car tout le monde s’accorde sur les bienfaits du sourire, citant au besoin cette pensée du philosophe Alain et misant, tous, sur cette idée centrale : le lien fondamental entre sourire et bien-être. 

Assez évidente, cette idée ne fait que décrire le fait que quand on va bien, on sourit, spontanément, on est heureux et notre attitude, notre visage révèle ce bien-être. Mais plus maligne que ça, cette littérature va en fait plus loin puisqu’elle postule le rapport inverse : quand on va mal, sourire pourrait nous faire aller mieux. Ce qui revient au conseil du cycliste que j’avais rencontré… Mais je me suis demandée : est-ce si vrai ? Sourire peut-il, suffit-il à rendre heureux ? 

Se dire qu’il faut sourire, et le faire, et s’y forcer, et s’y contraindre, n’est-ce pas le contraire du bien-être, profond, intérieur ? N’est-ce pas qu’une façade qui fait écran à notre être ? 

Sourire forcé

En lisant mais aussi en regardant tous ces conseils prodigués pour apprendre à sourire, j’ai été frappée par une chose : la tristesse qui s’en dégageait. Il y a quelque chose de profondément paradoxal quand on parle du sourire et quand on l’encourage à le faire : sa dimension mécanique, son côté forcé, pas authentique, et du coup, son aspect pathétique, désespérant, voire même effrayant. J’ai pourtant décidé de jouer le jeu, j’ai moi-même essayé de sourire, j’ai pensé au fait de sourire… et je l’avoue, je me suis sentie bête… 

Car comment réfléchir à quelque chose qui ne se contrôle pas, ou ne le devrait pas ? Et comment aller mieux en transformant son visage, en y plaquant un sentiment factice ? Dans les textes neurologiques et cognitifs sur le sourire, on distingue le sourire réflexe, du sourire spontané proche du rire, du sourire moqueur, cynique et hautain, du sourire, enfin, forcé qu’on arbore en société. 

Mais quelle différence faire entre ce dernier, le sourire de société, du sourire qu’on me demande d’afficher pour aller mieux ? C’est une vraie question : car le développement personnel précise que le sourire pour aller mieux n’est pas le sourire forcé… et pourtant, quelle différence y a-t-il ? quelle différence y a-t-il entre se forcer à sourire pour ne pas faire de vague et sourire pour ne plus avoir de vague à l’âme ? 

Une mimique 

Au fond, le problème du sourire est celui de l’air qu’on affiche, qu’on devrait afficher, pour les autres ou pour soi, l’air qui, comme l’autosuggestion de la méthode Coué, agirait magiquement sur l’âme. Mais le problème, je crois, n’est pas celui de la correspondance entre l’air et l’être, entre l’apparence et l’intériorité, bien sûr qu’il y a un lien, une causalité…

Non, le problème est dans cette idée d’autosuggestion par la mimique, par le rictus, par la moue, toutes ces contractions du visage qui le figent, qui n’en font pas l’interface entre nous et le monde, mais un mur, une barrière. Pire : un mur sur lequel on affiche un simulacre de bonheur qui, loin de le laisser transparaître, trahit en fait un profond malaise. 

Je continue donc à ne pas penser à l’air que j’ai… et ça, ça me fait vraiment du bien. 

Sons diffusés :

  • Citation d’Alain dans 3 minutes à méditer, « Sourire », France Culture, 23/08/2016
  • Youtube Minute Facile, Bien-être : Quels sont les bienfaits du sourire ?, 15/04/2013
  • Claude Nougaro, Sourire 
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